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Pourquoi je défends aujourd’hui le droit de quelqu’un (à l’alimentation)

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Ce blog a été initiallement publié par le Huffington Post. Accédez à l’article original

Cette année touche à sa fin et, tandis que dans beaucoup de parties du globe, nous nous apprêtons à célébrer les fêtes de fin d’année, le Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Mouvement  SUN) publie son rapport annuel d’avancement. Ce rapport fait le bilan de nombre de succès et prépare déjà le terrain pour nos bonnes résolutions du jour de l’an. Une dernière chose que je m’étais promise de faire en 2016, c’est de marquer la journée internationale des droits de l’Homme, qui a pour objectif de défendre les droits de quelqu’un. À l’issue d’une période tumultueuse pour les droits généralement reconnus de toutes les femmes, de tous les hommes et de leurs familles partout dans le monde, j’aimerais mettre l’accent sur un droit humain que nous oublions souvent : le droit à l’alimentation.

Qu’entendons-nous précisément par droit à l’alimentation ? N’importe quelle nourriture, des aliments nutritifs ou faut-il aussi inclure ce qui est bon à manger ? Le droit à l’alimentation est reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 en tant que partie d’un niveau de vie suffisant ; il est par ailleurs inscrit, avec le droit fondamental d’être à l’abri de la faim, dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 dont nous célébrons aujourd’hui le 50e anniversaire. Or il ne faut pas donner de ce droit une interprétation trop restrictive : une alimentation suffisante signifie une alimentation qui satisfasse les besoins nutritionnels d’un individu donné. Les femmes, notamment celles en âge de procréer, ont des besoins alimentaires spécifiques, et il faut donc insister sur une bonne alimentation de mille jours avant le début de la grossesse au deuxième anniversaire de l’enfant, ce qui établit une base solide pour tous les jours qui vont suivre. Si les aliments que l’on donne à une fillette ou à un garçon ne contiennent pas tous les nutriments nécessaires à leur développement physique et mental, ils ne sont pas suffisants. Les adolescents, les femmes et les hommes d’un certain âge, les personnes qui vivent avec le VIH ou le sida ont tous des besoins nutritionnels spécifiques et ils ont le droit de voir ces besoins nutritionnels satisfaits.

Pourquoi alors es-il encore nécessaire de défendre haut et fort le droit à l’alimentation, tant dans les pays du Nord que du Sud ? Deux milliards de personnes sont encore privées de vitamines et minéraux essentiels dans leur nourriture tandis que 1,9 milliards d’adules sont en surpoids ou obèses et que près de six millions de filles et de garçons meurent chaque année de malnutrition ou de maladies liées à la malnutrition, ce qui représente environ la moitié de la mortalité évitable. Comment cela est-il possible quand la planète produit assez d’aliments (nutritifs) pour nourrir tout le monde ? Vous vous posez peut-être la question ; c’est mon cas.

Mais il ne faut pas tout voir en noir : 2016 a marqué un pas important dans la lutte contre la malnutrition. Notre rapport d’avancement a montré que nombre de pays, comme le Bangladesh, le Cameroun, le Congo, El Salvador, la Gambie, le Lesotho, le Népal, le Nigéria et le Swaziland, ont réussi au cours de l’année qui s’achève a réduire considérablement le nombre de filles et de garçons de moins de cinq ans qui sont trop petits pour leur âge ou souffrent de retards de croissance, une conséquences de la sous-alimentation chronique. Les dernières statistiques montrent que le nombre d’enfants qui ont des retards de croissance dans le monde est actuellement de 156 millions, soit 3 millions de moins qu’en 2014.

Le Mouvement SUN constitue le renouvellement d’un effort international pour éliminer la malnutrition sous toutes ses formes, partout, selon le principe que chacun a droit non seulement à l’alimentation mais aussi à une alimentation saine. Le Mouvement SUN a été créé en 2010, non pas en tant que nouveau projet ou programme, mais en tant qu’engagement collectif du système de gouvernance international en faveur de la nutrition « pour tirer le meilleur parti de l’expérience et des ressources diverses et favoriser la coordination en vue d’appuyer les efforts dirigés par les pays visant à renforcer la nutrition ». Ce mouvement est aujourd’hui mené par 57 pays et trois États indiens qui se sont tous engagés à intensifier leurs efforts en faveur de la nutrition ; des milliers de partenaires des secteurs public et privé s’y sont d’ores et déjà associés, ce qui devrait se révéler positif pour la nutrition en 2017 et au-delà.

En 2016, un tiers des pays SUN ont déjà inscrit le droit à l’alimentation dans leur constitution, ce qui est remarquable. Nombre d’autres pays SUN ont réalisé qu’il était vital d’aider les consommateurs à bien choisir leur nourriture et celle de leur famille, mettant par exemple en place des lois qui font que les denrées de base comme l’huile, le sel et les céréales fournissent aux familles une valeur nutritionnelle optimale. Aujourd’hui, 44 pays SUN disposent de mesures légales portant sur la commercialisation des substituts au lait maternel, reconnaissant ainsi que le lait maternel constitue pour les filles et les garçons le meilleur départ possible dans la vie.

À bien des égards, la situation s’améliore donc En adoptant le Programme de développement durable à l’horizon 2030, 193 pays du monde entier se sont aussi engagés à éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition ; il nous faut désormais travailler différemment, ensemble, pour le bien de l’humanité et de la planète. Comme l’a dit le lauréat du prix Nobel Norman Borlaug, « il est pratiquement certain, cependant, que la composante primordiale de la justice sociale, c’est une nourriture adéquate pour tous ». Nous avons appris, à nos dépens, que le cercle vicieux créé par la pauvreté, l’inégalité de genre, un mauvais assainissement et le manque d’eau potable ne fait qu’encourager la malnutrition et que ces fléaux doivent donc tous être combattus en parallèle pour que le droit à la nourriture devienne une réalité. Après tout, au moins 12 des 17 Objectifs de développement durable passent par une bonne alimentation. Cela m’amène à un autre événement marquant de 2016 : le lancement de la Décennie d’actions pour la nutrition des Nations Unies (2016-2025), qui marque un tournant pour la nutrition dans le monde entier grâce à la participation, à l’engagement et aux actions concrètes de toutes les parties prenantes.

Si donc vous retrouvez vos collègues ou vos êtres chers aujourd’hui ou dans les jours suivants, au travail, à l’école ou autour d’un repas, pourquoi ne pas encourager quelqu’un qui s’exprime rarement à exprimer ses idées et agir pour le droit à l’alimentation ? Défendez ses droits, leurs droits, nos droits, aujourd’hui, demain et toujours. Je vous souhaite, à vous et votre famille, des jours heureux et nutritionnels en cette fin d’année et pour l’année qui commence.

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