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La nutrition, ce n’est pas simplement remplir son estomac : Arjan de Wagt, responsable de la nutrition de l’UNICEF en Inde

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Dans le cadre d’un entretien avec Rashmi Mabiyan, le responsable de la nutrition de l’UNICEF en Inde, Arjan de Wagt, insiste plus particulièrement sur l’importance de la nutrition et sur le rôle des secteurs public et privé dans la lutte contre la malnutrition.

Entretien publié initialement par India Times


Bien qu’il soit possible de prévenir tous les cas de malnutrition, 26 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’émaciation en Asie du Sud, selon les estimations, ce qui correspond à plus de la moitié du nombre de cas à l’échelle mondiale. En Inde, le taux le plus élevé est observé à la naissance (36 %), ce qui équivaut au nombre d’enfants souffrant de malnutrition et de mères souffrant d’anémie. Pour diminuer ce fardeau, le programme national en faveur de la nutrition (Poshan Abhiyaan) et IMPAct4Nutrition mènent des actions pour sensibiliser et améliorer la situation nutritionnelle des enfants et des femmes allaitantes.

Q. Comment est-ce que le programme national en faveur de la nutrition (Poshan Abhiyaan) contribue à la lutte contre la malnutrition en Inde ?
Je suis ravi que le programme national en faveur de la nutrition figure au rang des priorités en raison du soutien qui a été apporté par le Premier Ministre. D’un point de vue technique – des stratégies en passant par les politiques et les directives –, les résultats en Inde sont satisfaisants. Peu de pays au monde disposent d’une panoplie aussi complète de stratégies et de politiques qui réunissent plusieurs acteurs, services et ministères et dont la qualité est généralement reconnue.

Beaucoup de pays n’ont pas de stratégie inclusive visant les communautés. Ils disposent des éléments fondamentaux, mais ont des difficultés à aller au bout de leur démarche. Pour obtenir des résultats similaires à ceux de Poshan Abhiyaan, la couverture et la continuité doivent impérativement être totales.

Les intervenants sur le terrain doivent fournir des conseils de qualité. Les gouvernements centraux et locaux doivent élaborer des programmes et des stratégies avec un niveau de mise en œuvre de 100 % (couverture, continuité, intensité et qualité).

Il ne suffit pas de fournir des services publics, car tout se passe au bout du compte au sein des foyers en ce qui concerne la nutrition. Nous devons faire en sorte que les communautés sachent pourquoi la malnutrition est si importante et connaissent les moyens de lutter contre ce phénomène.

Q. Quelles sont les difficultés qui doivent être reconnues dans la lutte contre la malnutrition ?
Les problèmes les plus importants dans le domaine de la malnutrition sont, d’une part, le statut nutritionnel des femmes enceintes– beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition à la naissance, car leur mère a souffert avant eux de malnutrition – et, d’autre part, la hausse importante de la malnutrition à partir du quatrième mois. Il est recommandé de pratiquer un allaitement exclusif jusqu’aux six premiers mois et d’introduire d’autres aliments uniquement après cette période, mais beaucoup de femmes ne respectent pas ces conseils.

La première semaine d’août, qui est la semaine de l’allaitement, est importante, mais nous avons besoin de 52 semaines d’allaitement pour en assurer la promotion. Pour faire évoluer les comportements, il est nécessaire de mener des campagnes de communication très intenses.

L’année dernière, en janvier, je me suis déplacé en voiture jusqu’au Madhya Pradesh en partant de New Delhi et j’ai aperçu sur la route des centaines de publicités pour la restauration rapide. Je n’ai vu qu’un seul espace public faisant la promotion de l’allaitement et c’est le seul qui mettait l’accent sur une nutrition de qualité.

Si nous parvenons à mettre l’accent sur les fruits et les légumes, nous pourrons créer de la demande, mais s’ils ne sont pas disponibles, nous ne parviendrons pas à faire émerger cette demande. L’estomac d’un nourrisson est minuscule et vous pouvez faire en sorte qu’il le remplisse sans lui apporter suffisamment de nutriments.

Tout est une question d’intensité des actions. Il faut rappeler l’importance de la nutrition et la population doit savoir que la nutrition, ce n’est pas simplement remplir son estomac.

