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Construction d’un consensus

  |   La contribution de l’agriculture et de la protection sociale à l’amélioration de la nutrition, SUN dans la pratique

En réponse à des niveaux élevés de malnutrition et d’insécurité alimentaire, le Gouvernement du Yémen a rassemblé les secteurs de l’agriculture, de la sécurité alimentaire ainsi que de la protection sociale pour mettre en œuvre un plan d’action multi-sectoriel intégré et à long terme de lutte contre la malnutrition.

Équipe de pays SUN-Yémen Dr. Al-Mutahar Abassi, Vice-ministre – coordinateur national SUN-Yémen 

M. Abdullah Al-Shatter, Sous-ministre – coordinateur national adjoint de SUN-Yémen

Le ministère de la Planification et de la Coopération internationale du Yémen a dirigé l’élaboration d’un plan d’intervention multisectoriel intégré pour la nutrition en engageant tous les secteurs et les parties prenantes concernées, y compris les secteurs de l’agriculture et de la pêche, et les partenaires de développement. En collaboration avec une équipe de consultants, le ministère a entrepris une analyse de causalité afin d’identifier les principaux déterminants de la malnutrition des enfants, d’effectuer une analyse de trajectoire, de fixer des priorités pour les interventions et chiffrer un plan d’action multisectoriel quinquennal (1,2 milliard de dollars) allant de 2015 à 2019).

Quelle est l'ampleur du problème au Yémen?

  • Le taux de malnutrition chronique est parmi les plus élevés du monde, soit 47%.
  • Très peu de femmes allaitent leurs enfants (les taux d’allaitement maternel exclusif sont extrêmement bas), soit 11,6%.
  • Les enfants yéménites ont souvent une alimentation pauvre en éléments nutritifs dans les premières années de vie (faible diversité alimentaire).
  • La sous-nutrition contribue à 34 % des décès d’enfants au Yémen.
  • L’insécurité alimentaire est la plus élevée au Moyen-Orient et extrêmement élevée par rapport à la taille globale de l’économie.

Développer et chiffrer un plan d’action multisectoriel

La sous-nutrition infantile est omniprésente et persistante au Yémen avec 47 % d’enfants souffrant de malnutrition chronique (retard de croissance) et 13% d’enfants touchés par la malnutrition aiguë (émaciation). L’Indice de la faim dans le monde 2009 classe le Yémen 74e sur 84 pays analysés (contre 80e sur 88 pays en 2008), avec une note de 27 sur 100 (contre 29,8 en 2008), indiquant un stade « alarmant » d’insécurité alimentaire. Alors que d’autres pays du MoyenOrient et d’Afrique du Nord ont connu une amélioration significative dans le classement, la note du Yémen n’a pas changé de façon considérable entre 1990 et 2009. De nombreux facteurs ont été identifiés comme contribuant au mauvais état de la sécurité alimentaire au Yémen, notamment le manque de revenu pour acheter de la nourriture, et l’inadéquation des filets nationaux de protection sociale. Selon les dernières estimations, 54,5% de la population étaient pauvres en 2012 avant la crise politique de 2011 contre 42% en 2009.

Environ 41% de la population yéménite souffre d’insécurité alimentaire, mais il n’y a pas de différences marquées dans les niveaux de malnutrition entre les familles vivant dans la sécurité alimentaire et celles vivant dans l’insécurité alimentaire. Cette dernière n’est toutefois pas la seule cause des taux élevés de malnutrition parmi les groupes de population vulnérables dans le pays. Au Yémen, il n’y a pas de différences significatives dans les taux de malnutrition (retard de croissance et émaciation) entre les populations en situation d’insécurité alimentaire et celles en situation de sécurité alimentaire [(SAFC 2014) Enquête globale sur la sécurité alimentaire au Yémen)]. Au contraire, la malnutrition est le résultat d’une interaction multi-dimensionnelle et complexe de causes immédiates, sous-jacentes et de base.

Compte tenu de la gravité de la situation de la nutrition, les partenaires au développement et le Gouvernement du Yémen ont été intensément engagés dans l’élaboration d’un plan d’action multisectoriel intégré à long terme de lutte contre la sous-nutrition. Le ministère de la Planification et de la Coopération internationale (MoPIC) a conduit le processus d’élaboration de ce plan en engageant tous les secteurs et parties prenantes concernées.

L’équipe – pays SUN pour le Yémen a participé, auprès d’une équipe de consultants internationaux de MQSUN (Maximiser la qualité du cadre des programmes de renforcement de la nutrition), à une analyse de causalité pour identifier les principaux déterminants de la sousnutrition de l’enfant, à une analyse de la trajectoire, à la définition des priorités d’interventions et au chiffrage d’un plan d’action multi-sectoriel quinquennal (2015 – 2019) totalisant 1,2 milliard de dollars US.

