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Rassemblement mondial 2017 du Mouvement SUN : inspiration, connexion, progrès et amour

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Blog de Lawrence Haddad, directeur général de GAIN et membre du Comité exécutif du Mouvement SUN

Lire l’article original publié sur le site Web de GAIN : www.gainhealth.org/knowledge-centre/scaling-nutrition-sun-2017-global-gathering-inspiration-connection-progress-love

Je viens de rentrer du Rassemblement mondial du Mouvement SUN 2017 qui s’est déroulé à Abidjan en Côte d’Ivoire. Pendant ces trois jours, se sont réunies des équipes des 60 États membres du Mouvement SUN, des quatre réseaux SUN (société civile, Nations Unies, donateurs, secteur privé, dont quelques collègues de GAIN), du Secrétariat du Mouvement SUN, du Comité exécutif du Mouvement SUN auquel j’appartiens et du Groupe principal (présidé par Tony Lake, directeur général de l’UNICEF et composé de responsables de haut niveau et de champions).

Il s’agit du premier Rassemblement mondial depuis 2015 et du premier à se dérouler dans un pays SUN. Ce type d’événement est organisé pour dynamiser et inspirer les participants, leur fournir une occasion de se retrouver et de développer leur réseau, et leur offrir des possibilités d’apprentissage et de réflexion. Je pense que les deux premiers objectifs ont été atteints avec brio mais que nous pourrions, à mon avis, faire des progrès en ce qui concerne le troisième objectif.

Le Rassemblement mondial a su dynamiser et inspirer les participants de manière exceptionnelle notamment grâce à la participation du vice-président de la Côte d’Ivoire, de l’ancien président de la Tanzanie, de nombreux ministres africains et de beaucoup d’autres hauts dirigeants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Tony Lake était également présent pendant les trois jours qu’a duré de l’événement, ce qui témoigne bien de son engagement. Ces hauts dirigeants et responsables politiques (par exemple Akin Adesina, le président de la Banque africaine de développement) se sont exprimés avec une passion, une authenticité et une maîtrise exceptionnelles. Ils connaissaient les thèmes et points essentiels : la malnutrition touche une personne sur trois, elle est responsable de près de la moitié des décès des enfants de moins de cinq ans, elle entraîne une perte de PIB d’au moins 11 % et les investissements dans la lutte contre la malnutrition génèrent un rapport bénéfice-coût de l’ordre de 16 à 1. Ces orateurs n’ont pas lu froidement leur texte mais se sont exprimés avec émotion et pragmatisme (la malnutrition est un frein pour nos économies). Ils ont ainsi fait forte impression et je regrette que les organismes donateurs n’aient pas pu assister à ces interventions..

Ils n’ont pas été les seules sources d’inspiration de cet événement, puisque nous avons pu assister aux interventions des orateurs suivants : Spectacular Gumbira du Zimbabwe, un jeune parlementaire âgé de 15 ans (un orateur incroyable, talentueux et qui porte bien son nom puisqu’il n’a pas du tout été perturbé face à un auditoire de 900 personnes), Myriam Sidibe d’Unilever, qui a plaidé avec force en faveur d’un changement des comportements et Catarina de Albuquerque, présidente générale de Sanitation and Water For All, qui a établi des liens avec le secteur WASH. De plus, Sight and Life et SUN ont remis des distinctions à plusieurs chefs de file charismatiques de la nutrition, dont Ellen Piwoz de la Fondation Gates qui a reçu deux prix amplement mérités.

Le Rassemblement mondial a offert de formidables possibilités aux participants de se retrouver et de nouer de nouvelles relations. Ils ont pu explorer l’espace d’exposition mis en place par les 60 pays SUN, profiter des longues pauses entre les séances pour dialoguer, utiliser les espaces de rencontre du réseau et le lieu d’accueil bien choisi avec ses nombreuses salles de réunion à disposition. Les débats ont également paru équilibrés en raison de l’organisation de la manifestation dans un pays SUN. Les participants des organisations d’Europe et d’Amérique du Nord comme moi n’ont pas pu dominer les débats. En accordant la priorité aux pays, les egos et les logos ont été mis de côté. Il régnait un sentiment de solidarité et non un sentiment de subordination, nous avons assisté à un débat d’idées et non pas à un protocole. Comme l’a déclaré le conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et ancien coordinateur du Mouvement SUN, David Nabarro, beaucoup d’amour s’est exprimé au cours de l’événement, ainsi qu’une grande solidarité.

