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Engager les élus

  |   Plaidoyer et communication pour la nutrition, SUN dans la pratique

Le Cameroun vise plusieurs groupes, y compris les parlementaires pour soulever des questions autour de la malnutrition.

Georges Okala, Directeur adjoint de l’alimentation et de la nutrition, Ministère de la Santé publique et Point focal SUN du gouvernement souligne les succès…

L’approche du Cameroun pour le plaidoyer sur la nutrition est née d’une négligence à long terme de la nutrition dans le pays. Le Cameroun figure parmi les 36 pays dans le monde avec le plus grand nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de retard de croissance. Près de 33 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de retard de croissance : l’équivalent d’environ un million d’enfants. Six enfants sur dix souffrent d’anémie (due à une carence en fer). La prévalence de la malnutrition aiguë est de 6 % pour l’ensemble du pays et atteint 10 % dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord.

Pour remédier à cette situation, les interventions en matière de nutrition étaient soutenues par les partenaires au développement depuis de nombreuses années avec le secteur de la santé : le seul secteur formellement engagé dans la nutrition. PROFILS10, un outil de plaidoyer, était utilisé pour estimer le coût de la malnutrition au Cameroun, mais ses conclusions avaient reçu un accueil mitigé parce que le pays était considéré comme ayant atteint l’autosuffisance alimentaire. Le manque de financement pour la nutrition signifie que la situation est susceptible de s’aggraver au fil des ans.

Le premier avertissement s’était fait ressentir en 2006 avec l’arrivée de réfugiés fuyant la République centrafricaine à l’Est du Cameroun, obligeant les services de nutrition de se renforcer afin de faire face à la population de réfugiés. Les premières enquêtes de collecte d’informations sur la nutrition (Suivi et évaluation normalisés des phases des secours et de la transition (SMART)) effectuées avaient montré une situation alarmante chez les enfants de moins de cinq ans. Cela avait attiré l’attention du gouvernement. Face à cette situation alarmante et en vue d’augmenter visiblement le niveau des interventions et de redevabilité, le Cameroun avait rejoint le Mouvement pour le renforcement de la nutrition en mars 2013.

Une nouvelle approche du plaidoyer pour la nutrition

Pour développer une compréhension commune de la malnutrition au Cameroun et analyser les mécanismes et plates-formes de coordination, une mission inter-agence était menée conjointement par les organismes des Nations Unies (ONU): L’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en avril 2013 avec le soutien des bureaux régionaux de nutrition. La mission impliquait cinq ministères clés du secteur (santé, agriculture, eau et assainissement, autonomisation des femmes et de la famille, et planification économique), le Secrétaire général des services du Premier ministre, ainsi que les partenaires techniques et financiers. Elle avait conclu que la malnutrition était méconnue au Cameroun.

Un plan de plaidoyer pour la nutrition avait donc été lancé sous la direction conjointe du ministère de la Santé et de l’UNICEF dans le but d’intégrer la nutrition dans le programme de développement du Cameroun. Le plan prévoyait l’intensification des actions de plaidoyer pour:

  • Informer les décideurs et les parties prenantes sur le processus
  • Impliquer les parties prenantes clés
  • Équiper les parties prenantes clés pour qu’elles puissent plaider en faveur de la nutrition et placer la nutrition au cœur des priorités de développement à tous les niveaux
  • Préparer une communication étendue, crédible, efficace et durable avec le grand public
  • Rechercher des financements et / ou le soutien technique des organismes implantés au Cameroun
  • Explorer des mécanismes de financement innovants pour le Cameroun

Mobilisation et sensibilisation de masse

Une série d’actions étaient entreprises pour rehausser le profil de la nutrition au Cameroun.

Une session de formation des médias en matière de nutrition avec des visites de terrain dans le Grand Nord était organisée en juillet 2013 pour 40 journalistes. Un grand nombre d’articles, des reportages radio et télévisés étaient diffusés par la suite. Un document sur l’état de malnutrition était publié par l’UNICEF et 7 000 exemplaires distribués en avril 2014.

En février 2014, pour compenser le manque de prise de conscience de l’existence de la malnutrition dans les communautés, une campagne de mobilisation et de sensibilisation de masse était organisée dans quatre régions du pays où le taux de malnutrition est le plus élevé, impliquant des autorités traditionnelles et réligieuses, des élus locaux, des autorités administratives et par le biais de la radio communautaire. Près de 500 personnes étaient sensibilisées à travers l’échange d’informations et des visites dans les communautés et établissements de santé. La campagne de mobilisation de masse, soutenue par l’UNICEF, était lancée et clôturée par le secrétaire d’État à la Santé.

