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Combler le fossé ! Investir dans la nutrition pour un monde libéré de la faim

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* Un article de blog de Gerda Verburg, Coordinatrice du Mouvement SUN


Même si cela peut sembler un cliché, 2020 ne nous a pas offert suffisamment d’occasions de célébrer nos réussites et de mettre en avant notre croissance et notre résilience. Il est important de célébrer nos succès pour nous maintenir sur la bonne voie et rester motivés par la réalisation de nos objectifs. Aujourd’hui, en ce 16 octobre, le monde célèbre la Journée mondiale de l’alimentation. Célébrons donc les progrès accomplis, mais reconnaissons aussi à quel point nous sommes loin de parvenir à un monde libéré de la malnutrition et de la faim. Aujourd’hui encore, plus d’un quart des femmes, des hommes et des enfants du monde n’ont pas accès à des services de nutrition, et pas moins de 3 milliards de personnes n’ont pas les moyens de s’offrir une alimentation saine. En l’absence d’une définition correcte des priorités politiques et stratégiques, j’imagine que ces chiffres seront bien plus élevés lorsque nous célébrerons la Journée mondiale de l’alimentation l’année prochaine.

De la ferme à l’assiette, la nutrition, la santé et l’agriculture sont intégralement liées. Une bonne nutrition commence à la maison, là où nous élevons nos enfants et prenons soin de nous-mêmes et des autres. Les défis mondiaux engendrés ou exacerbés par la pandémie de COVID-19, tels que l’instabilité économique et le changement climatique, touchent de manière disproportionnée les petits agriculteurs – dont la plupart sont des femmes – qui produisent les aliments que beaucoup d’entre nous sont heureux d’avoir dans leur assiette chaque jour.

La question est donc la suivante : sachant que nous disposons de suffisamment d’aliments sains et nutritifs pour tout le monde, comment pouvons-nous faire en sorte que chacun ait un accès, nécessaire et légitime, à cette alimentation, sans laisser personne de côté ?

Ce que nous devons empêcher à tout prix, c’est une crise alimentaire [1] telle que décrite par le Secrétaire général des Nations Unies. La voie pour y parvenir est claire. Nous devons combler le déficit du financement nécessaire à l’Objectif de développement durable 2 (Faim zéro et malnutrition zéro). Les éditions 2021 du Sommet de la nutrition pour la croissance et du Sommet sur les systèmes alimentaires des Nations Unies offrent une opportunité unique de présenter les engagements concrets, inclusifs et multisectoriels des pays en vue de mettre fin à la malnutrition et d’atteindre l’objectif Faim Zéro. C’est l’occasion de nous assurer que tous les systèmes alimentaires sont mieux conçus – au bénéfice de tous, de l’agriculteur au consommateur – tout en nourrissant la planète de façon respectueuse et conforme au « Green Deal » européen.

La nutrition n’est pas seulement une question d’agriculture ou de santé. C’est aussi un enjeu économique. Cela signifie que la nutrition doit être mieux intégrée dans les plans de développement nationaux, pour obtenir un impact durable. Des familles bien nourries mènent à des communautés plus pacifiques et plus résilientes, au développement économique, à la création d’emplois, à la diminution des risques de conflits, de déplacement forcé de populations et de migration. Pourtant, des estimations récentes[2] suggèrent que pour relever ce défi, les gouvernements donateurs vont devoir dépenser 14 milliards USD supplémentaires par an en moyenne jusqu’en 2030 pour éliminer la faim, doubler les revenus de 545 millions de petits agriculteurs et limiter les émissions agricoles conformément à l’accord de Paris sur le climat. Cela correspond grosso modo à un doublement du montant des investissements de développement dans la sécurité alimentaire et la nutrition chaque année. En outre, les pays à revenu faible et intermédiaire devraient également fournir chaque année 19 milliards USD supplémentaires à partir de leur propre budget, pour accompagner la coopération au développement.

