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Dépistage de la malnutrition à domicile pendant la crise du COVID-19 en Haïti

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN, Réseau des pays SUN

(c) UNICEF/Edler

Au lieu de se rendre au centre de santé et de risquer d’être exposées à la propagation du COVID-19, les mères apprennent à utiliser la mesure du périmètre brachial (MUAC) pour dépister la malnutrition à la maison. Ce projet de l’UNICEF, mis en œuvre par l’ONG Action contre la Faim (ACF), est financé par la Direction générale des opérations européennes de protection civile et d’aide humanitaire (DG ECHO), en appui au ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Cédeline Saint-Louis, une jeune femme âgée de 23 ans, a l’air triste et morose lorsqu’elle parle de l’état de sa fille, qui souffre de malnutrition aiguë. Tous les symptômes de la maladie sont là, la croissance de l’enfant est très insuffisante pour son âge. Elle la baigne délicatement, car l’enfant est très fragile.

« Quand j’ai de l’argent, je la nourris trois fois par jour et je la lave délicatement car elle a aussi de graves problèmes de peau. J’applique des lotions sur tout son corps. Elle dort dans des draps propres. Je prends soin d’elle pour qu’elle reste en bonne santé », explique Cédeline. « Mais ce n’est pas toujours facile. » Parfois, elle passe de longues nuits blanches à s’occuper de l’enfant qui n’arrive pas à dormir. « Je dois la bercer toute la nuit », chuchote-t-elle.

Cédeline vit à Palant, une ville du nord-ouest d’Haïti. Cette mère de deux enfants témoigne de l’impact considérable du nouveau coronavirus sur sa famille. Son mari, pêcheur, ne peut plus vendre son poisson comme auparavant. « Avant, les touristes venaient ici et les hôtels achetaient beaucoup de poissons », dit-elle à voix basse. « Aujourd’hui, les gens n’achètent plus de poisson, et on a trop peu de rentrées d’argent à la maison. »

Pendant la propagation du COVID-19, elle a appris à prendre la mesure du périmètre brachial (MUAC) de son enfant, ce qui lui évite d’avoir à se rendre trop souvent au centre de santé et et de s’exposer ou d’exposer son enfant au virus. Au centre, les infirmières lui ont donné des conseils sur la manière de prendre soin de son bébé. Elle a également reçu du Plumpy’nut, un aliment thérapeutique prêt à l’emploi à base de pâte d’arachide, à donner régulièrement à sa petite fille. « Pour l’instant, l’indicateur se situe entre le rouge et le jaune », dit-elle. Si la MUAC est jaune ou rouge, l’enfant souffre de malnutrition aiguë ou sévère et a besoin d’un traitement. « J’ai bon espoir qu’un jour, il sera vert, et que mon enfant sera guéri », espère-t-elle.

Au service de la communauté

(c) UNICEF/Edler

Louise Béthanie est la « mère-leader » qui a appris à Cédeline à détecter la malnutrition chez sa fille. Chaque jour, cette femme au regard vif et à la voix assurée, va de maison en maison pour montrer aux mères comment utiliser le ruban MUAC pour dépister la malnutrition chez les enfants. « J’apprends aux mères à prendre la MUAC des enfants. Si le curseur indique une zone rouge ou jaune, la situation est grave et l’enfant est immédiatement orienté vers le centre de santé. Si c’est sur la zone verte, je félicite les parents et je les encourage à ne pas laisser l’enfant tomber dans la malnutrition », explique-t-elle.

Lorsque les premiers cas de COVID-19 sont apparus dans le pays, les activités institutionnelles et communautaires ont connu une diminution drastique. Les parents avaient peur de fréquenter les établissements de santé et de contracter le virus, tandis que les agents de santé et les prestataires ne disposaient pas des équipements de protection nécessaires. Grâce à un financement de la DG ECHO, l’UNICEF et l’ONG Action contre la Faim (ACF) ont formé des « mères-leaders » qui peuvent former d’autres mères à dépister la malnutrition chez leurs enfants.

S’il est certain que Béthanie a un désir inné d’aider son prochain, son dévouement est renforcé par la disponibilité des soins. « J’ai choisi de sensibiliser à la malnutrition parce que j’ai trouvé une institution qui prend soin des enfants. Sinon, même si j’avais éduqué les parents sur la façon de nourrir les enfants, ils n’auraient pas eu les moyens de leur donner une alimentation adéquate », dit-elle.

Réduire les visites dans les centres de santé pour protéger les mères

« L’UNICEF soutient plusieurs partenaires dans l’organisation d’activités communautaires, notamment la formation de mères-leaders qui enseignent à d’autres femmes comment prendre la MUAC », déclare Erline Mesadieu, spécialiste de la nutrition à l’UNICEF Haïti. « Les mères peuvent surveiller la nutrition de leurs enfants et leur donner du Plumpy’nut, si nécessaire. »

Même si la pandémie de COVID-19 est toujours d’actualité, les enfants souffrant de malnutrition doivent continuer à recevoir de bons soins de santé. Cette innovation simple mais efficace a permis de réduire les visites dans les établissements de santé et ainsi de protéger les mères et les enfants contre le virus.

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