SUN Newsletter
Home / Actualités / Approche en matière d'évaluation du niveau d'intégration de la nutrition dans les plans de développement agricole en Afrique subsaharienne

Approche en matière d’évaluation du niveau d’intégration de la nutrition dans les plans de développement agricole en Afrique subsaharienne

  |   La contribution de l’agriculture et de la protection sociale à l’amélioration de la nutrition, SUN dans la pratique

© UNICEF/UNI121541/Esteve

 

Approche en matière d’évaluation du niveau d’intégration de la nutrition dans les plans de développement agricole en Afrique subsaharienne :
le cas des plans nationaux d’investissement agricole (PNIA)

Par Richemont SEKI* et Mohamed AG BENDECH**


Contexte et objet

L’Afrique subsaharienne est confrontée à un triple fardeau de la malnutrition : une dénutrition qui coexiste avec la suralimentation (surpoids et obésité) et des carences en micronutriments (principalement en vitamine A, en fer, en iode et en zinc). En 2017, les retards de croissance ou la malnutrition chronique ont touché 32,6 % des enfants de moins de 5 ans, et 6,9 % des enfants de la même tranche d’âge ont souffert d’émaciation ou de malnutrition aiguë (dont 1,8 % sont victimes d’émaciation aiguë). En 2015, 4,1 % des enfants de moins de 5 ans souffraient de surpoids. Dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, les taux d’anémie nutritionnelle des femmes en âge de procréer (de 15 à 49 ans) restent élevés (avec une prévalence de 20 à 40 %, et même plus dans certains pays)[1]. Les enfants de moins de 5 ans souffrent également de cette carence en iode et en vitamine A.

La malnutrition a des effets préjudiciables sur le développement cérébral des enfants, ce qui affecte leurs résultats scolaires et leur productivité à l’âge adulte[2],[3]. Les personnes souffrant de malnutrition sont également exposées à des taux de mortalité et de morbidité plus élevés, notamment au cours de leur enfance[4],[5]. Selon plusieurs études, les pertes économiques liées à la malnutrition dans les pays en développement sont également très élevées (représentant 1,9 à 16,5 % de leur produit intérieur brut)[6].

© UNICEF/UN0156384/Dubourthoumieu

Du fait que la malnutrition découle d’une multitude de facteurs, son éradication devra passer par la mise en œuvre à grande échelle d’actions complémentaires et coordonnées qui sont spécifiques à la nutrition ainsi que d’actions contribuant à la nutrition. Parmi les secteurs contribuant à la nutrition, ceux de l’agriculture et de l’alimentation jouent un rôle important. En effet, ils sont responsables d’assurer la qualité et la quantité de la production alimentaire. Ils emploient également la majorité de la population active, y compris des femmes. Par conséquent, l’agriculture peut garantir la disponibilité et l’accessibilité d’aliments sains.

Au fil des ans, le rôle des systèmes agricoles et alimentaires a été mieux compris, principalement grâce au soutien de partenaires internationaux tels que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Différentes initiatives, dont les Objectifs de développement durable (ODD), la Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition 2016-2025 et la Déclaration de Malabo de l’Union Africaine de 2014 conforme au Programme détaillé du développement de l’agriculture africaine (PDDAA), mettent désormais l’accent sur l’intégration de la nutrition dans les systèmes agricoles et alimentaires.

Dans le cadre du PDDAA, plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont élaboré leur première génération de plans nationaux d’investissement agricole (PNIA) pour soutenir le développement de l’agriculture et stimuler sa contribution en faveur du développement économique, des actions de réduction de la pauvreté et de la sécurité alimentaire. Le PDDAA et les PNIA offrent une occasion importante d’améliorer l’intégration de la nutrition dans le secteur agricole. À cette fin, il est nécessaire d’évaluer la première génération de PNIA afin d’analyser le niveau d’intégration des aspects liés à la nutrition et de formuler des recommandations en matière d’amélioration.

Approche méthodologique

Les PNIA sont évalués à l’aide d’une grille basée sur la boîte à outils sur l’agriculture et les systèmes alimentaires sensibles à la nutrition de la FAO qui comprend des recommandations clés pour améliorer l’intégration de la nutrition dans les actions publiques, les plans et les investissements en faveur de l’agriculture[7]. Les différents éléments évalués en matière de nutrition sont les suivants :

