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Bangladesh : échec d’un programme de transfert alimentaire d’envergure pendant la pandémie de Covid-19

  |   Réseau de la société civile SUN, Réseau des pays SUN

* Un article de blog rédigé par Shyamal Chowdhury, Nahian Bin Khaled, Kalyani Raghunthan, Shahidur Rashid et Honor Dearlove, initialement publié par l’IFPRI.


Le confinement imposé au Bangladesh de mars à mai 2020 à cause de la Covid-19 a eu de graves conséquences sur les revenus et la sécurité alimentaire des foyers démunis. Les programmes publics de transfert alimentaire sont depuis toujours les programmes de protection sociale les plus courants au Bangladesh. Le plus important d’entre eux, le « Food Friendly Program » [Programme alimentaire convivial] (FFP), a fait l’objet d’une évaluation favorable en 2018, mais il a été victime de perturbations et n’a pas donné les résultats escomptés pendant le confinement. Dans leur article, Shyamal Chowdhury, Nahian Bin Khaled, Kalyani Raghunathan, et Shahidur Rashid décrivent ces défis et suggèrent comment le FFP et d’autres programmes pourraient faire l’objet d’un suivi afin d’améliorer leur adaptabilité en cas d’urgence.—M. John McDermott, corédacteur de la série et directeur du Programme de recherche du GCRAI sur l’agriculture pour la nutrition et la santé (A4NH).

Les programmes publics de transfert alimentaire constituent un filet de sécurité essentiel pour les personnes confrontées à la faim et à l’insécurité alimentaire dans les pays à faible et à haut revenu du monde entier. Pendant la pandémie de Covid-19, ces programmes sont apparus d’autant plus cruciaux que les taux d’insécurité alimentaire et de pauvreté ont explosé. Mais les confinements et autres restrictions de santé publique peuvent également perturber les opérations de distribution de nourriture et donc limiter leur efficacité.

Le Bangladesh dispose de plusieurs programmes de transfert alimentaire qui se recoupent. Le plus important d’entre eux, le « Food Friendly Program » (FFP), fournit chaque mois 30 kg de riz à chaque famille éligible pendant les mois de la saison maigre (mars-avril et septembre-novembre), ce qui bénéficie à près de 27,5 millions de personnes par an. En réponse à la Covid-19, le gouvernement bangladais a élargi le FFP, en offrant un mois supplémentaire de transfert alimentaire aux bénéficiaires existants en mai 2020. Cependant, nos recherches, décrites dans un nouveau document politique, montrent que le programme n’a pas distribué la totalité des quotas de riz aux destinataires concernés, ce qui a compliqué les efforts visant à atténuer les graves impacts économiques.

En 2018, l’IFPRI a mené une étude pour évaluer la prestation du FFP et a constaté que le programme fonctionnait bien. L’étude était basée sur un échantillon représentatif à l’échelle nationale de 4 526 foyers ainsi que d’autres acteurs — négociants, contrôleurs des denrées alimentaires d’Upazila (échelon du sous-district), administrateurs locaux tels que les présidents de syndicat — impliqués dans le programme. Comme les inquiétudes ont commencé à croître quant à l’impact de la pandémie et du confinement (surnommé « vacances générales ») imposé du 26 mars au 31 mai 2020, nous avons décidé de mener des entretiens téléphoniques avec les mêmes foyers impliqués dans l’étude menée en 2018 afin de mieux comprendre dans quelle mesure le programme a réussi à relever les défis induits par la pandémie, à savoir l’insécurité alimentaire, les pertes d’emploi et la réduction des revenus. L’enquête s’est terminée en août 2020. Les enquêteurs ont pu interroger 2 800 des 4 526 foyers de l’échantillon initial. Une analyse a montré que les principales caractéristiques des foyers sont similaires pour les deux cycles d’enquête, ce qui indique que les deux échantillons sont comparables.

Les résultats de l’enquête mettent en évidence les impacts particulièrement graves de la pandémie sur les pauvres : plus de la moitié des personnes interrogées ont déclaré que le principal soutien économique de leur foyer avait perdu son emploi, et 90 % que leur revenu du mois de juillet 2020 était inférieur à celui d’avant la pandémie.

Les foyers ont été contraints de recourir à diverses stratégies d’adaptation pour répondre aux besoins fondamentaux, notamment en réduisant leurs dépenses de santé (62 %) et de produits non alimentaires comme les vêtements et l’éducation (90 %), et en puisant dans leur épargne (76 %). L’accès au crédit auprès des institutions formelles était limité, et la plupart des personnes interrogées ont dû emprunter auprès de leurs réseaux informels d’amis et de famille.

Comme la Covid-19 a exacerbé l’insécurité alimentaire et la pauvreté existantes, les programmes de transfert de nourriture ont plus que jamais joué un rôle essentiel dans la satisfaction des besoins de base en matière d’alimentation. Mais les résultats de l’enquête montrent que le programme FFP n’a pas été à la hauteur. Seuls 64 % des personnes interrogées ont déclaré avoir reçu la totalité de leur droit à 60 kg de riz en mars-avril, et 58 % ont déclaré avoir reçu moins de 10 kg par rapport aux 30 kg promis en mai. Ce manque à gagner important met en évidence l’incapacité du FFP à fonctionner efficacement face à une crise telle que cette pandémie.

Plusieurs facteurs semblent avoir contribué à l’échec du programme, notamment les ruptures d’approvisionnement, les restrictions en matière de circulation, ainsi que le manque d’informations appropriées concernant les conditions d’éligibilité des foyers. Par exemple, parmi les foyers exclus du programme, une majorité (36,7 %) ignorait les raisons de leur exclusion, 23 % pensaient avoir été exclus sans justification valable, et environ 13 % pensaient avoir été exclus en raison de désaccords avec les responsables locaux.

La difficulté des programmes de protection sociale tels que le FFP à s’adapter de manière adéquate et complète aux chocs imprévus comme la Covid-19 a un coût financier et humain réel. Si d’autres modalités de protection sociale, telles que les transferts en espèces, sont également employées à l’échelle mondiale, les programmes de transfert alimentaire sont privilégiés au Bangladesh, ce qui en fait un outil indispensable pour atténuer les effets résultant de chocs majeurs.

 

• Poursuivez la lecture de cet article de blog [en anglais] sur le site Internet de l’IFPRI.

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