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Développer un cadre commun pour les résultats concernant la nutrition en Somalie

  |   Réseau des pays SUN

© WFP/Georgina Goodwin

* Article original publié sur ENN Online – Nutrition Exchange 11 – Janvier 2019

La Somalie, dans la corne de l’Afrique, a subi de nombreux changements en matière de gouvernance, de sécurité, de développement et d’environnement humanitaire au cours des 20 dernières années. Sa population est estimée à environ 12,3 millions de personnes, dont près de 2,8 millions vivent dans les zones rurales et 5,2 millions (soit près de 42 % de la population totale) vivent en zone urbaine. Près d’un quart de la population somalienne est nomade. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 1,1 million de Somaliens seraient des personnes déplacées.

Le pays vit une crise humanitaire depuis les années 1990, quand la guerre a éclaté. Il présente à ce jour l’une des situations d’urgence les plus complexes et les plus longues au monde. Des taux élevés de mortalité et de malnutrition infantile, ainsi qu’un sévère manque de services de base et un mouvement de population à grande échelle la caractérisent. La prévalence de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans dépasse les 15 %, ce qui est au-dessus du seuil d’urgence, et on estime que la prévalence du retard de croissance est de l’ordre de 23,5 %. La situation sanitaire des Somaliens est préoccupante. Les indicateurs de mortalité et de santé du pays figurent parmi les plus mauvais au monde. On observe notamment des taux de mortalité de 136 décès pour 1 000 naissances vivantes et un taux de mortalité maternelle de 732 décès pour 100 000 naissances vivantes.

De grands investissements ont été faits au niveau humanitaire et des actions importantes ont été menées dans le pays, mais ils n’ont pas été accompagnés des efforts et des investissements nécessaires pour le développement et le renforcement des capacités de résilience, ce qui a comme résultat une récurrence des réponses aux crises annuelles. Les efforts pour mettre en place un cadre commun de résultats ont pour objectif d’aiguiller le pays vers des approches de développement plus durables.

La Somalie a rejoint le Mouvement SUN en 2014. À ce moment-là, elle avait déjà développé plusieurs stratégies : une pour la nutrition au niveau national, une pour les micronutriments et une autre pour l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants. Il a été décidé qu’un plan d’action chiffré pour la nutrition, servant de cadre commun de résultats, devait être défini. Il s’agirait d’un document stratégique général visant à améliorer la situation nutritionnelle de la population en construisant et renforçant des systèmes intégrés et multisectoriels (personnel, fournitures, finances et gouvernance) et en apportant des idées pluridisciplinaires à des programmes pertinents.

Cartographie des parties prenantes

La première étape a consisté à cartographier les parties prenantes susceptibles de contribuer fortement à l’élaboration et à la mise en place du cadre commun de résultats. Entre 30 et 40 partenaires issus du gouvernement, du secteur privé et du monde du développement et de l’aide humanitaire ont participé à une réunion de sensibilisation qui s’est tenue au Kenya en mai 2018. Ce processus a reçu le soutien du projet « Maximiser davantage la qualité de la mise à l’échelle de la nutrition » (MQSUN+), ce qui a fait que plus de cinq consultants internationaux et quatre experts nationaux ont contribué à la mise au point technique du cadre commun de résultats. Avant cela, trois forums de consultation avaient eu lieu dans les États du Jubaland, du Sud-Ouest et du Puntland. Au niveau des secteurs, des entretiens ont été menés avec plusieurs parties prenantes au sein du gouvernement, d’organismes et d’institutions. Des réseaux SUN pour le milieu universitaire, pour le secteur privé et pour la société civile ont également été constitués à ce moment-là, puisqu’ils seront amenés à jouer un rôle important dans la mise en place du cadre commun de résultats. Le plan de mise en œuvre du cadre commun de résultats prévoit l’utilisation des plateformes existantes qui sont gérées par les Nations Unies. Ainsi, les groupes nationaux et régionaux de la nutrition aideront à mener des activités de plaidoyer, à élaborer des méthodes d’évaluation et valider leurs résultats et à compiler les indicateurs.

