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Mettre à profit le pouvoir des parlementaires

  |   Implication de plusieurs parties prenantes, SUN dans la pratique

Le Tchad a récemment rejoint le Mouvement SUN et commence à mettre en place des plateformes multi-acteurs pour la nutrition.

Mahamat Bechir Mahamat, chef du Centre National pour la technologie alimentaire et nutritionnelle décrit les progrès réalisés jusqu’ici…

« Au Tchad, nous estimons que la malnutrition est une épidémique et nous nous mobilisons pour la combattre »

Mahamat Ahmed Djidda,

Ministre de la Santé

En tant que l’un des derniers pays à rejoindre le Mouvement SUN, depuis mai 2013, le Tchad a rapidement pris des mesures pour établir une nouvelle méthode de renforcement de la nutrition. Par le décret 266 du gouvernement de juillet 2013, le ministère de la Santé publique a constitué une nouvelle équipe chargée du Centre national de technologie alimentaire et nutritionnelle (CNNTA), qui est l’organe opérationnel du gouvernement en matière de nutrition.

Le CNNTA a été restructuré et la nouvelle équipe a été chargée de mettre en œuvre la nouvelle méthode et de préparer un plan d’action. Cinq divisions ont été créées:

  • surveillance de la nutrition
  • nutrition du nourrisson et du jeune enfant
  • micronutriments et prévention de la malnutrition
  • hygiène alimentaire
  • suivi & évaluation.

Le nouveau chef du CNNTA, qui a de l’expérience dans le travail intersectoriel a été désigné point focal SUN. Actuellement, le Tchad fait face à une crise humanitaire à un afflux important de réfugiés en raison de l’insécurit alimentaire dans la région ainsi que de la hausse des pr des produits alimentaires et le changement climatique. En conséquence, un grand nombre d’organisations non-gouvernementales (ONG), environ 18, fournissent une aide humanitaire en matière de nutrition.
En juin 2013, ces ONG ont publié un rapport sur la situati nutritionnelle au Tchad demandant l’appui des donateurs sans l’autorisation du gouvernement. Ce qui a irrité les plus hautes autorités. En septembre 2013, le ministère d la Santé publique a publié une circulaire à l’attention des partenaires actifs dans le domaine de la nutrition. La circulaire exhortait les partenaires à informer le CNNTA de leurs plans et programmes de nutrition et à publier régulièrement des informations sur leurs activités dans c domaine. Cette approche a efficacement résolu le conflit.

Une nouvelle plateforme multi-acteurs

Une plateforme multi-acteurs pour la nutrition a été provisoirement mise en place en mai 2013, par la précédente équipe du CNNTA avec le soutien du Renforcement des efforts contre la faim de l’enfant et la sous-nutrition (REACH)3. L’objectif était d’évaluer la situation de la nutrition et d’élaborer une politique y afférente. Le processus s’est accéléré avec la nouvelle équipe du CNNTA qui a embauché un consultant pour élaborer la politique nationale sur la nutrition et l’alimentation ainsi que le plan d’action intersectoriel pour la nutrition et l’alimentation. La politique a été validée lors d’un atelier en novembre 2013 et est en attente d’adoption par le gouvernement. Le budget du plan d’action n’est pas encore finalisé.

Une plateforme multisectorielle et multi-acteurs appelée Comité technique permanent de nutrition et d’alimentation (PTCNF) a été créée. Pour formaliser le PTCNF, des termes de référence et un décret du gouvernement ont été élaborés et soumis au Premier ministre pour signature.

Fonctions de la plateforme multi-acteurs

Le PTCNF reçoit le soutien technique des agences des Nations Unies (REACH, Unicef, FAO, OMS et PAM) et des représentants des donateurs. Il se charge spécifiquement de:

  • contribuer à l’identification des domaines, des objectifs et des stratégies multi-sectorielles prioritaires pour éliminer la faim et la malnutrition au Tchad
  • contribuer à une analyse exhaustive de la situation alimentaire et nutritionnelle en fournissant des informations à jour
  • contribuer à l’élaboration de stratégies et plans d’action multi-sectorielles, et participer à leur validation
  •  s’assurer que les plans d’action sectoriels sont alignés et reflètent les objectifs stratégiques et les actions prioritaires
  • coordonner et stimuler la mise en œuvre des différents plans d’action (à travers le Plan d’action intersectoriel pour la nutrition et l’alimentation)
  • soutenir lla création et la mise à jour d’une base de données sur la nutrition et l’alimentation
  • informer le gouvernement à travers les ministères de la santé et de l’agriculture de la mise en œuvre des stratégies, plans et programmes de nutrition et d’alimentation
  • coordonner les initiatives en cours relatives à la nutrition, l’alimentation et l’agriculture par exemple, le Renforcement des efforts contre la faim de l’enfant et la sous-nutrition (REACH), le Mouvement pour le renforcement de la nutrition (SUN), l’Alliance globale pour l’Initiative Résilience (AGIR) au Sahel et le Programme de développement agricole en Afrique (PDDAA), et assurer les synergies entre elles.