Planification et résultats communs

Le MoPIC a travaillé en étroite collaboration avec le Secrétariat du Mouvement SUN pour finaliser le plan multisectoriel. Une équipe de consultants internationaux de MQSUN a été engagée pour aider l’équipe SUN-Yémen à finaliser les documents de planification à travers des domaines d’appui spécifiques, à savoir l’analyse de causalité, l’identification des principaux déterminants de la malnutrition qui influencent l’analyse de la trajectoire de la prévalence de la malnutrition des enfants, l’ébauche de projection de l’impact de l’intervention, les interventions prioritaires et le chiffrage de ces interventions.

La planification et le développement du cadre commun de résultats ont été guidés par les conclusions de l’analyse de causalité qui mettent en évidence les déterminants de la sécurité alimentaire ayant un impact sur la nutrition des enfants. Ce sont la diversité alimentaire minimale chez les enfants – en particulier les aliments autres que les aliments de base et des produits d’origine animale, la consommation de sel iodé par les familles, la possession de bétail, l’endettement, etc. La faible diversité alimentaire combinée à des pratiques de soins inadéquats et d’alimentation pauvres contribuent à la forte prévalence de la croissance non-linéaire et des taux de retard de croissance enregistrés au Yémen. L’enquête sur la sécurité alimentaire globale de l’année 2014 a révélé que seulement 12,4 % des enfants de moins de deux ans ont une alimentation suffisamment diversifiée. L’analyse de régression a montré que le risque d’émaciation chez les enfants ayant consommé au moins 4 des 7 groupes d’aliments était plus faible.

Sur la base d’une analyse de causalité, les principaux domaines d’intervention ont été identifiés par le biais d’une consultation technique à Amman les 19 et 20 mars 2014. Le but de la réunion était d’impulser la sensibilisation et l’adhésion du secteur concerné pour les interventions sectorielles (santé, agriculture, eau, éducation, pêche) pour une approche nationale intégrée de la nutrition. Les programmes d’intervention identifiés comprennent aussi bien les activités spécifiques à la nutrition que celles contribuant à la nutrition. Pendant le processus de planification, un consensus a été mis au point entre les secteurs et les parties prenantes selon lequel le plan devrait se concentrer sur les programmes de grande envergure liés à des interventions spécifiques à la nutrition, en plus de la diversification des produits agricoles, l’amélioration de la disponibilité et de l’utilisation des aliments, l’amélioration des services d’eau et d’assainissement, l’augmentation de la production et la disponibilité des produits de la pêche qui ont une incidence indirecte mais importante sur la malnutrition infantile.

Les secteurs participants ont été engagés dans l’établissement d’un consensus sur le cadre commun de résultats pour la nutrition. Cela implique un accord sur un paquet d’intervention basé sur l’analyse causale et des résultats communs convenus; l’articulation de la focalisation sur la nutrition dans les secteurs respectifs à travers les pratiques telles que le « jardinage nutritionnel » au lieu des simples « jardins familiaux »; l’identification des objectifs nutritionnels à travers la réflexion sur la disponibilité, l’accès et l’utilisation des moyens et des services; l’identification des groupes cibles à savoir les femmes et les enfants de moins de cinq ans et des zones géographiques prioritaires; et le calendrier couvrant la période de 2015 à 2019. Tous les secteurs ont été engagés dans la préparation d’un plan national multisectoriel de nutrition chiffré.

Les secteurs de l’agriculture et de la pêche ont travaillé en étroite collaboration avec le Haut Conseil pour la création en 2013 du Groupe de la sécurité alimentaire. Les domaines prioritaires de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle et du Plan d’action multi-sectoriel pour la nutrition ont été alignés afin d’éradiquer la sous-nutrition qui prévaut au sein des groupes les plus vulnérables.

Quelles sont les priorités et les éléments clés à prendre en compte lors de l'investissement dans la lutte contre la malnutrition au Yémen?

Quatre domaines prioritaires ont été identifiés :

  • Assurer l’adéquation et la diversité alimentaire
  • Améliorer les services de santé maternelle et infantile
  • Améliorer la couverture et l’accès aux services d’eau et d’assainissement adéquats
  • Garantir des opportunités d’éducation pour les jeunes filles dans l’ensemble de l’économie

Identifier des domaines ciblés communs

Les secteurs de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la protection sociale ont convenu sur le principe de la convergence programmatique et géographique que tous les secteurs travailleront en synergie dans 145 des 333 districts avec une forte charge de la sous-nutrition et dont la proportion de sous-nutrition est de 75 % du fardeau national total. Au sein de ces 145 districts, un nombre de districts avec les mêmes cibles ont été identifiés pour chaque secteur en utilisant des critères spécifiques au secteur qui sont, la sécurité alimentaire, l’eau et la disponibilité des services d’assainissement, la pauvreté, la scolarisation, en plus de la forte prévalence du retard de croissance (plus de 40 %) et de l’émaciation (plus de 10%).

Tant le secteur agricole que celui de la pêche ont un rôle clé à jouer pour assurer un approvisionnement d’aliments nutritifs tout en augmentant la sensibilisation sur les aliments riches en nutriments disponibles localement. À l’échelle nationale, la dépendance sur les denrées alimentaires importées est poussée. La production de fruits et légumes, qui peuvent fournir des vitamines et minéraux, est souvent remplacée par la production d’avoine, tandis que le secteur de la pêche se concentre principalement sur le marché extérieur plutôt que sur le marché intérieur. Vingt-quatre districts côtiers avec la plus forte prévalence du retard de croissance sur les 145 districts ciblés ont été choisis pour l’amélioration dans le secteur de la pêche.