Approche axée sur les résultats

Pour donner une structure au cadre commun de résultats, une approche axée sur les résultats a été utilisée, ce qui a permis aux résultats intermédiaires d’alimenter les résultats stratégiques. L’objectif global du cadre commun de résultat est de contribuer à réduire de 30 % le nombre de cas de malnutrition au cours des cinq prochaines années en Somalie. Il vise également à contrôler la variation des taux en établissant un modèle de statut nutritionnel plus stable et plus prévisible. Le plan comprend sept objectifs stratégiques, dont : la création d’un climat favorable, la coordination multisectorielle, le développement des ressources humaines, un ensemble complet d’interventions en matière de nutrition, une utilisation optimale des programmes qui contribuent à la nutrition et le traitement des questions sociales et culturelles qui entravent l’équité.

Renforcer la résilience nutritionnelle

La vision qu’apporte ce cadre commun de résultats est un changement total de paradigme en ce qui concerne l’interprétation, la mise en place et l’intégration des programmes spécifiques à la nutrition et des programmes y contribuant. En Somalie, les programmes et projets spécifiques à la nutrition n’ont pas su exploiter toutes les possibilités, comme le financement et la formation, que présente l’intégration à une programmation plus longue, durable et qui contribue à la nutrition. Actuellement, des efforts sont déployés pour augmenter le taux d’intégration des activités dans le plan d’aide humanitaire, garantissant que les acteurs de la nutrition ne reçoivent aucun fonds avant d’avoir prouvé qu’ils intègrent, un tant soit peu, la santé, la nutrition, et l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans leurs activités. L’effet le plus espéré du cadre commun de résultats est une mise en marche de l’ensemble du cadre causal pour la nutrition (autrement dit, les causes immédiates, profondes et principales de la malnutrition) dans une démarche qui s’attache à faire converger les politiques et les plans sectoriels et garantit l’exécution des programmes à grande échelle.

Les défis

La collaboration multisectorielle et multipartite comporte son lot de défis. Parmi eux figure le manque de vision commune en ce qui concerne la nutrition, défi qui a été relevé dans une certaine mesure par l’établissement d’un consensus entre les participants en apportant des données clés sur la nutrition tout en présentant l’idée d’introduire les préoccupations liées à la nutrition dans les systèmes sectoriels. Comme le cadre commun de résultats couvre tous les facteurs responsables de la malnutrition, le défi a été de tomber d’accord sur de nouveaux indicateurs, y compris les données de référence et les objectifs. Il a fallu de nombreuses discussions, notamment sur l’utilisation de données vieilles de plus de cinq ans pour certains indicateurs clés.

Enseignements tirés

Un des enseignements clés tirés du processus a été le fait de reconnaître que, bien que l’importance et le concept du cadre commun de résultats soient connus depuis un certain temps, celui-ci n’est jamais devenu une approche standard et n’a jamais été entériné dans le système national de coordination de la nutrition. Certains secteurs ressentent maintenant le besoin d’adopter une approche commune, semblant vouloir s’engager dans ce processus. L’engagement politique du Cabinet du Premier ministre et la clarté des objectifs ont fait que le processus de création du cadre commun de résultats a reçu le soutien bien nécessaire de plusieurs secteurs.

Le document définitif chiffré sur le cadre commun de résultats sera présenté lors d’une réunion de haut niveau où seront présents les acteurs et les parties prenantes clés pour garantir leur engagement à le mettre en place.

 


Article rédigé par :

Dr Mohamed Abdi Farah est le conseiller spécial pour la santé et le coordinateur national pour la nutrition (point focal SUN) pour le Mouvement SUN.

Mohamed Abdi Hasan est le conseiller pour le développement humain et social au sein du Cabinet du Premier ministre du gouvernement fédéral de Somalie.

Job Gichuki est un nutritionniste en santé publique spécialisé dans la nutrition d’urgence, la surveillance et la recherche, qui travaille actuellement au sein du cabinet Horn Population Research and Development (HPRD).

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