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Comment le Népal a-t-il réussi à maîtriser le problème du retard de croissance ?

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Il fut un temps où le Népal possédait le taux de retard de croissance le plus élevé du monde. Cherchant à réduire ce chiffre, les autorités ont d’abord reconnu que le retard de croissance n’était pas un problème qui pouvait se résoudre isolément. En combinant différentes approches, y compris en prenant des mesures spécifiques en matière de soins de santé pour remédier au retard de croissance, et en encourageant les divers secteurs concernés à collaborer – y compris les ministères chargés de l’Agriculture et de l’Assainissement –, le pays a réduit plus ou moins de moitié un taux de retard de croissance qui figurait constamment parmi les plus élevés, dépassant parfois les 70 %.

Selon des enquêtes menées par le gouvernement, ce taux était tombé à 36 % en 2016. L’initiative mondiale qui se donne pour objectif de réduire le nombre d’enfants présentant un retard de croissance dans le monde à un peu moins de 100 millions d’ici à 2025 – nombre actuellement estimé à au moins 155 millions – a pris du retard, compromettant ainsi la réalisation de l’objectif de développement durable plus élargi visant à éradiquer la malnutrition sous toutes ses formes d’ici à 2030. Les enseignements tirés de l’expérience du Népal pourraient aider à aiguiller cette initiative, alors même que le pays cherche à tirer parti de sa propre réussite.

Donner la priorité à la nutrition

À la fin des années 1970, la première étude nationale en matière de nutrition réalisée au Népal révèle que plus de 70 % des enfants du pays présentent un retard de croissance – une condition irréversible. Selon les experts, ce taux provenait d’une alimentation trop tributaire d’un nombre insuffisant d’aliments peu nourrissants, de l’irrégularité des repas et de taux d’infection élevés causés par un accès limité à l’eau propre.

Les taux de retard de croissance restent invariablement élevés pendant les deux décennies qui s’ensuivent, en dépit de l’introduction de mesures de base, y compris la mise en place de mesures visant à remédier aux carences en vitamine A et en iode. En revanche, à la fin des années 1990, le gouvernement s’engage à faire de la réduction des cas de malnutrition – notamment de retard de croissance – une priorité absolue.

 


« Le gouvernement avait compris que la prospérité économique et future du pays résidait dans la bonne alimentation des familles et de leurs enfants. Une nouvelle génération en bonne santé grandirait pour devenir une ressource humaine au plein potentiel. »
M. Geeta Bhakta Joshi, membre de la Commission nationale pour la planification, et ambassadeur du Mouvement SUN


 

Plutôt que de recommencer à zéro en introduisant une série de mesures discrètes, le gouvernement a fait en sorte d’étendre la couverture des soins en matière de malnutrition au sein d’un système de santé s’améliorant rapidement. Au milieu des années 2000, le groupe de femmes bénévoles du secteur de la santé, lancé dans le pays en 1988 dans le but de promouvoir les services de santé reproductive, gagne en responsabilité avec l’inclusion d’un suivi de la malnutrition dont il prend la charge. Enfin, à la fin des années 2000, le gouvernement établit plus de 15 000 cliniques de proximité dispensant des soins de santé de base et pouvant traiter la dénutrition grâce à un continuum de soins allant de la grossesse à la petite enfance.

Selon un article publié en 2015 par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), évaluant la réussite du Népal entre 2001 et 2011, l’intégration de services en matière de nutrition au sein du système de santé s’est avérée être une décision essentielle. Selon les chercheurs, la réduction des taux de retard de croissance est « largement associée » à la dispense de soins de santé prénatals et néonatals.

Dans le même temps, les autorités népalaises avaient bien compris que le problème du retard de croissance ne relevait pas uniquement du secteur de la santé. « Les enfants sont malnutris parce qu’ils souffrent de diarrhée », a déclaré Mme Pooja Pandey Rana, directrice adjointe du groupe chargé du programme Suaahara de la fondation Helen Keller International, qui vise à remédier à la dénutrition dans diverses régions du Népal. « Le ministère de la Santé peut traiter la diarrhée, mais ne peut pas la prévenir. Pour cela, il faut travailler avec le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène. »

Au fil des années, six ministères, outre celui de la Santé, – y compris celui de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, et celui de l’Éducation – ont été sollicités pour aider à coordonner et superviser la mise en œuvre de la stratégie nationale de nutrition. M. Raj Kumar Pokharel, directeur de la section dédiée à la nutrition du ministère de la Santé, a souligné qu’une telle collaboration encourageait les responsables ministériels à réfléchir à la manière dont leurs politiques peuvent contribuer à la nutrition et aidait l’exécutif à promouvoir les mesures qui semblent donner des résultats. Ces derniers peuvent annoncer l’existence d’un modèle de collaboration politique qui pourrait être répliqué dans d’autres pays.

Maintenir l’élan

Bien que les responsables vantent la réussite du Népal, ils désirent également voir le taux de retard de croissance du pays baisser davantage. Un nouveau Plan de nutrition multisectoriel (MSNPII), échelonné sur cinq ans et dont le coût est chiffré à 470 millions de dollars US, a pour objectif de réduire le taux de retard de croissance à 24 % d’ici à 2025, en accord avec les cibles mondiales fixées par l’Organisation mondiale de la Santé. « La deuxième phase du plan de nutrition multisectoriel (MSNP) s’attaque aux lacunes et aux questions non traitées du MSNP I [la première phase du Plan de nutrition multisectoriel], notamment les mesures fondées sur des données probantes », a déclaré le ministre de la Santé, M. Deepak Bohara, lors du lancement du plan à Katmandou, à la mi-décembre.

Ce nouveau plan est plus précis que le précédent. Il inclut des stratégies pour atteindre les communautés qui n’ont pas bénéficié des mesures initiales – en particulier celles de la région centre-ouest, où les taux de retard de croissance atteignent les 55 %, et les zones rurales à travers le pays. Dans son ensemble, le plan semble néanmoins s’appuyer sur les stratégies qui fonctionnent déjà au Népal – l’intégration d’un plus grand nombre de services consacrés à la malnutrition dans les soins de santé de base et la collaboration entre ministères pour intensifier les mesures qui semblent déjà fonctionner en matière de réduction de la prévalence du retard de croissance.

 

Lire l’article original

« How Nepal managed to curb its stunting problem » (« Comment le Népal a-t-il réussi à maîtriser le problème du retard de croissance ? » , de M. Deepak Adhikari, publié dans Newsdeeply

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