Q. Pouvez-vous donner plus détails sur les dégâts irréversibles des carences en matière de nutrition ?
L’importance de la nutrition est méconnue. Pour développer pleinement votre potentiel, vous avez besoin de nutriments adéquats. Pendant la grossesse et les deux premières années, une grande partie du cerveau se développe lors des 1 000 premiers jours. Selon des données factuelles, le quotient intellectuel atteint un faible niveau qui ne pourra jamais être dépassé en cas de nutrition inadéquate ou de malnutrition. Ce n’est donc pas uniquement un retard de croissance, mais également un retard de développement du système immunitaire et du système cérébral.

D’après les résultats de l’enquête nationale sur la nutrition pour la période 2016-2018, les enfants appartenant au quintile le plus pauvre étaient davantage susceptibles de présenter un retard de croissance (49 %), alors que ce pourcentage s’élevait à 19 % pour les enfants appartenant au quintile le plus riche.

Il est par conséquent important d’éduquer les familles et les communautés pour qu’elles soient informées de l’importance d’un régime en aliments nutritifs et que des changements de comportement soient observés.

Q. Quelles sont les mesures qui doivent être prises pour lutter contre la malnutrition en Inde ?
Dans le cadre du programme Poshan Abhiyan, les gouvernements investissent de manière importante dans la consolidation du système. D’après les résultats de l’enquête nationale sur la nutrition, il a été observé que les enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition qui se manifeste par des retards de croissance (35 %), de l’émaciation (17 %), une insuffisance pondérale (33 %) et du surpoids (2 %).

Nous ferons des progrès gigantesques si nous réussissons à améliorer le régime alimentaire des femmes enceintes et l’alimentation des enfants entre 4 et 12 mois. Nous devons concentrer nos efforts sur ces groupes en mettant l’accent sur l’alimentation complémentaire et en montrant comment préparer les aliments et comment associer les différents aliments disponibles.

Pour répondre aux besoins des enfants, nous devons renforcer nos capacités et assurer un suivi adéquat, et nous essayons de faire les deux en même temps. Nous devons combiner différentes approches en matière de changement comportemental.

En associant des campagnes médiatiques et des actions dans les communautés, des visites à domicile ainsi que des interventions d’auxiliaires de santé (ashas), de sages-femmes (Anganwadi) et d’auxiliaires de soins infirmiers, nous parviendrons à encourager la production locale de ces fruits et légumes nutritifs dans des potagers.

Les campagnes médiatiques ne changent pas les comportements mais ont un rôle de rappel et de sensibilisation. Le gouvernement peut fournir des services publics, mais ne peut pas enrayer la malnutrition. Ce rôle incombe aux communautés qui doivent utiliser ces services et améliorer leur régime alimentaire, car il n’y a pas d’autre solution.

Q. La nutrition est le meilleur investissement pour améliorer la santé publique. Comment est-ce que la plateforme IMPAct4Nutrition intervient à ce niveau ?
IMPAct4Nutrition est une plateforme visant à mobiliser les acteurs du secteur privé en faveur de la nutrition. L’ambition est de faire en sorte que cette plateforme devienne la filiale privée du programme Poshan. Cela a été suggéré par l’UNICEF, Tata Trusts, CII, Sight and Life, CSR Box, IPE Global et NASSCOM Foundation. Nous essayons actuellement de mobiliser les entreprises dans les trois domaines stratégiques suivants :

  • Actifs et activités principales
  • Trésorerie/RSE
  • Participation des employés

La plateforme IMPAct4Nutrition ainsi que les partenaires (entreprises) qui se sont engagés élaborent ensemble un référentiel robuste sur les connaissances en matière de nutrition qui peut être utilisé par les entreprises dans le cadre de leurs initiatives de RSE et des programmes de mobilisation des employés.

En s’engageant en faveur de cette plateforme, les entreprises s’engagent à donner au programme Poshan Abhiyan la forme d’un mouvement social (Jan Andolan) pour régler les problématiques nutritionnelles dans leur écosystème. Avec cette initiative, le secteur privé se rapprochera de ses employés, de leur famille et de leurs clients pour les sensibiliser sur l’importance de la nutrition et d’une alimentation saine et améliorer leurs connaissances en la matière. Si des entreprises assument cette responsabilité, la situation nutritionnelle de notre pays pourrait être grandement améliorée.

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