  • Objectifs et priorités : les PNIA intègrent-ils des objectifs et des priorités réalistes et pertinents en matière de nutrition ? Des indicateurs pertinents et réalistes ont-ils été définis ?
  • Analyse de la situation : les PNIA intègrent-ils une analyse détaillée de la situation nutritionnelle qui précise les principaux problèmes, les causes et la répartition géographique ?
  • Populations ciblées : quelles sont les populations ciblées en tant que principaux bénéficiaires ? Le mécanisme de ciblage comprend-il des éléments sur la situation nutritionnelle ?
  • Inégalités hommes-femmes : les femmes et les jeunes figurent-ils parmi les principaux bénéficiaires des interventions ? Les indicateurs nutritionnels sont-ils ventilés par sexe ?
  • Approche stratégique : la nutrition est-elle prise en compte dans l’approche en matière de développement du secteur agricole ?
  • Description des interventions prioritaires telles que la production stratégique de denrées alimentaires, l’agrobusiness et l’accès aux marchés, la sécurité alimentaire, la gestion de la sécurité alimentaire et des crises nutritionnelles (y compris les mesures de protection sociale), le développement et la diffusion de la recherche et de la technologie, la gestion durable des ressources naturelles et le changement climatique, la sécurité alimentaire et la gouvernance nutritionnelle, le renforcement des capacités humaines et institutionnelles, etc. : les aspects liés à la nutrition sont-ils intégrés dans le classement de ces interventions ? Les répercussions positives et négatives de ces interventions en matière de nutrition ont-elles été analysées ?
  • Coordination et synergie (dans le secteur de l’agriculture et avec d’autres secteurs) : quels sont les accords visant à mieux coordonner les autres secteurs impliqués dans la nutrition ?
  • Cadres de mise en œuvre et de suivi et d’évaluation : les indicateurs pertinents en matière de nutrition pour les systèmes agricoles et alimentaires ont-ils été pris en compte ? Comment les autres institutions impliquées dans la nutrition sont-elles prises en compte dans les cadres ?
  • Allocation budgétaire, déficit et stratégie de mobilisation des ressources : quel est le budget alloué aux interventions qui ont l’impact plus élevé sur la nutrition, en comparaison avec le budget total ? Quel est le déficit de financement ? Quelles mesures sont prévues pour combler ce déficit ?

Chaque élément est analysé et le niveau d’intégration nutritionnelle est défini à l’aide d’un système de code de couleurs :

  • Couleur rouge : « Pas d’intégration (ou faible intégration) de la nutrition »
  • Couleur orange : « Intégration modérée de la nutrition »
  • Couleur verte : « Intégration adéquate de la nutrition »

Le tableau ci-dessous présente un aperçu de la grille d’évaluation :

 

Les auteurs ont récemment appliqué cette méthodologie pour évaluer les PNIA de trois pays d’Afrique centrale (Tchad, République démocratique du Congo et République du Congo). L’exemple ci-dessous est tiré de l’évaluation du PNIA de la République démocratique du Congo :

Perspectives

L’évaluation à l’aide de cette méthodologie devrait être menée de manière participative et inclusive, avec toutes les principales parties prenantes activement impliquées, y compris les experts des systèmes nutritionnels et alimentaires. Si le PNIA n’assure pas une intégration adéquate de la nutrition, il convient d’en déterminer les causes pour prendre des mesures correctives. Les résultats de l’évaluation devraient être utilisés pour orienter la formulation ou la mise à jour des PNIA actuels et pour adapter les systèmes alimentaires afin d’améliorer la situation nutritionnelle.

 

Auteurs :

* Richemont SEKI : Spécialiste des systèmes nutritionnels et alimentaires, FAO
** Mohamed AG BENDECH : Expert du développement, des systèmes alimentaires et de la nutrition et lauréat du Prix 2017 pour l’ensemble des réalisations accomplies en faveur de la nutrition

Télécharger le rapport au format PDF

 


Notes de bas de page

[1] Données de l’UNICEF, de l’OMS et de la Banque mondiale – Estimations conjointes sur la malnutrition infantile (édition 2018) et outil de suivi des objectifs mondiaux pour 2025 de l’OMS
[2] Howard Taras. « Nutrition and student performance at school. » Journal of school health 75.6 (2005) : 199-213
[3] M. Jukes, J. McGuire, F. Method, R. Sternberg, « Nutrition et education ». Source : Comité administratif sur la coordination/Sous-comité sur la nutrition (ACC/SCN) de l’ONU, éd. « Nutrition: A Foundation for Development ». Genève : ACC/SCN, 2002.
[4] Jennifer Bryce, et al. Estimations de l’OMS sur les causes de mortalité infantile. The Lancet 365.9465 (2005): 1147-1152.
[5] Robert E. Black et al., « Maternal and Child Undernutrition: Global and regional exposures and health consequences », The Lancet, vol. 371, n° 9608, 19 janvier 2008, pp. 243 à 260.
[6] Commission de l’Union africaine, Agence de planification et de coordination du NEPAD, Commission économique pour l’Afrique de l’ONU et Programme alimentaire mondial de l’ONU. « Le coût de la faim en Afrique L’incidence sociale et économique de la sous-nutrition chez l’enfant en Égypte, en Éthiopie, au Swaziland, et en Ouganda ». Rapport. Addis-Abeba. UNECA, 2014.
[7] Accessible à la page www.fao.org/nutrition/politiques-programmes/boite-a-outils/fr/

Post A Comment

No Comments