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Nouveau système de protection sociale adaptative du Niger: Transferts en espèces, changement de comportement et résilience

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Hadiza (au centre) prépare un repas familial, aidée par ses filles Nadia, 4 ans, et Layhanatou, 10 ans, qui pilent le millet dans un mortier en bois. Photo : © Stephan Gladieu/Banque mondiale

La malnutrition au Niger

Le Niger fait face à de graves problèmes de développement et de nutrition de la première enfance. On estime qu’en 2011, 48,9 % de la population du Niger vivait de moins de 1,25 dollar par jour et 75,2 % de moins de 2 dollars ; plus de 50 % de la population du Niger était en situation d’insécurité alimentaire et 22 % souffrait chaque année d’insécurité alimentaire chronique (soit une consommation par habitant de moins de 1 800 kcal/jour). En 2012, le taux des retards de croissance chez les enfants de moins de cinq ans était de 43 %. En 2011, le taux d’anémie chez les femmes en âge de procréer était de 47 %. La malnutrition saisonnière et la malnutrition grave tendent elles aussi à être élevées. Les récentes crises alimentaires (en 2001, 2005, 2008 et 2010), dues à des sécheresses locales et à des prix élevés sur les marchés internationaux, n’ont fait que rendre les pauvres encore plus vulnérables à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

Le programme de protection sociale adaptative

La plupart des programmes « filets de sécurité » du Niger ont traditionnellement fourni une assistance d’urgence ponctuelle, peu efficace pour lutter contre l’insécurité alimentaire chronique. En 2011, le gouvernement du Niger, avec le soutien financier du Groupe de la Banque mondiale, a adopté une approche différente en lançant le projet « Filets sociaux au Niger » (Niger Safety Net Project). Ce projet propose des transferts monétaires en faveur des ménages pauvres et en situation d’insécurité alimentaire chronique dans les régions où ces conditions prévalent. Ces ménages bénéficient également de mesures d’accompagnement comportementales, centrées sur les pratiques parentales, avec pour but de promouvoir un investissement dans la santé et l’éducation des enfants. Enfin ce projet fournit une aide au revenu à court terme à des particuliers grâce au système « argent contre travail » (cash-for-work) dans des régions victimes d’une insécurité alimentaire grave mais temporaire.

En 2016, de nouvelles composantes sont venues s’ajouter au projet pour promouvoir un système de protection sociale adaptative au Niger, avec notamment des mécanismes pour rendre les mesures de protection sociale plus à même de réagir aux chocs et pour rendre plus résilients les ménages pauvres et vulnérables. Ce nouveau programme a pour but de mettre les pauvres à l’abri des chocs, notamment des chocs climatiques, avant qu’ils y soient confrontés (par exemple grâce aux transferts prévisibles et au développement des ressources communautaires), et d’intensifier les mesures prises en cas d’événements extrêmes.

Le programme de transferts monétaires touchera en tout 126 500 ménages et le programme « argent contre travail » bénéficiera à 60 000 ménages d’ici 2019. Le programme général s’étend à toutes les régions du Niger.

De quelle manière le projet est-il touche-t-il à la nutrition ?

Ce projet cible des régions géographiques considérées comme particulièrement pauvres ou vulnérables à l’insécurité alimentaire en raison des chocs ou risques auxquels elles sont exposées. On utilise toutes sortes de données pour le ciblage géographique. Le programme « argent contre travail » se fonde sur les données du Dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes et des crises alimentaires. Les ménages qui en bénéficient sont sélectionnés sur la base d’un test de vérification indicative des ressources et d’une validation par la communauté. Dans certaines régions, on est en train de tester une formule basée sur un score de consommation alimentaire, doublé d’un ciblage à base communautaire.

Le programme de transferts monétaires encourage les femmes à prendre des responsabilités en matière d’argent puisque c’est à elles que l’argent est versé. Ce transfert s’accompagne d’un volet comportemental (« communication pour changer les comportements »), comportant trois activités mensuelles par bénéficiaire : (1) réunions menées par des membres d’ONG ; (2) réunions menées par des éducateurs communautaires et (3) visites à domicile d’éducateurs communautaires. Ces activités pour changer les comportements ciblent en premier lieu les femmes bénéficiaires, mais les non-bénéficiaires des villages ciblés peuvent également y accéder. Le programme utilisé par les travailleurs communautaires et ceux des ONG est fondé sur le kit « pratiques familiales clés » élaboré par l’UNICEF au Niger, avec les composantes suivantes :

  • Nutrition infantile : allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois, alimentation complémentaire après six mois, identification des signes de malnutrition et orientation des enfants malnutris vers les servies de santé, supplémentation en vitamine A et fer, déparasitage (pour éliminer les vers) ;
  • Santé :recours aux services de médecine préventive, visite des services de santé pour les enfants dès qu’ils tombent malades, hygiène et lavage des mains, planning familial ;
  • Stimulation psychosociale : stimulation du langage, stimulation par les jeux, préparation à l’école, développement cérébral, gestion du sommeil ;
  • Protection des enfants : enregistrement des naissances, discipline, punitions et gestion des conflits, attachement et développement psychosocial.

