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La coordination est indispensable

  |   La contribution de l’agriculture et de la protection sociale à l’amélioration de la nutrition, SUN dans la pratique

L’engagement du Gouvernement Malien pour faire face à la malnutrition de manière durable et multisectorielle, s’est concrétisé par la reconnaissance explicite du rôle et de la responsabilité collectifs de tous les secteurs, et particulièrement des secteurs agricole et social, dans l’amélioration de la nutrition.

Modibo Diarra, Point Focal Nutrition du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, et Point focal SUN du gouvernement.

La malnutrition et l’insécurité alimentaire sont inextricablement liées

L’agriculture malienne a, malgré de nombreux défis (faible productivité; difficile gestion des pertes après récolte et des marchés; conditions climatiques difficiles) enregistré des évolutions majeures ces dernières décennies: une forte hausse de la production de céréales – à un rythme toutefois inférieur à celui de la progression démographique- ainsi qu’une augmentation des rendements des zones productrices de riz – de 2 à 6 tonnes/hectare entre 1988 et 2008. Entre 2000 et 2013, la production de riz est passée de 742 808 à 2 211 920 tonnes, celle de maïs de 214 548 à 1 502 717 tonnes et celle du mil de 759,114 à 1 152 331 tonnes.

Cependant, des enquêtes ont permis de constater que la plus grande zone de production agricole du pays est celle qui souffre du plus fort taux de sous-nutrition. De plus, certaines régions demeurent dépendantes de l’aide alimentaire, ce qui peut indiquer que les rendements agricoles ont un impact limité sur la situation nutritionnelle de la population. A cet égard, l’engagement du Gouvernement Malien pour faire face à la malnutrition de manière durable et multisectorielle, s’est concrétisé par la reconnaissance explicite du rôle et de la responsabilité collectifs de tous les secteurs dans l’amélioration de la nutrition, et parti culièrement des secteurs agricole et social. Le Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (CSCRP 2012-2017) met l’accent sur la sécurité alimentaire et la nutrition comme domaines prioritaires d’intervention.

Contributions des secteurs agricole et social au Plan d’Action Multisectoriel pour la Nutrition

La Politique Nationale de Nutrition, adoptée par le gouvernement en Janvier 2013, a été opérationnalisée sous la forme d’un Plan d’Action Multisectoriel de Nutrition (2014-2018) grâce à l’appui technique et financier de REACH.

Développé par plus de 100 représentants de ministères, de partenaires techniques et financiers, de la société civile, et du secteur privé entre juillet 2013 et avril 2014, il a été adopté le 5 Juin 2014 avant d’être évalué financièrement à 605 238 299 USD pour une période de 5 ans. Couvrant 14 axes stratégiques, il implique les Ministères de la Santé, et du Développement durable, le Commissariat à la Sécurité Alimentaire mais aussi les Ministères de l’Éducation, du Développement social, de la Promotion de la Femme et de la Communication. La protection sociale est abordée dans tous les axes stratégiques.

Le Ministère du Développement Rural et le Ministère du Développement social sont particulièrement associés au pilotage du sixième axe, « Production alimentaire familiale à petite échelle et transferts sociaux », pour lequel 7 activités prioritaires sous-jacentes ont été définies (actions relatives au ciblage des bénéficiaires, à la promotion d’interventions de développement rural favorisant l’augmentation et la diversification alimentaire, et à l’augmentation des capacités des coopératives et des collectivités agricoles). Ainsi, le volet « production familiale » doit permettre à la fois une diversification de la production et de la consommation des aliments mais aussi une amélioration du revenu des ménages concourant à l’autonomisation des femmes.

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Le ministère du Développement Rural est responsable de la vulgarisation des semences améliorées, de la promotion de l’irrigation de proximité pour des cultures à forte valeur nutritionnelle ou du renforcement de l’intégration des activités agropastorales au niveau familial. Le Ministère de la Famille est, quant à lui, responsable de la promotion de l’accès à la terre et la sécurisation foncière des femmes en milieu rural. En agissant sur le revenu des ménages, le volet « transferts sociaux » traite des causes sous-jacentes de la malnutrition (manque d’accès à des denrées alimentaires variées, manque d’accès aux soins). Le Ministère du Développement Social est chargé des transferts sociaux visant à améliorer la situation nutritionnelle des ménages, en agissant non seulement sur l’alimentation mais aussi sur l’hygiène et l’assainissement, ou encore en appuyant la création et la promotion d’organisations locales, incluant les femmes et les jeunes. Le coût de ces activités (environ 50 000 000 USD pour une période de 5 ans) représente 8.27 % du coût total du Plan d’Action.

