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Analyser et utiliser l’information provenant de sources multiples

  |   SUN dans la pratique, Systèmes d’information pour la nutrition

Il existe de nombreuses sources différentes de données pertinentes pour la nutrition au Zimbabwe.

George Kembo, Directeur, Conseil national de l’alimentation et de la nutrition et point focal SUN décrit comment les informations sont analysées et utilisées…

« Le gouvernement a pris des engagements concernant... un système national d'information intégré pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle qui fournit en temps opportun, des informations fiables sur la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l'efficacité des programmes et éclaire la prise de décision...»

Camarade R.G. Mugabe, Président de la République du Zimbabwe

En réponse à la persistance de la faim et de la sous-nutrition, en particulier parmi les pauvres, le Gouvernement du Zimbabwe a lancé une politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle en mai 2013. La politique marque le début d’un effort concerté pour promouvoir le développement économique en relevant les défis liés à la sécurité alimentaire et à la nutrition d’une manière solide, coordonnée et multisectorielle. Le Conseil de l’alimentation et de la nutrition (FNC) est l’organisme national chargé de diriger la réponse coordonnée et multisectorielle. Le FNC fait contribuer plusieurs ministères et d’autres parties prenantes, notamment les agences des Nations Unies, les organisations non gouvernementales (ONG) et le secteur privé.

L’engagement du gouvernement

Le gouvernement énonce sept engagements dans la politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle, notamment un engagement à mettre en place un système national intégré d’information sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les principaux aspects du système d’information sont les suivants:

  • l’établissement des rapports sur les inégalités Î l’harmonisation, l’intégration et la synthèse des informations provenant de plusieurs sources
  • l’ancrage du système sur des indicateurs normalisés, acceptés et comparables
  • l’appropriation à un niveau décentralisé du système d’information l’inclusion des données de routine
  • la création d’un lien étroit entre l’information, la prise de décision et l’intervention, notamment pour les interventions d’urgence
  • la construction d’un référentiel central d’informations
  • l’inclusion des outils et des approches qualitatives et quantitatives
  • la liaison avec les systèmes d’information régionales et mondiales sur la nutrition; et
  • la distinction entre les situations chroniques et aiguës

Le système combine un certain nombre d’outils d’évaluation et de suivi qui, ensemble, permettent de comprendre globalement la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Systèmes et sources d’information

Le système combine un certain nombre d’outils d’évaluation et de suivi qui, ensemble, permettent de comprendre globalement la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Systèmes et sources d’information Le système d’information intégré de sécurité alimentaire et nutritionnelle vise à collecter, analyser et utiliser l’information sur l’impact – les progrès vers les six objectifs de l’AMS – et les déterminants de la malnutrition. Il existe de multiples systèmes et sources d’information.

L’enquête démographique et de Santé du Zimbabwe est réalisée tous les cinq ans. À l’exception de l’anémie chez les femmes en âge de procréer, les données relatives à toutes les cibles de l’AMS sont collectées. Ces données sont ventilées selon la géographie, la richesse, le sexe, les moyens de subsistance et le groupe d’âge.

Le système national de surveillance de la nutrition a été mis en place pour recueillir des informations sur une base annuelle au cours des périodes de grande famine (juste avant les récoltes). Récemment, en raison du manque de ressources, la collecte des données a été réalisée sur une base ad hoc. En 2013, les données ont été recueillies dans 10 zones de moyens de subsistance considérées comme les plus exposées à l’insécurité alimentaire au moyen d’une évaluation rapide. En 2014, les données sont recueillies au moyen de mini enquêtes sur la nutrition ciblant 10 districts jugés précaires sur le plan alimentaire dans quatre provinces. Les données sont recueillies sur cinq des objectifs de l’AMS, l’exception étant à nouveau l’anémie chez les femmes en âge de procréer. Les données sont ventilées par zone géographique, par sexe et par groupe d’âge. Les membres des comités multisectoriels pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle à l’échelle provinciale, des districts et des quartiers sont formés à la surveillance de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il s’agit notamment des formations sur la façon de recueillir et d’analyser des données et la production de rapports au niveau des districts. Un total de 98 personnes de niveau national, provincial et des districts ont été formées récemment, y compris le personnel du secteur de la santé (nutrition, santé environnementale et soins infirmiers), des services sociaux, des Nations Unies et de la société civile.

La collecte de données de routine est réalisée par des ONG, généralement sous forme de point de référence et d’objectif-cible d’un programme, et sur une base mensuelle ou trimestrielle pendant toute la durée du projet. L’information est généralement ventilées par zone géographie, sexe, moyen de subsistance et groupe d’âge. Les indicateurs collectés varient en fonction de la portée du programme. Certaines informations mettent l’accent sur la sécurité alimentaire et les marchés, d’autres sur l’eau, l’assainissement et la santé et quelques unes sur les programmes communautaires d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant.

