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Adopter une approche intégrale des systèmes alimentaires pour améliorer la nutrition

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À propos de l’auteur : Marc Van Ameringen, Directeur exécutif de l’Alliance mondiale pour une meilleure nutrition (GAIN) et membre du Comité exécutif du Mouvement SUN. Cet article était publié à l’origine dans Farming First

nutrition 2015(onu)086Des progrès significatifs ont été réalisés au cours de la dernière décennie dans le cadre de l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Néanmoins, la charge de la dénutrition touche encore 795 millions de personnes et plus de1,9 milliard d’adultes sont en surpoids ou obèses.

Malgré l’adoption des nouveaux objectifs de développement durable (ODD) en septembre 2015, l’on note cependant une reconnaissance croissante selon laquelle la bonne nutrition est à la base de la réalisation de presque tous les objectifs de développement. En particulier, le 2e ODD offre la possibilité d’aligner les efforts entre tous les acteurs concernés pour mettre fin à la faim et la malnutrition d’ici 2030.

Pour atteindre ces objectifs ambitieux, nous ne pouvons plus travailler en vase clos : nous devons examiner l’ensemble de la chaîne de valeur agricole afin de mettre en place des systèmes alimentaires plus durables et plus nutritifs. Depuis les semences et le sol jusqu’à la récolte et à l’après-récolte, pour terminer au moment où les vivres arrivent à la bouche du consommateur, nous avons la possibilité de réformer notre système alimentaire précaire et malsain de manière à mettre la nutrition à sa base.

À partir des semences

Dès le début de la chaîne de valeur, les semences offrent divers moyens d’améliorer la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires. L’un des moyens les plus efficaces est la sélection directe de nouveaux nutriments pour en faire des semences. Ce processus, connu sous le nom de biofortification, a été développé dans les années 1990 par l’économiste alimentaire Howarth Bouis qui a ensuite fondé HarvestPlus pour régler le problème de la faim cachée et fournir aux populations les vitamines et minéraux essentiels dont elles ont besoin dans leur alimentation. Reproduire les micronutriments directement dans les aliments de base a été considéré comme une solution durable et peu coûteuse, en particulier pour les personnes les plus pauvres. Malgré certaines difficultés, la plupart du temps liées à la livraison de produits et à la nécessité de stimuler la demande des consommateurs pour ces aliments de base fortifiés, la biofortification a été adoptée par plusieurs pays africains, dont le Nigeria, la République démocratique du Congo et la Zambie.

Améliorer la santé des sols

Les sols en bonne santé sont la base de la production d’aliments sains. Par conséquent, la qualité du sol peut avoir un impact négatif sur les cultures qu’on y sème. Par exemple, les sols peuvent être contaminés par les aflatoxines qui sont des toxines dangereuses, produites par le champignon Aspergillus flavus, qui infectent les cacahuètes, le maïs et d’autres cultures. Le Partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine en Afrique (PACA), une initiative de l’Union africaine, a pour but de libérer l’Afrique des effets nocifs des aflatoxines par la promotion de la coordination entre les différentes initiatives, agissant comme catalyseur de partenariats et fournissant des ressources financières. Grâce à un financement de la Fondation Bill et Melinda Gates, le Partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine en Afrique (PACA) œuvre pour la production à grande échelle de l’aflasafe, un produit de lutte biologique qui « repousse » les souches nuisibles produisant la toxine A. flavus des champs par le biais de l’introduction délibérée de souches non toxiques et inoffensives du même champignon – un processus connu sous le nom d’« exclusion compétitive ». L’aflasafe s’est avérée très efficace : des essais sur le terrain au Nigeria entre 2009 et 2012 ont montré que l’utilisation de ce produit a réduit de manière consistante, la contamination par l’aflatoxine dans les cultures de maïs et d’arachide, de 80 à 90 %.

