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Expérience de lutte contre la malnutrition dans les ménages : expérience d’East Gojam en Éthiopie

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À propos des auteurs : Cet article a été documenté et disséminé par Kenaw Gebreselassie et Sosina Melese – Coalition de la société civile pour le renforcement de la nutrition en Éthiopie (ECSC-SUN)].

Bayush breastfeeds her child © Kenaw G/ECSC-SUN’

Bayush allaitant son enfant © Kenaw G/ECSC-SUN’

Bayush Beyen vit dans le Kebele de Qerere, un Kebele rural dans le Woreda de Machakel de État régional d’Amhara. Elle a sept enfants dont le dernier n’a que trois mois. Elle se souvient que lors de ses grossesses précédentes, elle avait l’habitude de manger peu pour éviter de porter un gros bébé et de faire face à des difficultés lors de l’accouchement. Après avoir donné naissance, elle ne prenait pas soin de ses enfants : elle ne les nourrissait pas avec du colostrum et elle ne les allaitait pas exclusivement au sein pendant les six premiers mois. Elle se servait toujours du lait de vache dilué et de la bouillie pour leur alimentation.

En s’informant grâce aux messages sur la santé et l’alimentation maternelle et infantile ainsi que sur l’hygiène et l’assainissement, et à travers ses visites devenues fréquentes au poste de santé de proximité pour différents services, Bayush a été éclairée sur l’importance de l’alimentation maternelle et infantile. En conséquence, elle a préparé un jardin potager, où l’on retrouve actuellement différents types de légumes, tels que le chou, la carotte et la betterave. « Toutes les cultures sont destinées à être consommées à la maison, et seront consommées à la maison. », a déclaré Bayush.

En outre, elle s’est lancée dans l’élevage des vaches et des moutons pour le lait et la viande destinés à la consommation de sa famille. Elle a consommé des légumes, des fruits, de la viande, du lait et des céréales au cours de ses récentes grossesses. Son dernier enfant, une petite fille, a plus de chance que ses frères et sœurs parce qu’elle est allaitée exclusivement au sein. Après six mois, elle continuera à être allaitée au sein auquel on associera progressivement de la bouillie enrichie avec des produits d’origine animale et végétale du jardin, a déclaré Bayush. Elle avait déjà mis cela en pratique avec son cinquième enfant, une fille aujourd’hui âgée de quatre ans.

« Vous pouvez visiter d’autres mères comme moi et vous observerez des changements concernant l’alimentation et les soins aux enfants et concernant les pratiques d’assainissement et de santé auxquelles nous n’accordions pas attention quelques années auparavant. L’éducation nutritionnelle est une partie intégrante de la leçon quotidienne dans les postes de santé que nous visitons régulièrement. Le temps de l’illumination est arrivé ; chaque ménage est désireux d’être bien informé sur ce qu’il faut faire pendant la grossesse et après. Auparavant, la nutrition des enfants ne figurait pas au menu des activités liées à la communication et à l’éducation dans le domaine de la santé. », a-t-elle affirmé en outre.

Bayush est présentée comme mère de « famille modèle » auprès de qui d’autres femmes dans son voisinage et mêmes d’autres localités apprennent de bonnes pratiques.

Cadre familial

La maison de Bayush est d’une qualité dont ses voisins deviennent envieux. Elle est séparée de la cuisine et de l’enclos, ce que nous ne pouvons pas trouver dans la plupart des régions rurales en Éthiopie. Les chambres sont toutes propres et ordonnées avec une douche, une toilette et des installations de lavage des mains à proximité. La famille va chercher d’eau dans les ruisseaux et les puits. Elle fait bouillir l’eau avant de la boire, et comme résultat, aucun de ses enfants n’a jusque-là été affecté par une quelconque maladie d’origine hydrique grave. Bayush estime que ces installations contribuent à l’amélioration de son état nutritionnel et de celui de ses enfants.

