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Feno Velotahiana: « La malnutrition est la conséquence de nombreux problèmes sociaux et des actions diversifiées sont nécessaires pour défendre cette cause »

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Blog rédigé par Feno Velotahiana* —  Ambassadrice de la nutrition du Mouvement SUN 2017

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de devenir ambassadrice de la nutrition et d’où vient cette inspiration qui vous anime?

Je suis déterminée à porter haut et fort les voix à peine audibles des personnes affaiblies par la malnutrition. Quelles sont ces voix qui tentent en vain de s’exprimer ? Ce sont les voix des femmes enceintes qui ne pourront pas allaiter. Ce sont les voix des enfants de moins de 12 ans aux corps meurtris par les stigmates irréversibles de la malnutrition. Ce sont les voix des adultes malades et des personnes âgées émaciées par la dénutrition et la malnutrition. Enfin ce sont les voix du bétail squelettique, de ces animaux incapables de rester debout et de porter leur propre poids. La malnutrition est un fléau aux conséquences irréversibles sur les enfants qui souffrent de retards de croissance et de déficience cognitive et sur le développement socioéconomique de notre pays. Surmonter les problèmes de malnutrition est une priorité en lien étroit avec le combat que nous menons contre la pauvreté. C’est la raison d’être des actions et des efforts que nous déployons en faveur d’une augmentation quantitative et qualitative de la productivité, notamment dans le domaine de l’alimentation. Je suis plus que jamais déterminée à faire de cet enjeu une priorité nationale et internationale en menant des activités concrètes comme sensibiliser davantage les populations et exiger des organisations gouvernementales et non gouvernementales qu’elles fassent pression en faveur de cette cause au plus haut niveau international.

Quel est selon vous le plus grand défi à relever et quel est le plus grand accomplissement de votre carrière?

Le réseau des ambassadeurs de la nutrition à Madagascar a opté pour une politique de plaidoyer visant à faire connaître les enjeux de la nutrition par le biais de la télévision, de la radio et des réseaux sociaux en recourant à des témoignages concrets de populations vulnérables. Le ministère de la Santé publique a remarqué notre prise de position et suite à des tables rondes réunissant des journalistes et des ambassadeurs de la nutrition organisées lors de la Semaine de la santé maternelle et infantile dans la région du sud-ouest, il a annoncé qu’une augmentation du budget alloué à la nutrition au sein de son propre ministère serait une priorité. Cette stratégie a permis aux populations de constater des changements au niveau décisionnaire et cela a revigoré et encouragé les ambassadeurs à poursuivre leur travail. Mon engagement dans un travail de volontariat d’une telle ampleur est ce qui m’a permis d’être nommée ambassadrice et c’est à la fois ma plus belle réussite et mon plus grand défi : « accroître les ressources humaines pour la santé et augmenter le budget alloué à la nutrition au sein des ministères, et ce dans l’intérêt des populations ».

En 2018, comment allez-vous faire pour que dans votre pays, la nutrition reste au centre de toutes les attentions?

J’envisage de poursuivre les campagnes de sensibilisation au sein des organisations de femmes car c’est un moyen de « former des formateurs ». Pour ce faire, je compte communiquer au plus grand monde des informations clés sur le concept des 1 000 premiers jours de vie. C’est en partageant ces connaissances qu’il est possible d’influencer les comportements de manière positive. Les personnes déjà formées bénéficieront grandement d’une sensibilisation de masse par la diffusion sur des chaînes de télévision et de radio d’informations sur les impacts et les causes de la malnutrition.

Mes autres priorités vont être les suivantes :

  • Impliquer les écoles primaires pour que les enfants comprennent l’importance de la nutrition et sachent combattre facilement la malnutrition qui retarde leur croissance.
  • Sensibiliser et éduquer les adolescents et les parents sur l’importance d’une nutrition adaptée.
  • Encourager les bonnes pratiques d’hygiène et de nutrition.

Pour ce faire, j’envisage de travailler avec des acteurs multisectoriels sur des formations de sensibilisation au sein même des communautés sur le concept de la malnutrition et ses indicateurs. Je souhaite mettre en place des campagnes régionales et nationales. Je soutiens les bénéficiaires en matière de production et de santé des familles et je souhaite élargir le réseau et impliquer tous les acteurs qui participent à la lutte contre les problèmes chroniques. Cela se déroulera en parallèle d’une campagne de sensibilisation et d’éducation des populations pour qu’elles apprennent à diversifier leur production en faveur de cultures plus riches en nutriments. Les enjeux de la transformation, du stockage et de la conservation des récoltes seront également abordés.

En tant qu’ambassadrice de la nutrition, vous œuvrez pour votre pays et votre travail est une véritable source d’inspiration pour les autres. Quel appel à l’action feriez-vous à l’attention de tous les défenseurs de la nutrition ?

Il est important de créer une plate-forme multisectorielle facilitant les échanges entre les différents acteurs. La malnutrition est la conséquence de nombreux problèmes sociaux et des actions diversifiées sont nécessaires pour que toutes les parties prenantes puissent défendre cette cause de manière efficace. Nous devons établir une communication visant un changement des comportements et renforcer l’éducation en matière de nutrition au sein des populations ciblées.

Il faut prendre des initiatives visant l’autonomisation des femmes dans tous les domaines, notamment personnel et professionnel car cela contribuera indéniablement à une amélioration de la situation nutritionnelle de toute la société.

Il faut créer des structures sur les lieux de travail permettant aux femmes de pratiquer l’allaitement exclusif jusqu’à ce que leur enfant atteigne l’âge de six mois. Les entreprises doivent également prendre les mesures qui s’imposent pour encourager l’allaitement au-delà des six mois.

Feno Velotahiana est la présidente du Réseau des médias pour la nutrition, fer de lance de la sensibilisation de masse autour de la lutte contre la malnutrition à Madagascar. Grâce à son engagement et à celui des membres du réseau, la nutrition trouve peu à peu sa place dans les médias malgaches (télévision, radio, presse écrite) et dans les programmes politiques du pays. Cette exposition dans les médias des problèmes de malnutrition s’est traduit par un engagement du ministère de la Santé à mettre le Plan d’action national pour le Développement des ressources humaines pour la santé (PNDRHS) au cœur de son programme politique. Le Premier ministre malgache a promis d’accroître le budget alloué à la nutrition.

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