Le comité d’évaluation de la vulnérabilité du Zimbabwe (ZIMVAC) effectue une évaluation annuelle des moyens de subsistance en milieu rural (ARLA) au moyen d’enquêtes par sondage aléatoire. L’ARLA de 2013 a été réalisée en mai et a recueilli des données à travers des questionnaires adressés aux communautés et aux ménages. Ils portaient sur l’éducation, l’alimentation et les sources de revenus, les niveaux de revenus, la structure des dépenses, la production végétale, la production animale, l’eau et l’assainissement, la gestion des cultures post-récolte. Les données ont également été recueillies sur l’émaciation chez les enfants de moins de cinq ans. Le ZIMVAC recueille et analyse des données exhaustives sur les déterminants de l’émaciation, notamment des informations sur l’alimentation, la sécurité alimentaire, les maladies (diarrhée, fièvre ou toux récentes chez les enfants de moins de cinq ans), et l’eau et l’assainissement. Des données limitées sont recueillies sur l’accès aux services de santé et sur les soins de la mère et de l’enfant. Les données sont ventilées selon le sexe, l’âge et la situation géographique.

Le système de surveillance de l’agriculture et de la sécurité alimentaire recueille des données dans 57 districts sur 60, une fois par trimestre. Le système est adapté pour mener une enquête sur la consommation alimentaire des ménages chaque année en octobre, au début des périodes de famine. Toutes les données recueillies dans ce système proviennent des zones rurales. Une répartition plus poussée est effectuée en fonction des zones de moyens de subsistance.

L’évaluation des récoltes et de l’élevage est effectuée deux fois par an avec une analyse de données ventilées jusqu’au niveau des quartiers.

Le système d’information sanitaire (SIS) recueille des rapports mensuels sur la plupart des maladies et des conditions de santé, y compris l’émaciation, l’insuffisance pondérale et la pellagre (en raison de la carence en niacine ou de la vitamine B3). Le SIS a également un système hebdomadaire de surveillance des maladies qui surveille les éclosions de maladies d’importance pour la santé publique telles que le choléra, le paludisme et la rougeole.

Les exercices annuels de cartographie sont menées par le Groupe de coordination technique de la nutrition pour produire un Atlas de la nutrition. La cartographie permet de déterminer ce qu’un groupe de parties prenantes réalise et où il est actif. Elle couvre les activités du gouvernement ainsi que celles des ONG. Le Groupe de travail agricole fait un exercice de cartographie similaire sur une base annuelle pour le secteur de la sécurité alimentaire. Les informations pour l’exercice de cartographie sont collectées au moyen de questionnaires auto-administrés qui sont envoyés à des personnes clés dans les différents organismes et secteurs.

Analyse et utilisation des informations

Il existe un engagement de haut niveau du gouvernement pour collecter, analyser et utiliser les données. De bonnes capacités de collecte existent au niveau national et des districts, mais actuellement la capacité d’analyse est largement confinée à l’échelle nationale. Le personnel provincial et au niveau des districts est actuellement formé dans le cadre d’une formation plus large de la gestion des données pour être capable d’analyser leurs propres données et de produire des rapports.

La conception des programmes et le ciblage des zones géographiques par les partenaires s’appuient généralement sur l’information nutritionnelle qui est disponible. Les organisations procèdent souvent à des évaluations des points de référence et des objectifs-cibles pour déterminer l’efficacité de la mise en œuvre des programmes au niveau des districts ou des quartiers en fonction de la portée de leurs programmes. Au niveau national, il est nécessaire pour la recherche opérationnelle de déterminer l’impact global des différents programmes sur la situation nutritionnelle dans le pays.

Dissémination des informations

Le FNC est en train de créer un site Web qui abritera un forum où le public pourra avoir accès aux données sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et également fournir de la rétroaction. L’information est présentée sous forme de cartes, de graphiques, de tableaux et de tableaux de bord.

On s’attend à l’amélioration de la coordination, à l’alignement et à la diffusion des informations dans les différents secteurs avec le renforcement et la relance continue des FNC multisectoriels dans lesquels les ONG participent aux côtés des secteurs clés de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, notamment, l’agriculture, la santé, la protection sociale, l’éducation, l’égalité des genres, les jeunes et les administrations locales.

Intégrer l'information sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour réponse aux inondations

Pendant la saison des pluies de 2013-2014, le district de Tsholotsho dans l’ouest du Zimbabwe a été frappé par de fortes pluies et des inondations qui ont touché plus de 40 ménages dans cinq quartiers situés à proximité de la rivière Gwayi. Une approche multisectorielle a permis de recueillir et d’analyser des données, d’intervenir et de renforcer les systèmes d’information. Le Comité pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle du district (DFNSC) est le comité multisectoriel qui coordonne le système intégré de lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Une de ses fonctions spécifiques est de faciliter et participer à des évaluations de l’alimentation et de la nutrition, à la surveillance et aux activités d’alerte rapide.