Les interventions spécifiques comprennent l’augmentation de la production et le stockage des produits de la mer, la promotion des produits de la mer dans le cadre de la diversité alimentaire, l’augmentation des activités génératrices de revenus par la fourniture de petits prêts aux familles de pêcheurs.

Au Yémen la sous-alimentation affecte les populations, quel que soit leur niveau de revenu. Bien que cela ne soit pas explicitement mis en évidence dans ce cadre national, il est prévu que les systèmes nationaux existants soient renforcés pour aborder les causes sous-jacentes et de base de la sous-nutrition, en particulier le Fonds de sécurité sociale (SWF), et le Fonds social de développement (FSD). Le fonds de sécurité sociale prend en charge les couches de la population les plus vulnérables du Yémen à travers des transferts trimestriels d’argent. Le Fonds social de développement travaille en étroite collaboration avec la Banque mondiale, fournissant un soutien technique et financier direct aux différents ministères. Le MoPIC, la Banque mondiale et le SWF discutent de la possibilité d’inclure des critères spécifiques à la nutrition dans le programme de transferts inconditionnel de 1,5 million pour aider la population vulnérable cibléeà résoudre ses besoins nutritionnels.

Relever les défis

L’équipe SUN Yémen est confrontée aux défis inhérents au début du processus. Il a fallu du temps pour mettre au point un consensus sur la planification des résultats communs, l’alignement avec la nouvelle situation politique émergente et le nouveau Gouvernement, et les contraintes de capacité de coordination et de planification multisectorielle. Ces défis ont été relevés avec l’aide de partenaires des Nations Unies et du Secrétariat du Mouvement SUN.

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Comme le Yémen avance vers la mise en œuvre, la concrétisation des actions prévues dans les documents de planification posera un défi véritable, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre des interventions contribuant à la nutrition. Dans la situation actuelle la mobilisation des ressources financières pour ce plan sera un énorme problème pour le Gouvernement et le Réseau des donateurs SUN.

  1. Indice de la faim dans le monde 2009. Le défi de la faim: Focalisation sur la crise financière et l’inégalité des sexes. Bulletin 62 de l’IFPRI de novembre 2009
  2.  http://www.worldbank.org/en/country/yemen/ overview
  3. Enquête globale sur la sécurité alimentaire au Yémen 2014 par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)
  4. MQSUN SUN (Maximiser la qualité du cadre des programmes de renforcement de la nutrition) est un consortium de grandes organisations travaillant sur la nutrition. C’est un mécanisme financé par le Département britannique pour le développement international (DFID). Le projet vise à fournir au DFID, des services techniques pour améliorer la qualité des programmes spécifiques à la nutrition et des programmes contribuant à la nutrition. Le groupe est engagé à fournir des services pour:

    • l’élargissement de la base de données sur les causes de la sous-nutrition
    • l’amélioration des compétences et de la capacité à soutenir le renforcement des programmes spécifiques à la nutrition et des programmes contribuant à la nutrition
    • la fourniture des meilleurs conseils disponibles pour soutenir la conception de programme, leur mise en œuvre, et leur suivi et évaluation
    • l’intensification des innovations dans les programmes de nutrition
    • le partage des connaissances afin de garantir que les leçons sont apprises à travers le DFID et au-delà

  5. Le qat est une plante narcotique légère qui libère un stimulant lors de la mastication. La culture du qat au Yémen augmente d’environ 12% chaque année au détriment de la production d’autres cultures telles que les fruits, les légumes et le café, selon le ministère yéménite de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques. http://www.foreignaffairs. com/articles/139596/adam-heffez/how-yemenchewed-itself-dry#

Leçons clés

  • L’analyse de régression qui a été effectuée par MQSUN était une étape très importante dans le processus d’élaboration du document cadre national. Comprendre les facteurs clés de la malnutrition dans le contexte du Yémen a été très utile pour ramener l’équipe de pays vers une compréhension collective des causes sous-jacentes de la malnutrition et surtout la réponse subséquente à la malnutrition.
  • L’analyse de régression a également présenté quelques résultats contreintuitifs qui ont obligé l’équipe de pays à se réunir pour explorer quelques-unes des questions et pratiques contextuelles qui sont propres au contexte du Yémen. Cet exercice a été particulièrement utile dans la compréhension du rôle des adolescentes en tant que soignantes à domicile et en raison de l’impact potentiel de la scolarisation sur les indicateurs de nutrition au niveau des ménages.
  • Grâce à l’analyse de régression et au processus de chiffrage et à l’analyse des trajectoires, les différents secteurs et ministères ont actuellement une bien meilleure idée de ce que cela signifie d’inclure des objectifs de nutrition dans la planification des interventions qui n’ont pas nécessairement un objectif de nutrition.

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