Concernant le volet de l’apprentissage et de la réflexion, une séance de qualité a été organisée sur le thème de la nutrition dans les contextes fragiles et sur la façon de renforcer la pertinence du Mouvement SUN. Des progrès ont été accomplis sur les échanges entre la société civile et les milieux d’affaires pour résoudre les problèmes liés à la diligence appropriée et à la redevabilité des entreprises. Une brève séance plénière a été organisée sur les nouvelles ressources MEAL (suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage) destinées à orienter la théorie du changement du Mouvement SUN. En dépit de ce constat et à mon avis seulement, nous aurions pu mieux faire sur le plan de l’apprentissage et de la réflexion. C’est un domaine très important puisque nous en savons plus sur les dégâts de la malnutrition que sur les solutions que nous pouvons y apporter.

Les grandes questions qui se présentent à nous et qui n’ont pas vraiment été abordées sont les suivantes :

  • Le Mouvement SUN se développe bien et se concentre davantage sur les impacts, mais il y a lieu de s’interroger sur sa viabilité au-delà de 2020 qui marque la fin du cycle actuel de financement. Pouvons-nous réellement prétendre être un mouvement si nous sommes aussi tributaires du financement de donateurs ? Ne pourrait-on pas compter sur les membres du Mouvement SUN pour le financement direct de son infrastructure (pour être honnête, une grande partie du financement indirect provient déjà de ses membres) ?
  • Le double fardeau de la malnutrition s’alourdit rapidement : selon le dernier rapport mondial sur la nutrition (2017), 60 % des pays sont touchés par un niveau élevé de sous-nutrition (qui se traduit par un retard de croissance des enfants de moins de 5 ans ou une carence en micronutriments chez les adultes) ainsi que par le surpoids ou l’obésité. Comme ce pourcentage risque d’augmenter avant de diminuer, comment le Mouvement SUN peut-il réagir ? Qu’allons-nous modifier ? Pouvons-nous refuser plus longtemps les débats difficiles mais inévitables sur la lutte contre certaines habitudes alimentaires préjudiciables pour la santé ?
  • En Afrique comme dans le reste du monde, l’urbanisation connaît un essor rapide, ce qui représente à la fois une perspective et un défi dans le domaine de la nutrition. Que doit faire le Mouvement SUN pour s’y adapter ? Il compte déjà parmi ses membres des États indiens et il y aurait peut-être lieu d’inviter les villes à le rejoindre.

Le Rassemblement mondial a été finalement un grand succès. Il faut remercier, Gerda Verburg, coordinatrice du Mouvement SUN, qui a joué un grand rôle en déployant tant d’énergie et en adoptant une approche sans langue de bois. Son équipe a parfaitement réussi à faire en sorte que les milliers de variables s’imbriquent entre elles pour que tout se déroule bien.

Je voudrais conclure par une remarque positive et, me semble-t-il, instructive qu’une personne m’a faite à la fin de l’événement. Lors du premier Rassemblement mondial, les pays membres semblaient quelque peu désorientés et ne comprenaient pas ce que signifiait le Mouvement SUN et son intérêt. Les représentants des pays savaient ce dont ils avaient besoin, mais ils ne savaient pas vraiment comment formuler ces besoins ni comment les négocier. À Abidjan, il semble que les pays membres maîtrisaient mieux les choses quant au Mouvement : ils ont su exprimer clairement leurs besoins, les formuler avec assurance et ont démontré beaucoup de savoir-faire pour obtenir l’aide attendue.

Et cette approche menée par les pays est essentielle pour le Mouvement SUN. Au final, il aura rempli sa mission s’il a contribué à l’échelle nationale à mobiliser des ressources intérieures et extérieures supplémentaires pour progresser dans le domaine de la nutrition, s’il a contribué à une dépense plus efficace des ressources existantes et s’il a contribué à mieux positionner la nutrition parmi les leviers prioritaires des ODD. Nous ne devons jamais oublier la dimension mondiale du mouvement SUN qui s’est étendu sur toute la planète mais qui « englobe » aussi davantage d’aspects « internationaux ». Le Mouvement SUN est en marche !

 

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