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Comment les grandes entreprises peuvent contribuer à la lutte contre la faim – Blog de l’IFPRI

  |   Réseau du secteur privé SUN

* Blog rédigé par Lawrence Haddad et Carin Smaller, initialement publié par l’IFPRI

(c) UNICEF / Tremeau


Si le nombre de personnes qui s’endort le soir le ventre vide augmentait déjà régulièrement avant la pandémie de COVID-19 en raison de tensions liées au changement climatique, aux inégalités et aux conflits, il est désormais de 690 millions après que la pandémie a exacerbé ces phénomènes. Les dernières estimations des Nations Unies donnent à réfléchir puisqu’elles prévoient que 130 millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim, alors même que les effets dévastateurs de la pandémie en Inde et au Brésil n’ont pas encore été décomptés. Pire, l’aide publique au développement officielle (ODA) dans l’agriculture et la sécurité alimentaire n’ont pas permis de faire face aux défis toujours plus grands. De 2008 à 2018, la part totale des subventions de l’ODA a diminué, passant de 9 % à 8 %. Ayant cessé de traiter les causes profondes de la faim, la communauté internationale a dû accroître ses dépenses dans l’aide alimentaire d’urgence qui ont augmenté de 25 % sur cette même période. Pour couronner le tout, aucun pays africain ne remplit à ce jour son engagement d’allouer au moins 10 % de ses dépenses publiques annuelles à l’agriculture.

Comme le démontrent des études innovantes du Ceres2030, avalisées par une autre étude d’organisations allemandes le rapport PARI, cette situation est toutefois réversible. Il suffirait d’un montant supplémentaire annuel de 33 milliards USD pour faire baisser le nombre de personnes en proie à la faim de 690 millions aujourd’hui à 170 millions en 2030. Nous n’en finirions pas avec la faim mais nous pourrions réduire le nombre de personnes qui en souffrent de 9 % aujourd’hui à 3 % en 2030.

Si la majeure partie de cette somme supplémentaire devrait provenir des gouvernements qui doivent s’impliquer davantage dans la lutte contre la faim, ceux-ci font néanmoins actuellement face à la pandémie et à la récession économique qui en découle. Raison de plus, donc, pour que les grandes entreprises s’impliquent et jouent un rôle catalyseur. Jusqu’à maintenant, le secteur privé est resté en marge, se contentant d’observer la situation. Or, nous avons besoin d’entreprises visionnaires et désireuses de nous rejoindre dans cette lutte. S’il est vrai que bon nombre d’entre elles ont souffert de la crise sanitaire ces 12 derniers mois, d’autres ont prospéré et peuvent tout à fait nous aider à en finir avec la faim d’ici 2030. Rappelons-nous que l’année passée, l’indice du NASDAQ a augmenté de 64 % et celui de Standard & Poor’s de 49 %.

Les entreprises pourront manifester leur soutien en signant l’engagement « End Hunger, Nourish the Future » (En finir avec la faim, nourrir l’avenir) afin de mieux aligner leurs investissements et leurs dépenses sur les 10 domaines d’investissements à fort impact exposés par Ceres2030 dans le schéma.

L’engagement « End Hunger, Nourish the Future » est en cours d’élaboration par des collègues de l’Institut international du développement durable (IISD), de l’IFPRI, de l’Alliance mondiale pour l’amélioration de la nutrition (GAIN), de Grow Africa et de Grow Asia, qui collaborent avec des associations d’entreprises, des États membres, des bailleurs de fonds et d’autres acteurs en vue du prochain Sommet sur les systèmes alimentaires des Nations Unies.

L’action présentée par Ceres2030 s’étend sur trois domaines généraux : investissements en faveur de l’autonomisation des personnes exclues (avec, par exemple, des initiatives de renforcement des organisations d’exploitants agricoles, d’éducation des jeunes en milieu rural, de protection sociale), investissements dans les exploitations agricoles (initiatives d’agrandissement des exploitations, d’irrigation, soutien financier, infrastructures, recherche et développement, aides à la production, etc.) et investissements dans l’accès aux aliments (soutien technique et aux infrastructures pour aider les petites et moyennes entreprises, investissements dans le stockage et les énergies durables, chaînes du froid).

La participation des entreprises serait un vecteur hautement catalyseur qui nous permettrait d’obtenir plus rapidement les 33 milliards USD que nous souhaitons investir, sachant que cela incitera des investissements supplémentaires d’ordre privé et local de 52 milliards de dollars par an. Ces montants permettraient de doubler les revenus de 545 millions de producteurs et de leurs familles, et contribueraient à limiter les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole dans le respect des engagements pris lors de l’Accord de Paris sur le climat.

De tels investissements sont également une aubaine pour les entreprises qui pourraient se développer sur des marchés à très fort potentiel de croissance et nouer des liens essentiels avec des acteurs de la chaîne de valeur tout en renforçant leurs capacités d’approvisionnement. Toute entreprise qui prend un tel engagement pourra recruter les meilleurs talents parmi les jeunes professionnels qualifiés qui expriment un fort désir d’œuvrer pour des entreprises à mission afin de donner du sens à leur vie professionnelle. Elle améliorera également ses critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) qui ont de plus en plus d’importance aux yeux de la communauté des investisseurs.

Il s’agit là d’une chance pour les entreprises d’agir en stimulant les investissements du secteur privé local, en contribuant à la prospérité de nouveaux marchés, en forgeant de nouvelles relations de confiance avec des acteurs de chaînes de valeur, en donnant du sens au travail de leurs salariés, en devenant de véritables acteurs de cette lutte contre les effets pervers de la faim et en devenant peut-être des champions de la lutte pour éradiquer ce fléau une bonne fois pour toutes.

 

* Lawrence Haddad est le directeur exécutif de l’Alliance mondiale pour l’amélioration de la nutrition (GAIN) et membre du Comité exécutif du Mouvement SUN. Carin Smaller est directrice en charge de l’agriculture, du commerce et des investissements à l’Institut international du développement durable (IISD). Les opinions ici exprimées sont celles de leurs auteurs.

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