Touchés par le niveau de malnutrition au Cameroun à travers la campagne de plaidoyer, le Président de la République du Cameroun avait demandé au ministère de la Santé publique de produire un rapport sur la situation de la malnutrition, avec des mesures concrètes pour remédier au problème. Suite à ce rapport, le président avait chargé le Premier ministre de créer une plate-forme multi-sectorielle pour la nutrition organisée dans les services du Premier ministre et de mettre en place un programme national de nutrition au sein du ministère de la Santé publique.

Quatre débats télévisés sur des thèmes différents
(i) l’état de la malnutrition au Cameroun
(ii) la malnutrition ne signifie pas la mort,
(iii) l’importance des 1 000 jours les plus décisifs et
(iv) les pertes économiques de la malnutrition,

étaient diffusés dans les mois d’avril et mai 2014 sur la chaîne de télévision Canal 2.

Les panelistes étaient des représentants du gouvernement, des organisations non gouvernementales, de la société civile, des parlementaires et de l’UNICEF.

Stimuler l’activité économique

En novembre 2013, le Dr Philippe Douste Blazy, président de UNITAID11 et Secrétaire adjoint de l’ONU chargé des financements innovants avait effectué une visite de haut niveau au Cameroun. Lors de l’audience que lui avait accordée le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, le Dr Blazy avait plaidé pour une plus grande allocation des ressources et des financements innovants pour la nutrition.

Cette visite avait suscité la création du premier Forum des entreprises sur la nutrition tenu en mai 2014 sous l’égide du ministère de la Santé publique, en partenariat avec le ministère de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique, le ministère du Commerce, le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat, la Chambre de Commerce et de l’Industrie, le Groupe des employeurs du Cameroun et l’UNICEF. L’idée de créer un « Fonds d’investissement de la nutrition » était identifiée comme celle de la création d’une plate-forme du secteur privé proposée pour soutenir le Mouvement SUN dans le pays.

Rôle des élus

Les élus ont un rôle important à jouer dans la lutte contre la malnutrition en particulier en approuvant la législation, l’élaboration des budgets et en contrôlant l’utilisation des crédits budgétaires. Six parlementaires camerounais avaient pris part à deux séances d’orientation sur la nutrition menées au Congo Brazzaville en novembre 2013 et à Addis-Abeba, en Éthiopie. Les séances avaient réuni des parlementaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale qui avaient accepté de créer un réseau des parlementaires sur la nutrition et de mettre en œuvre des réseaux nationaux en vue de mettre en commun leurs efforts pour éradiquer la malnutrition dans la région. Les parlementaires du Cameroun ont créé leur propre réseau pour promouvoir la nutrition ‘Network Root of Life’ (Réseau source de vie) qui comprend aujourd’hui plus de 40 élus.

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Pour permettre aux parlementaires d’apprécier la réalité sur le terrain, une mission impliquant 15 membres de l’Assemblé nationale dirigée par le Représentant de l’UNICEF était réalisée en mars 2014 dans la région de l’Extrême-Nord. Mener le plaidoyer auprès du gouvernement pour assurer une meilleure allocation des ressources financières était la principale recommandation de la visite.

En juin 2014, une séance d’information sur la nutrition avait eu lieu en présence de 50 députés à l’Assemblée nationale, suivie d’une visite dans un centre de nutrition. Une lettre d’engagement était préparée par les parlementaires et les sénateurs avec les points suivants:

(i) l’adoption en 2015 de documents législatifs pour l’éradication de la sous-nutrition au Cameroun;
(ii) l’intégration de la nutrition dans les plans stratégiques et des politiques sectorielles;
(iii) la proposition d’augmenter l’enveloppe budgétaire et les mécanismes de suivi; et
(iv) le renforcement des réseaux locaux en matière de nutrition.

D’autres actions de plaidoyer sont prévues pour 2014 au rang desquelles figure l’organisation d’un événement de collecte de fonds pour la nutrition.

Principaux enseignements

  • Il est important de cibler le plaidoyer sur plusieurs groupes (i) les journalistes, (ii) les parlementaires, (iii) les autorités locales, (iv) le secteur privé, (v) les agences des Nations Unies, (vi) la société civile
  • L’information doit être fournie de manière simple et adaptée à l’auditoire. Les informations sur les pertes économiques dues à la malnutrition sont importantes pour un pays qui est en train d’émerger sur le plan économique
  • Il est nécessaire de combler le fossé entre la théorie et la réalité. Des visites de terrain sont importantes pour une sensibilisation sur les problèmes et pour fournir des informations sur tous les secteurs et les déterminants de la malnutrition.
  • Les autorités locales et religieuses doivent être impliquées dans les efforts de plaidoyer dans les zones les plus touchées.

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