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En Amérique Latin et aux Caraïbes, 14 millions de personnes risquent de devoir sauter des repas en raison du Coronavirus

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN, Réseau des pays SUN

Photo : PAM/Karolyn Ureña

Alors que l’Amérique du Sud devient actuellement, selon l’Organisation mondiale de la santé, « un nouvel épicentre » de la pandémie de COVID-19, les mesures prises pour en contenir la propagation risquent d’avoir un effet dévastateur sur l’ensemble de la région Amérique latine et Caraïbes.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que le nombre de personnes souffrant d’une grave insécurité alimentaire pourrait quadrupler, passant de 3,4 millions actuellement à 13,7 millions en 2020, sur la base d’analyses effectuées dans les pays où le PAM est présent.

Ce dernier mène des projets en Bolivie, en Colombie, à Cuba, en Équateur, au Guatemala, en Haïti, au Honduras, au Pérou, en République dominicaine, au Salvador et dans de petits États insulaires en développement des Caraïbes.

La contraction prévue de l’économie régionale – estimée par la  Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes  à -5,3 %, soit la plus forte baisse jamais enregistrée dans l’histoire de la région – touchera probablement le plus durement les populations dépendant de revenus quotidiens tirés d’emplois dans le secteur informel. En Bolivie, cela représente jusqu’à 60 % de la population. Dans une récente enquête du PAM menée dans neuf pays, 69 % des 41 000 personnes interrogées ont déclaré avoir constaté une baisse de leurs revenus en raison de la pandémie, les femmes étant particulièrement touchées.

« Nous essayons de consommer moins de nourriture et d’électricité. Nous essayons d’acheter des fruits de saison et nous réduisons donc notre consommation d’autres aliments pour faire durer un peu plus notre argent », a déclaré un participant à l’enquête. Sept participants sur dix ont déclaré craindre de ne pas avoir assez de nourriture. Fait alarmant, 17 % des personnes interrogées dans les zones urbaines ont déclaré ne prendre qu’un seul repas par jour, voire aucun.

Le risque pour les migrants pourrait être deux fois plus important

Les régions les plus préoccupantes sont Haïti, où le nombre de personnes en situation de grave insécurité alimentaire pourrait passer de 700 000 à 1,6 million, et le Corridor sec d’Amérique centrale, où il pourrait passer de plus de 1,6 million à près de 3 millions. La saison des ouragans qui s’annonce dans les Caraïbes constitue un risque supplémentaire.

En Colombie, en Équateur et au Pérou, le COVID-19 pourrait faire passer de 540 000 à plus d’un million le nombre de migrants vénézuéliens extrêmement vulnérables en situation d’insécurité alimentaire grave. L’histoire de Dayana illustre leur situation dramatique. Dayana, une coiffeuse qui a tout laissé derrière elle en raison de la crise dans son pays, s’est installée dans la banlieue de la capitale colombienne, Bogota, avec son mari et ses trois enfants. Après l’épidémie de coronavirus, elle a perdu son emploi dans une usine de recyclage et s’est retrouvée dépendante de l’aide humanitaire. Dayana figure parmi les 5 000 Colombiens et Vénézuéliens qui ont reçu des paniers de nourriture du PAM pour les aider à traverser cette période difficile.

Le PAM a également distribué des rations alimentaires et des aides financières ou des bons d’achat – souvent sous forme électronique pour réduire le risque de contagion – en Bolivie, en Équateur et au Salvador. En Colombie et en Équateur, le PAM gère des centrales d’appel et des chaînes Whatsapp pour fournir des informations et s’assurer que l’aide parvient à ceux qui en ont besoin.

Sans école, pas de repas pour les enfants

Dans plusieurs pays, du fait de la fermeture des établissements liée au COVID les enfants ne peuvent plus recevoir les déjeuners nutritifs qu’ils avaient l’habitude de prendre à l’école – les seuls repas corrects sur lesquels beaucoup d’entre eux pouvaient compter.

Photo : PAM/Honduras

« Les repas que nous servions à l’école étaient très précieux pour de nombreuses familles », explique le professeur Marco Tulio Salgado de Catacama, une municipalité du département d’Olancho, au Honduras. « Dans de nombreuses communautés ici, il y a déjà des pénuries alimentaires en temps normal, c’est encore plus vrai dans une situation d’urgence comme celle-ci. Pour que les enfants et leurs familles continuent à en bénéficier, 1 500 enseignants du département se sont associés aux comités locaux d’alimentation scolaire – composés de parents – pour préparer les rations alimentaires et assurer leur distribution selon des protocoles de sécurité et d’hygiène stricts.

Dans d’autres régions du pays, les enseignants ont opté pour des livraisons à domicile. Cela visait à éviter que les gens ne se rassemblent autour des écoles pour récupérer leurs rations, et à permettre aux enseignants de rendre visite à leurs élèves. « J’ai pu voir comment chacun de mes 48 élèves se portait – et combien ils étaient heureux de recevoir ces colis de nourriture », a expliqué Dorla Haylock, enseignante de maternelle dans la communauté reculée de Kaukira, dans le département de Gracias a Dios. Dorla Haylock a assuré une tournée de livraison en porte-à-porte sur un quad tout-terrain. « C’était triste de voir les enfants sortir à la recherche de mangues vertes, qui sont souvent le seul aliment qu’ils mangent dans une journée », dit-elle.

La protection des groupes vulnérables doit être renforcée

L’ampleur de cette crise sanitaire et son impact socio-économique sont tels qu’il sera impossible pour les organisations humanitaires de couvrir tous les besoins émergents.

« Les programmes nationaux conçus pour réduire la pauvreté peuvent jouer un rôle clé pour répondre à cette urgence à grande échelle », a estimé le directeur régional du PAM, Miguel Barreto. « Ces dernières années, nous avons travaillé avec les gouvernements de toute la région pour renforcer leurs programmes de protection sociale et les rendre plus réactifs aux chocs, tels que les catastrophes liées au climat. »

Sur l’ensemble de la région, plus de 200 millions de personnes – soit 35 % de la population totale – bénéficient d’une forme ou d’une autre de protection sociale qui les met à l’abri des chocs majeurs. Ces programmes devront être étendus pour couvrir les besoins supplémentaires des bénéficiaires actuels et pour s’adresser à de nouveaux groupes.

La République dominicaine offre un exemple de la manière dont cela pourrait fonctionner. En réponse à l’urgence, les quelque 900 000 familles qui bénéficiaient déjà d’une aide reçoivent actuellement 92,3 USD supplémentaires par mois – avec un montant supplémentaire pour les ménages dirigés par des personnes âgées. Dans le même temps, 700 000 nouveaux ménages ont été inclus dans le programme, dont 70 000 familles de travailleurs informels qui ont perdu leurs revenus. Tous les nouveaux bénéficiaires reçoivent un versement mensuel de 92,3 USD dans le cadre de l’initiative gouvernementale « Restez chez vous ».

« L’extension de la couverture des mécanismes de protection sociale en cette période de crise va faire toute la différence. Elle permettra aux personnes qui vivent au jour le jour de satisfaire leurs besoins fondamentaux tout en restant chez elles en toute sécurité », explique M. Barreto. « Le PAM est prêt à aider les gouvernements à s’assurer que leurs filets de protection sociale sont à la hauteur du défi posé par le COVID-19. »

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