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Le Ministère du Développement Rural et le Ministère de l’Action Humanitaire sont aussi associés au pilotage du douzième axe, relatif à la préparation et la réponse aux urgences, qui promeut des interventions intégrées et pour lequel 10 actions prioritaires ont été définies. Le Ministère du Développement Rural est responsable de la sensibilisation sur la gestion des stocks alimentaires et fourragers à des fins de warrantage (système de crédit garanti par un stock de produits agricoles susceptibles de changer de valeur dans le temps), de la protection des zones de pâturage et des points d’eaux, de la surveillance des phénomènes météorologiques et de la situation agrosylvo-pastorale. Le Commissariat à la Sécurité Alimentaire est, quant à lui, chargé des évaluations de situation en équipes multidisciplinaires en amont ou en aval des catastrophes, de la distribution d’intrants alimentaires et de la vente à prix modéré des produits agricoles. Le coût de ces activités (environ 29 000 000 USD sur 5 ans) représente 4,85 % du coût total du Plan Multisectoriel.

Intégration de la nutrition au plan sectoriel agricole

L’intégration explicite d’objectifs nutritionnels dans la Politique de Développement Agricole (PDA) et dans le Plan National d’Investissement dans le Secteur Agricole 2015/2025 (PNISA) est une reconnaissance explicite de la contribution du secteur agricole à la lutte contre la malnutrition.

Ainsi, la première des 8 orientations stratégiques de la Politique de Développement Agricole (PDA), développée en 2013, vise « la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population » en «corrigeant les carences par une diversification des productions agricoles ». En plus de l’offre des produits alimentaires, leur transformation et leur conservation sont aussi évoquées, ainsi que la préservation des revenus des petits producteurs. La réduction de la dépendance alimentaire par une limitation des importations constitue aussi l’un des objectifs essentiels de la Politique de Développement Agricole (PDA). La composante relative à la sécurité alimentaire du Plan National d’Investissement dans le Secteur Agricole 2015/2025 est en cours de rédaction afin d’opérationnaliser cette politique.

Exemples concrets

En lien avec le gouvernement, les Nations Unies, et les ONG, la FAO a mis en oeuvre / au cours de 2013, un projet de renforcement des moyens de résilience bénéficiant à plus de 5600 ménages retournés au nord (Zone de Tombouctou) afin qu’ils développent leur production céréalière et maraîchères et enrichissent leur alimentation (notamment en légumes frais). Des formations relatives aux bonnes pratiques de productions maraîchères et de riz irrigué, de nutrition, de vie associative et coopérative (assorties de la présentation de recettes nutritives) ont été prodiguées à des relais communautaire.

Ces derniers ont, en outre, procédé à la distribution d’intrants aux familles: semences céréalières (mil, sorgho, maïs, riz, blé) et maraîchères (oignon, gombo, tomate, concombre, chou), engrais, gasoil, et petits matériels.

Plus de la moitié des 35 000 bénéficiaires du projet sont des femmes et des jeunes filles. L’ampleur de la documentation (kits nutritionnels, affiches éducatives, boîte à images) rend possible la duplication du projet.

La Banque Mondiale finance, depuis 2013, un projet de filets sociaux d’urgence qui fournit des transferts monétaires ciblés aux ménages en situation d’insécurité alimentaire, afin d’augmenter leur consommation alimentaire de manière durable et d’améliorer leur capacité à résister aux chocs, tout en renforçant et en protégeant l’accumulation du capital humain de leurs enfants. Ce projet doit également, d’ici 2018, intégrer des actions préventives relatives à la supplémentation des micronutriments et de la vitamine A, des activités de sensibilisation nutritionnelle et jeter les bases d’un système national de protection sociale qui puisse aussi protéger les populations vulnérables en cas de crise.