Construire mieux à l’avenir : améliorer ensemble les systèmes alimentaires

Investir dans le développement agricole est essentiel non seulement pour mettre fin à la faim et à la malnutrition, mais aussi pour transformer les systèmes alimentaires et répondre au changement climatique et à la crise de COVID-19. Il ne s’agit pas de reconstruire « comme avant », car les systèmes alimentaires étaient inadéquats auparavant, je préfère retenir l’idée de construire mieux à l’avenir.

©FAO / Alessia Pierdomenico

C’est là que nous avons besoin de partenariats et d’initiatives multipartites et multisectorielles, tels que le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP), car on ne peut pas réussir si chacun travaille de son côté.

Au début de la semaine, j’ai été impressionnée de voir le gouvernement allemand se faire le champion de la nutrition en organisant une série d’événements, dont le lancement de la reconstitution des fonds du GAFSP.  Jusqu’à présent, plus d’un million de personnes dans certains des pays les plus pauvres du monde ont un meilleur accès à des aliments nutritifs et à des régimes alimentaires plus diversifiés, grâce au soutien complet du GAFSP.

À l’avenir, le GAFSP et le Mouvement SUN vont renforcer leur collaboration et travailler plus étroitement ensemble – en tant que partenaires – en plaidant pour une action plus importante en faveur de l’ODD 2. L’offre du GAFSP est avantageuse : elle apporte une source de financement supplémentaire que les pays peuvent utiliser pour inciter à l’action – et un financement indispensable en parallèle à l’investissement national – en matière de nutrition au niveau national. Ce modèle de financement peut aider les parties prenantes du Mouvement SUN dans nos 62 États membres à s’assurer que les résultats nutritionnels sont mieux exploités dans les politiques, les investissements et les résultats agricoles. Cette incitation (cette « carotte ») a conduit à des interventions nutritionnelles plus nombreuses et de meilleure qualité jusqu’à présent.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples. En RDP lao, la pauvreté et la malnutrition ont été réduites (140 829   personnes  ont bénéficié de ce programme – dont 82 % de femmes) en renforçant les services publics, en mettant en place des interventions nutritionnelles communautaires basées sur l’agriculture et en mettant les agriculteurs en relation avec les marchés. Au Népal, pays hôte du Rassemblement mondial du Mouvement SUN 2019,[3] l’approvisionnement alimentaire  ainsi que la productivité des cultures et du bétail , associées à l’amélioration des pratiques alimentaires, ont été développés (le programme a touché 656 245 personnes pauvres   – dont 91 % de femmes  entre 2011 et 2018). Le modèle souple du GAFSP s’est révélé extrêmement utile pendant la crise du COVID-19, en allouant près de 60 millions USD de subventions supplémentaires à des projets menés par le secteur public et les organisations de producteurs.

Faisons donc de cette Journée mondiale de l’alimentation un point de départ pour renouveler  notre détermination à investir et à collaborer en faveur d’un monde libéré de la malnutrition, de l’insécurité alimentaire et de la faim.  Ainsi, une fois que nous aurons célébré nos succès et notre croissance, nous nous réunirons pour poursuivre le développement de la croissance dans la période à venir et pour mieux construire, ensemble.


 

 

Gerda Verburg, 
Assistante du Secrétaire général des Nations Unies 
et Coordinatrice du Mouvement SUN

 

Photo : © UNICEF/UNI223919/Frank Dejongh

 

[1] Une crise alimentaire est « une situation extraordinaire dans laquelle les gens sont incapables de satisfaire leurs besoins essentiels de survie, ou dans laquelle la vie et le bien-être de l’homme sont gravement et immédiatement menacés ».
[2] Ceres2020 : Les donateurs doivent doubler l’aide pour éliminer la faim – et dépenser cette aide judicieusement.
[3]Pour plus d’informations, veuillez consulter : https://scalingupnutrition.org/about-sun/sun-movement-global-gathering/

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