La collaboration entre les secteurs a été favorisée par des missions conjointes effectuées par le ministère de l’Agriculture (Département de la production agricole et de la statistique) et le ministère de la Santé publique (CNNTA) lors des rassemblements annuels du Mouvement SUN et de deux ateliers régionaux organisés par AGIR.

Participation de la société civile

Les ONG internationales et les agences des Nations Unies sont très actives dans le PTCNF. Ceci est en partie dû à la présence du Groupe4 Nutrition et à l’implication des ONG dans la gestion de la situation d’urgence en cours. En revanche, les organisations et associations de la société civile nationales sont moins visibles, notamment : l’association des consommateurs et l’association des pasteurs. Les pasteurs sont une population nomade ayant un accès très limité aux services de base et de ce fait sont jugés vulnérables.

Le pouvoir des parlementaires

Quatre parlementaires ont été invités à l’atelier de novembre pour valider la politique nationale pour l’alimentation et la nutrition du Tchad. Deux d’entre eux étaient membres de la commission de la santé, le troisième était membre de la commission du développement rural et le quatrième était membre de la commission des finances. Ils ont joué un rôle important pendant l’atelier, dirigeant notamment les travaux en séance plénière.

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Par la suite, trois parlementaires – dont deux qui étaient à l’atelier de validation – étaient invités à participer à un atelier régional de formation sur la nutrition à l’intention des parlementaires qui s’est tenu en novembre 2013 à Brazzaville, au Congo et organisé par l’Unicef. Le but était de permettre aux parlementaires de mieux comprendre la malnutrition et de ses effets sur le développement humain et économique des pays. Les parlementaires d’Afrique centrale et de l’Ouest (Angola, Burkina Faso, Cap-Vert, Congo-Brazzaville, Cameroun, Mauritanie, Mali, Niger, République centrafricaine et Tchad) y ont également pris part.

À la fin de l’atelier qui avait duré trois jours les parlementaires ont décidé de créer un réseau régional de parlementaires sur la nutrition et d’établir des réseaux nationaux afin de fédérer leurs efforts pour éradiquer la malnutrition dans la région. Un comité exécutif provisoire dirigé par un parlementaire du Niger a été mis en place avec pour rapporteur un parlementaire du Tchad.

Le groupe de trois parlementaires tchadiens a défini son propre plan d’action qui est le suivant:

  • organiser une journée d’information sur la nutrition au parlement
  • faire pression sur la commission de la santé publique pour la création d’une ligne budgétaire spécifique pour la nutrition
  • entreprendre un plaidoyer pour la nutrition dans les régions et
  • créer des réseaux régionaux de sensibilisation à la nutrition.

Membres du Comité technique permanent pour la nutrition et l'alimentation

Au niveau des secrétaires généraux ou de leurs représentants:

  • Président: Ministère de la Santé publique
  • Vice-président: Ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation
  • Rapporteur: Ministère de la Planification, de l’Économie et de la Coopération internationale
  • Vice-Rapporteur: Ministère du Développement pastoral et de la production animale
  • Deuxième vice-rapporteur: des représentants des organisations de la société civile

Des représentants des ministères suivants

  • Action sociale, Solidarité nationale et Famille
  • Environnement et Ressources en Eau
  • Enseignement supérieur et Recherche scientifique
  • Enseignement secondaire et professionnel
  • Approvisionnement urbain et rural en eau
  • Commerce et Industrie
  • Communication, porte-parole du gouvernement

Des représentants des organismes suivants:

  • CNNTA
  • Université de N’Djamena
  • Centre pour le contrôle de la qualité des aliments
  • Institut de recherche agronomique du Tchad
  • Agence nationale de la sécurité alimentaire
  • Office national du développement rural
  • Organisations féminines
  • ONG nationales travaillant dans le domaine de la nutrition
  • Organisations de producteurs
  • Organisations de consommateurs
  • ONG internationales travaillant dans le domaine de la nutrition

Des progrès rapides

En dépit de la « jeunesse » relative de la plateforme nationale multi-acteurs du Tchad, beaucoup a déjà été fait. Des politiques et des plans sont en place er seront approuvés par le gouvernement. Le PTCNF a obtenu le statut juridique et a réussi à amener les partenaires de développement à travailler avec le gouvernement sur les questions de nutrition.

Le pouvoir des parlementaires a été mis à profit pour plaider en faveur de la nutrition. Toutefois, de grands défis demeurent, notamment la participation du secteur privé. Mais le Tchad a pris un bon départ en réussissant à rassembler des groupes divers pour une action concertée en vue de l’amélioration de la nutrition.

Principaux enseignements

  • Les plateformes multi-acteurs pour la nutrition sont habilitées à agir quand elles sont formalisées et ont obtenu un statut légal.
  • Les parlementaires peuvent jouer un rôle actif dans le plaidoyer visant l’amélioration de la nutrition et la contribution aux activités de la plateforme multi-acteurs.
  • Les conflits avec les partenaires non gouvernementaux peuvent être efficacement résolus et divers groupes peuvent être réunis pour une action concertée lorsque le gouvernement donne l’autorité nécessaire à la plateforme multi-acteurs.
  • Les principales réalisations des plateformes multi-acteurs sont : la préparation et la validation des politiques, des stratégies et plans d’action de nutrition.

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