SUN Newsletter
Home / Actualités / Connaissances des agriculteurs + connaissances scientifiques + biodiversité = systèmes alimentaires durables

Connaissances des agriculteurs + connaissances scientifiques + biodiversité = systèmes alimentaires durables

  |   Blogs, Secrétariat et Groupe principal du Mouvement SUN

Lors de la Journée internationale de la diversité biologique, le 23 mai 2016, Gerda Verburg, Représentante permanente des Pays-Bas auprès des Nations Unies et Coordonnatrice entrante du Mouvement pour le renforcement de la nutrition était invitée au blog DG Dialogues d’Ann Tutwiler. Elle explique pourquoi les connaissances des agriculteurs sont un atout essentiel pour la planification, la mise en œuvre et le renforcement des efforts de recherche agricole pour le développement. Cliquez ici pour voir l’article original.

En 2015, la communauté internationale a adopté les Objectifs de développement durable (ODD), s’engageant ainsi à des cibles ambitieuses pour mettre fin à la pauvreté, la faim et la malnutrition, assurer le bien-être humain et produire de la nourriture à partir de systèmes agricoles nutritifs et durables tenant compte de la biodiversité.

La biodiversité est de plus en plus reconnue comme une partie essentielle de la solution pour l’atteinte de la plupart des 17 Objectifs de développement durable ; non seulement les Objectifs de développement durable qui mettent l’accent sur la restauration de la biodiversité, mais qui permettent son utilisation comme outil agricole durable qui peut améliorer les systèmes de production alimentaire, notamment améliorer leur capacité d’adaptation aux changements climatiques.

Que les questions de biodiversité importent pour les systèmes alimentaires durables n’est pas une nouveauté : les agriculteurs du monde entier le savent depuis des millénaires. Pourtant, les connaissances qu’ils ont sur la façon d’utiliser les différentes espèces et variétés afin d’avoir des systèmes agricoles productifs et résilients sur leur espace agropastoral sont souvent sous-évaluées, sous-estimées et ignorées. J’ai grandi dans une ferme et j’ai travaillé avec les agriculteurs tout au long de ma carrière. Je sais que cette connaissance fait partie de leur ADN ; parce qu’ils doivent s’adapter aux changements tout le temps. Mais tout comme la biodiversité, ce précieux savoir est en voie de disparition, alors qu’il doit être utilisé pour éclairer le développement de la recherche pour prendre des mesures à effet durable.

Quand j’étais ministre de l’Agriculture, la Nature et de la Qualité des aliments aux Pays-Bas, une fois j’ai reçu une proposition de recherche agricole qui me semblait sans rapport avec les besoins réels des agriculteurs. J’avais posé la question : « Avez-vous discuté avec les agriculteurs? » La réponse était négative. J’avais alors décidé d’organiser une réunion avec les agriculteurs. Nous avions ainsi obtenu leurs commentaires et ce fut le début d’un programme de recherche beaucoup plus axé sur les agriculteurs.

Voilà pourquoi je pense que les organisations de recherche agricoles pour le développement devraient mettre les agriculteurs et leurs besoins au centre de leurs préoccupations. Les chercheurs ne devraient pas arriver sur le terrain avec leur approche « toute faite », mais ils devraient d’abord écouter les agriculteurs et leurs communautés pour mieux comprendre leurs besoins afin de présenter des solutions adaptées, durables et évolutives.

De cette façon, les scientifiques et les agriculteurs tirent tous parti de la situation. Les agriculteurs sont en mesure d’exprimer leurs besoins et d’identifier les opportunités et défis des années à l’avance. Ils peuvent comprendre les compromis impliqués dans l’adoption d’une nouvelle approche ; par exemple concernant le choix de l’augmentation de la pratique d’une culture par rapport à une autre. Comment cela les affectera-il ? Tout cela constitue l’intelligence vitale dont la recherche pour l’impact devra tirer parti. En retour, les scientifiques apportent une expertise spécifique sur la façon de mélanger et assortir différents traits génétiques pour l’amélioration de la production et de la résilience, y compris la culture des espèces qui s’adaptent au climat et sont nutritives en même temps.

Farmers in Bihar, India. Credit: Bioversity International/C. ZanzanainiTout devrait se passer sous la conduite des agriculteurs. Ils devraient être impliqués dans la conception des programmes de recherche, ainsi que dans la mise en œuvre des mesures de recherche qui sont axées sur la façon de leur apporter un appui. Ce dont nous avons besoin est un changement de paradigme dans le monde de la recherche. Travailler avec les agriculteurs au niveau local doit devenir la nouvelle normalité et les donateurs doivent repenser leur soutien financier à la recherche : centrer le soutien sur la mise en œuvre de la recherche à la base et sur les résultats évolutifs. De cette façon, les résultats deviennent reproductibles et plus répandus.

Une telle approche novatrice implique un renvoi de l’information sur une gamme de facteurs importants vers les scientifiques : les expériences et les désirs exprimés des agriculteurs allant du rendement à la capacité de vente ou non d’une culture sur le marché en passant par les changements climatiques, les sols, la résilience et le goût. Ces facteurs sont importants pour améliorer les programmes de recherche et rendre les résultats applicables et réalisables sur le terrain en collaboration étroite avec les agriculteurs.

Je suis heureuse de constater qu’un changement s’est opéré dans cette voie. Cependant des efforts accrus et optimisés doivent être consentis pour le meilleur impact possible pour les agriculteurs, le climat, la société et le meilleur rapport qualité-prix pour les donateurs. Le succès devrait plus être mesuré non seulement en termes de forte répercussion des revues dans lesquels les résultats sont publiés, mais également de forte répercussion de la façon dont ces résultats sont favorables aux agriculteurs pour améliorer la performance et le revenu. Cela nécessite de nouvelles façons de communiquer les résultats : les agriculteurs ont besoin d’outils et d’approches qu’ils peuvent utiliser et partager longtemps après que les scientifiques se soient lancés dans de nouveaux programmes de recherche. En participant activement au début de la recherche, les agriculteurs et leurs communautés sont en mesure de tester et de mettre en œuvre des approches novatrices, de renforcer l’appropriation et de partager leurs connaissances et expériences améliorées avec les autres.

Si nous pouvions créer un nouveau système de recherche agricole dès la base, je vous suggère de commencer avec ce principe simple : Connaissances des agriculteurs + connaissances scientifiques + biodiversité = systèmes alimentaires durables.

Ensuite, impliquer toutes les autres parties prenantes dans l’équation. Inclure les donateurs, les décideurs, le Secteur privé, les nutritionnistes, les environnementalistes, les institutions de recherche agricole, les organisations de base, bref tout le monde. Convenir d’un objectif commun. Construire la confiance. Il s’agit d’un changement de stratégie qui sera chronophage mais c’est le moyen d’atteindre les Objectifs de développement durable ; il faut faire plus que de s’accorder simplement sur un document. Et le résultat sera mesurable, reproductible et donc satisfaisant et inspirant.

Gerda Verburg. WikimediaLors de la Journée internationale de la diversité biologique nous avons besoin de secouer le système. Les connaissances des agriculteurs et la biodiversité doivent être au centre de ce changement.

Gerda Verburg

Suivez Gerda Verburg sur Twitter :

@GerdaVerburg

Découvrir le Mouvement pour le renforcement de la nutrition

Post A Comment

No Comments