Les agents de vulgarisation agricole du système de surveillance du ministère de l’Agriculture ont suivi les effets de la pluie et des inondations sur la production agricole dans chacune des zones concernées. Ils ont constaté que le maïs, le sorgho et de mil on subi des dommages importants.

Un exercice de dépistage de la malnutrition a été réalisé dans les zones touchées par les inondations par le Ministère de la Santé. Le dépistage a été fait en coordination avec le programme élargi de vaccination dans trois quartiers. Le périmètre brachial a été mesuré afin d’évaluer la malnutrition aiguë (émaciation) dans les zones touchées. Un total de 156 enfants âgés de 6 à 59 mois ont été dépistés et renvoyés à des programmes de traitement pour empêcher la dégradation de leur état. En outre, les membres du DFNSC ont pris part à une enquête nutritionnelle SMART6 en mars 2014. L’enquête a mesuré la mortalité, l’état nutritionnel et la sécurité alimentaire des enfants.

Le DFNSC s’est réuni pour discuter de l’information recueillie dans les zones touchées. Le comité a décidé que le plaidoyer pour les programmes – tels que l’alimentation scolaire – était nécessaire pour protéger les enfants contre la malnutrition. En outre, le DFNSC a souligné la nécessité d’une formation pour renforcer la qualité des données produites par la surveillance communautaire de la croissance dans le quartier. Cela permettrait de surveiller la situation nutritionnelle au fil du temps dans le cadre du système d’alerte rapide, en particulier dans les zones touchées. Un total de 160 agents de santé des villages ont été formés à la surveillance de la croissance en mars 2014, en particulier à l’utilisation des nouvelles courbes de croissance de l’enfant de sorte que les données recueillies soient aussi précises que possible.

Les membres du DFNSC ont pris part à la formation en gestion de données pour établir des lignes directrices pour un système d’information intégré sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la vulnérabilité. Il en résulte que le DFNSC peut maintenant recueillir et analyser ses propres informations sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les systèmes de surveillance des différents ministères (par exemple le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Agriculture) sont combinés pour donner une image complète de la situation alimentaire et nutritionnelle dans le district. Ce système intégré de partage de l’information agira comme un mécanisme d’alerte rapide en cas d’insécurité alimentaire et nutritionnelle et permettra de surveiller la situation dans les communautés touchées par les inondations. Il permettra également au DFNSC d’hiérarchiser les programmes à mettre en œuvre dans les quartiers.

Défis et opportunités

Bien que des efforts soient faits pour générer des informations fiables sur la nutrition qui peuvent être utilisées pour la programmation et la planification de la nutrition, la préparation et la réponse aux catastrophes, il existe un besoin d’augmenter la capacité d’intervention. En outre, s’il est reconnu que la réponse multisectorielle est le moyen le plus efficace pour traiter la nutrition, elle peut être retardée en raison de priorités concurrentes au sein même des différents secteurs. Le taux d’attrition élevé du personnel au sein du gouvernement est aussi un défi qui se traduit par un personnel qualifié et expérimenté à la recherche de « pâturages plus verts », laissant sur place un personnel sans formation, sans expérience et peu motivé. Les ressources pour les interventions sont actuellement limitées et des efforts énergiques pour les mobiliser sont nécessaires.

Toutefois, de nouvelles perspectives s’offrent à nous. La Stratégie nationale sur la nutrition qui couvre cinq ans et qui est chiffrée et en cours de finalisation comprend les « systèmes d’information de qualité sur la nutrition et le plaidoyer » comme l’un de ses six principaux secteurs de résultats et, par conséquent, les ressources seront mobilisées en particulier autour de l’amélioration des systèmes d’information sur la nutrition au Zimbabwe. Le rôle de la nutrition dans le développement est reconnu à un niveau élevé. Comme les plates-formes collaboratives multisectorielles continuent de se renforcer, cela aura un effet d’entraînement sur l’efficacité et sur le plaidoyer pour l’amélioration des systèmes d’information nutritionnelle. Au Zimbabwe, ces structures de coordination et de gouvernance multisectorielles sont renforcées au niveau national, provincial et des districts et sont mises en place au niveau des quartiers.

Principaux enseignements

  • La qualité du plaidoyer s’améliore à mesure que les systèmes d’information en matière de nutrition sont renforcés et les données locales sont documentées.
  • Les communautés peuvent jouer un rôle essentiel en contribuant à des systèmes d’information sur la nutrition, en renforçant les capacités des volontaires communautaires qui participent à la préparation aux catastrophes et aux activités liées à l’intervention et en surveillant de manière spécifique les ménages ou les personnes vulnérables dans les quartiers.
  • Il est essentiel, en ce qui concerne les systèmes d’information pour la nutrition, d’informer les communautés en retour, pour leur permettre d’hiérarchiser leurs propres problèmes et les domaines d’intervention.
  • La surveillance participative et l’évaluation se traduit par une réponse participative et la viabilité des systèmes d’information sur la nutrition.

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