Importance de la communication pour changer les comportements

Au sein du projet adaptatif « Filets sociaux », la coresponsabilisation s’attache à enseigner aux parents une série de pratiques positives pour le développement de la première enfance, y compris la nutrition, la stimulation psychosociale, la santé et l’assainissement. Ces messages sont renforcés en combinant et en répétant ces activités, ce qui encourage l’assimilation des messages clés. Ces pratiques reposent sur des techniques de facilitation adaptées au contexte local et favorables à une dynamique communautaire (une approche de « déviance positive »).

La standardisation des processus de ce projet est assurée grâce à un « guide technique » où sont établis les principaux contenus et modes de mise en œuvre. Pour ce projet, on aura typiquement recours à un éducateur communautaire pour 25 ménages et un employé d’ONG pour 300 à 400 ménages bénéficiaires. Pour ce qui est du contrôle de qualité, on a prévu une formation continue des fournisseurs et la surveillance des ONG et des éducateurs communautaires sur le terrain (on prévoit un responsable du contrôle de qualité pour huit employés d’ONG sur le terrain), ainsi que des contrats basés sur la performance pour les fournisseurs de services (chaque bureau de projet dispose de personnel spécialisé qui en contrôle la mise en œuvre).

Des observations intermédiaires indiquent que la participation et l’intérêt des bénéficiaires sont très élevés, même lorsque le transfert n’est pas soumis à des conditions formelles. Les activités au niveau communautaire génèrent généralement une forte dynamique sociale, qui encourage sans doute des changements de comportement positifs. Une évaluation d’impact fournit des informations sur la valeur ajoutée des mesures d’accompagnement comportemental à court terme (Premand, 2016[1]). Il en ressort que les mesures de communication pour changer les comportements ont un impact dans neuf des 14 thématiques, y compris des changements de pratiques nutritionnelles dans le domaine de l’allaitement exclusif au sein et de l’alimentation complémentaire. Les mesures de communication pour changer les comportements encouragent en outre une meilleure stimulation de l’enfant et une amélioration des comportements pour ce qui est de la discipline. On observe également des changements dans le domaine de la santé préventive, mais ils sont moins probants. Par contre les mesures de communication pour changer les comportements n’ont pas d’impact sur la proportion d’enfants qui bénéficient d’un certificat de naissance et leur impact pour l’éducation scolaire est très limité. Enfin les évaluations d’impact indiquent diverses répercussions pratiques pour des non-bénéficiaires. Malgré les changements de comportement observés, les impacts sur les perspectives à long terme des enfants sont limités. Cela est dans doute dû à l’environnement extrêmement difficile où vivent les enfants du Niger rural, notamment les effets conjugués de divers facteurs de risque pour la malnutrition.

 

[1] Premand, Patrick. 2016. Rapport Descriptif de l’Évaluation d’Impact à Court Terme du Projet Filets Sociaux au Niger. Washington, D.C. : World Bank Group, disponible ici : http://documents.worldbank.org/curated/en/122221467609922455/pdf/ACS18664-WP-PUBLIC-FRENCH-Rapport-de-lEvaluation-dImpact-du-Projet-Filets-Sociaux-au-Niger-Version-Francaise-has-been-approved-P133583.pdf

[1] Premand, Patrick. 2016. Rapport de l’Evaluation d’Impact du Projet Filets Sociaux au Niger. Washington, D.C. : World Bank Group, available at http://documents.worldbank.org/curated/en/122221467609922455/pdf/ACS18664-WP-PUBLIC-FRENCH-Rapport-de-lEvaluation-dImpact-du-Projet-Filets-Sociaux-au-Niger-Version-Francaise-has-been-approved-P133583.pdf
Cet article est tiré du rapport (en anglais) Compendium of Case Studies Leveraging Social Protection Programs for Improved Nutrition, produit par SecureNutrition avec le financement de la Fédération de Russie. Il s’inscrit dans une série de produits d’information – dont une revue des données, un rapport de forum et une série de séminaires – issus du Forum mondial 2015 sur les programmes de protection sociale contribuant à la nutrition qui s’est tenu à Moscou en septembre 2015. SecureNutrition a pour objectif de soutenir les efforts du Groupe de la Banque mondiale pour catalyser et encourager les investissements et activités contribuant à la nutrition dans tous les domaines qui sont à l’origine de la malnutrition. Pour en savoir plus, voir le site de l’organisation : http://www.securenutrition.org/

Cet article SUN dans la pratique s’inscrit dans une série d’articles qui seront partagés sur le site du Mouvement SUN tout au long de 2017, en collaboration avec SecureNutrition, pour aider à renforcer le dialogue sur les programmes de protection sociale contribuant à la nutrition.

Compendium des études de cas: Tirer parti des programmes de protection sociale pour améliorer la nutrition

Anglais

Examen des preuves: tirer parti des programmes de protection sociale pour améliorer la nutrition

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Rapport sur les procédures du Forum mondial

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