A ce stade, quatre leçons clés ont été retirées du projet:

  1. Un cadre institutionnel solide en matière de protection sociale est nécessaire pour la mise en place d’un système de filets sociaux.
  2. Des stratégies durables pour soutenir les ménages souffrant d’insécurité alimentaire chronique exigent, entre autres, des transferts monétaires réguliers pour des périodes entre 24 et 36 mois.
  3. Des systèmes d’information peuvent éclairer la prise de décisions stratégiques.
  4. Les populations doivent être soigneusement ciblées.

Dans le cadre des Clusters Sécurité Alimentaire et Nutrition, un atelier de renforcement de capacités sur l’intégration de la nutrition et de la sécurité alimentaire a été organisé. Cet atelier a regroupé 40 participants du gouvernement, des ONG internationales et nationales. Il a permis de renforcer les capacités des acteurs pour mieux intégrer la nutrition dans les programmes de sécurité alimentaire et de résilience en situation d’urgence, afin d’améliorer l’état nutritionnel des populations.

Prochaines étapes

  • En fonction du Plan d’Action Multisectoriel budgétisé, une analyse des financements disponibles et des gaps de financement est en cours. Cette analyse permettra de mieux connaitre les ressources disponibles du gouvernement et des différents acteurs, et ainsi estimer les écarts et les besoins en financement pour les 5 prochaines années.
  • Le gouvernement a demandé au partenariat REACH d’organiser une table ronde entre gouvernement et donateurs afin d’exploiter les résultats mentionnés ci-dessus. Ceci permettra au gouvernement et aux partenaires d’identifier les actions prioritaires, les financements disponibles et d’améliorer la planification pour les 5 prochaines années. Notamment pour la mise à l’échelle des interventions. Cette table ronde est prévue pour Avril/ Mai 2015.
  • Une cellule de coordination de la nutrition qui sera située au sein du Ministère de la Santé est en voie d’être mise en place. Cette cellule aura un rôle politique et technique: aborder l’aspect multisectoriel de la nutrition et le suivi du Plan d’Action Multisectoriel. Le partenariat REACH va appuyer techniquement et financièrement cette cellule.
  • Le Mali privilégie la décentralisation et l’expérimentation au niveau local. Avec l’appui de l’Union Européenne, Unicef et Cornell University, il expé- rimente l’opérationnalisation des plans à, l’échelle des districts, et à travers des modèles consensuels. Le but étant d’amener les acteurs à s’entendre sur une manière de travailler ensemble, via la planification commune des activités par consortium (Harmonisation des activités), l’intégration des indicateurs de nutrition, la mise en place de comités de suivi et d’évaluation qui conseillent les autorités locales.

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Principales Leçons:

  • L’implication de toutes les parties prenantes, et notamment des techniciens en eau et assainissement, est nécessaire dès le début du développement des politiques et plans.
  • L’élaboration du plan d’action nécessite du temps et un appui technique et financier intense.
  • Avoir une structure de coordination pérenne pour assurer le suivi de la mise en œuvre est essentiel, pour jouer un rôle technique mais aussi politique.

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Mobiliser la Société Civile pour le Renforcement de la nutrition au Mali

L ’ONG OMAES (Œuvre Malienne d’Aide à l’Enfance au Sahel) a été désigné Point Focal SUN de la société civile au Mali. A travers l’ONG OMAES, la Société Civile a pour rôle d’organiser des campagnes de plaidoyer en faveurs des décideurs pour une meilleure prise en compte de la nutrition sectorielle, notamment l’agriculture et la protection sociale. La société civile a mis à jour le PROFILE qui est un outil de plaidoyer mettant en avant les conséquences de la malnutrition sur la santé, l’éducation et la prospérité économique d’un pays. Cet outil permettra de sensibiliser les décideurs et autres acteurs sur la nutrition et ses répercutions. Une présentation du PROFILE se fera à l’Assemblée Nationale et dans les régions (auprès des gouverneurs et directeurs régionaux). L’OMAES prévoit de former les acteurs de la société civile, y compris les communicateurs traditionnels, sur l’utilisation du PROFILE afin de les aider dans le plaidoyer auprès des populations en faveur de la nutrition.

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