Le rôle de son mari

Alem Abebe, le mari de Bayush, est un prêtre et un fermier. Il soutient sa femme de diverses manières. Il prend soin des enfants autant que Bayush. Il les lave et les nourrit. Il va chercher de l’eau. Il génère la totalité des revenus de sa famille et n’a jamais hésité à donner de l’argent pour l’achat de tout ce qui est nécessaire pour l’alimentation de ses enfants.

L’un des défis susceptibles d’entraver la nutrition des enfants dans la région d’Amhara est le fait que pendant la période de jeûne, les produits d’origine animale tels que l’œuf, la viande et le lait ne sont pas consommés. Ces produits alimentaires sont rarement servis, même aux enfants de moins de cinq ans. Le prêtre Alem est parmi les rares personnes à encourager la consommation de ces aliments par les enfants. Il éduque même les autres que sa religion (chrétien orthodoxe Tewahido) n’interdit pas aux adeptes de préparer et de donner ces aliments aux enfants s’ils ont moins de sept ans.

« Je suis un prêtre et je nourris mes enfants aux œufs, au lait et à la viande. J’ai également demandé à ma femme d’en manger quand elle était enceinte et maintenant comme elle allaite pendant le jeûne. Du point de vue religieux, il n’y a rien de mal à cela. Le véritable problème c’est que nous manquons de connaissances quant à l’enseignement religieux et ce qui est dit à propos de qui doit manger ces aliments et qui ne doit pas les manger. », a-t-il déclaré.

Bayush, leader de Women Development Army (Armée de développement par les femmes)

Bayush looks up her household visit schedule © Kenaw G/ECSC-SUN

Bayush consulte son programme de visite des ménages© Kenaw G/ECSC-SUN

Au-delà du bien-être de sa famille, Bayush cherche à avoir un impact sur les membres de sa communauté. Elle dirige des bénévoles qui ont formé Women Development Army constituée de 30 membres (représentant 30 ménages), structurés selon le réseau de développement « 1 for 5 ». Après avoir été identifiée comme la femme de famille modèle par l’administration du Woreda, elle s’est proposée comme bénévole pour diriger et éduquer les autres. Elle participe et coordonne la réunion hebdomadaire de Women Development Army où les membres discutent des questions relatives à l’alimentation maternelle et infantile, à l’hygiène et à l’assainissement, à la vaccination des enfants, et à l’accouchement dans les établissements de santé.

Bayush partage son expérience avec ses pairs et incite les villageoises à rivaliser positivement les unes avec les autres, et d’ailleurs avec elle-même, pour une meilleure performance.

Bayush consulte la carte affichée sur le mur de sa maison. La carte montre l’emplacement des familles qu’elle supervise. En respectant son programme, elle commence ses visites porte à porte, s’enquiert de l’état des femmes enceintes, de l’état de celles qui allaitent et de celles qui ont commencé à nourrir leurs enfants avec un régime supplémentaire. Elle procède ainsi pour détecter le moindre problème dans l’un des ménages sous sa supervision, afin de faire intervenir les agents de santé dévoués des postes de santé et d’autres bureaux du secteur concerné de la nutrition et de la santé opérant dans ses localités de supervision, le cas échéant. Les ménages avec les meilleures performances sont encouragés et leur parcours est utilisé pour motiver les autres.

La famille de Bayush et d’autres familles modèles à Qerere incitent les membres de leur communauté à faire de même, et les changements observés au niveau de la communauté sont remarquables. Bayush est un modèle pour beaucoup de mères rurales dans sa communauté. Elle pourrait encore être présentée comme modèle pour des millions de mères rurales en Éthiopie.


En 2013, la Coalition de la société civile pour le renforcement de la nutrition en Éthiopie (ECSC) a été créée pour galvaniser les efforts visant à alléger le fardeau de la malnutrition. Elle est présidée par Save the Children et financée par IrishAid.

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