Lutte contre les pertes post-récolte

En abaissant la chaîne de valeur agricole, les pertes post-récolte se présentent comme un sérieux défi pour la sécurité alimentaire et le climat. En Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud-Est, plus de 50 % des fruits et légumes frais produits sont perdus ou gaspillés, avec près de la moitié de ces pertes survenant au cours des processus post-récolte. Les pertes qui surviennent au milieu de la chaîne d’approvisionnement, sont en grande partie dues à l’absence d’infrastructures de stockage et de refroidissement fonctionnelles. Une solution possible pour réduire les pertes post-récolte est l’introduction de la mise en caisse et le conditionnement approprié des aliments périssables lors du déplacement du champ au point de vente. Les innovations dans la chaîne du froid, ou les chaînes d’approvisionnement à température contrôlée peuvent peut-être avoir le plus grand effet sur la disponibilité des régimes nutritifs. Cependant, la chaîne du froid est tributaire de l’électricité ou du carburant, qui sont coûteux ou disponibles de manière inappropriée dans plusieurs de ces pays. Investir dans les technologies vertes innovantes de la chaîne du froid et les disséminer sera donc essentiel pour mettre en place des systèmes agricoles alimentaires nutritifs durables. L’Alliance mondiale pour une meilleure nutrition (GAIN), conjointement avec le GCCA (Alliance mondiale de la chaîne du froid), travaillent en vue d’atteindre cet objectif en reliant les leaders mondiaux de l’industrie de refroidissement des aliments nutritifs avec des sociétés sœurs dans le monde en développement pour fournir une assistance technique et des intrants pour renforcer le refroidissement des cultures nutritives et la chaîne du froid, l’emballage et la mise en caisse et rapprocher le traitement et le stockage des champs de production.

View from a village market, one of the most effective place to improve diets and promote dietary diversity. (GAIN)

Approvisionner les marchés d’aliments sains

Au bout de la chaîne de valeur, nous trouvons les consommateurs. Dans un monde de plus en plus urbanisé, les familles pauvres et urbaines font des choix basés sur ce qui est disponible sur le marché à des prix abordables et même les agriculteurs ruraux sont également des acheteurs nets de denrées alimentaires. Cruellement, ces agriculteurs sont également du nombre des plus sous-alimentés au monde. Selon la Banque mondiale, les consommateurs ruraux et urbains, qui se trouvent au bas de la pyramide, dépensent 3,5 trillions de dollars US en denrées alimentaires chaque année, chiffre censé d’ailleurs encore augmenter. Dans ce contexte, il est essentiel d’exploiter le rôle des marchés et de catalyser les petites et moyennes entreprises pour améliorer la nutrition. GAIN, avec l’appui de l’USAID et de Feeding the Future Initiative, a créé Marketplace for Nutritious Foods (Place des expositions pour les aliments nutritifs), un programme conçu pour favoriser l’innovation et soutenir les entreprises prometteuses qui produisent des aliments sains, sécurisés et abordables pour les consommateurs à faible revenu. Il est essentiel de soutenir les entrepreneurs, dont beaucoup sont des femmes, pour assurer le succès de leurs activités et améliorer la diversité alimentaire. Initialement lancé dans quatre pays d’Afrique orientale, la place d’exposition de GAIN est actuellement occupée par 37 entreprises offrant de petits dons et de l’assistance technique. En deux ans, les entreprises de la place des expositions ont pu produire plus de 7 millions de portions de nouveaux aliments nutritifs disponibles sur le marché.

Surtout à la lumière des nouveaux défis comme le changement climatique et l’urbanisation rapide, nous avons besoin de systèmes alimentaires orientés vers la nutrition qui puissent se déployer tout en garantissant une utilisation durable des ressources de la planète. Il est donc essentiel de présenter des preuves de ce qui fonctionne et de conduire de nouveaux partenariats qui attirent les investissements publics et privés pour ces solutions. Et plus important encore, il ne faut pas se concentrer uniquement sur l’agriculture : nous allons adopter une approche de système alimentaire entièrement intégrée, qui comprenne la santé et la nutrition, pour nourrir une population mondiale croissante avec les aliments abordables et nutritifs dont elle a besoin.

Pour lire davantage sur ce sujet, lire le rapport instantané de GAIN Cultivating Nutritious Food Systems (Cultiver des aliments nutritifs) 

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