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La nutrition ne peut pas attendre : définir les axes prioritaires de la nutrition des adolescents sur fond de COVID-19 et au-delà

  |   Réseau de la société civile SUN, Réseau des pays SUN

© UNICEF/Edwards

* Blog rédigé par Irshad Danish et Jigyasa Nawani de Nutrition International


Les adolescents représentent un sixième de la population mondiale et dans la plupart des pays, leur nutrition ne recueille pas l’attention qu’elle devrait. La pandémie de COVID-19 a bouleversé non seulement bon nombre de services de santé et de bien-être nutritionnel, mais également la santé des adolescents en détournant les initiatives en sa faveur. Pour relancer les discussions sur la nutrition des adolescents en pleine pandémie de COVID-19 et au-delà, Nutrition International et le Groupe de coordination Asie (ACG) de la société civile du Mouvement SUN ont organisé un webinaire en septembre dernier durant lequel les intervenants ont pu échanger sur la situation et les évolutions au niveau régional et mondial de la nutrition des adolescents et sur les stratégies adoptées en la matière ayant fait leurs preuves dans

leurs pays respectifs.

Anjali Bhardwaj (Ph.D), directrice régionale, nutrition et santé des femmes et des adolescents chez Nutrition International en Asie, a entamé la discussion virtuelle en dressant un tableau des dommages que la fermeture des écoles et l’interruption des services de santé, imposées par la flambée épidémique de COVID-19, ont infligé à la santé et à la nutrition des adolescents. Elle déclare : « Les écoles ont été fermées dans 146 pays à cause de la COVID-19, 60 % des enfants dans le monde ne sont plus scolarisés, un chiffre saisissant que nous n’avons pas vu depuis les années 1980. » La fermeture des établissements scolaires a fait obstacle à de nombreuses initiatives nutritionnelles, comme les programmes d’alimentation dans les écoles et la supplémentation hebdomadaire en fer et acide folique (programme WIFAS). Il faut absolument trouver d’autres canaux de communication pour continuer de dispenser l’enseignement aux adolescents. « Les décideurs politiques et les experts ont également pris conscience de la nécessité de trouver des solutions pratiques face à ces fermetures en période d’épidémie, qui surviennent de temps à autre. La « santé » ne peut être traitée indépendamment de la « nutrition », et la situation actuelle le prouve bien. Les connaissances et l’éducation nutritionnelles sont, à l’heure actuelle, des priorités stratégiques » confie Anjali.

Le webinaire fut également l’occasion de discuter d’études de cas en Indonésie et au Pakistan : les intervenants ont présenté des stratégies fructueuses et les meilleures pratiques en termes de nutrition des adolescents. Eriana Asri, conseillère en nutrition des adolescents pour le projet BISA de Nutrition International Indonésie, a présenté l’état nutritionnel des adolescents dans le pays, en citant le chiffre de 1 adolescente indonésienne sur 4 souffrant d’anémie. Face à ce problème de santé publique, le ministre de la Santé a redynamisé le programme WIFAS (Supplémentation hebdomadaire en fer et acide folique) qui distribue, dans les écoles, des comprimés de fer à presque 81 % des adolescents du pays. En présentant les autres mesures prises par le gouvernement indonésien pour assurer la continuité de ce programme pendant la pandémie, Eriana a déclaré « c’est grâce aux campagnes de plaidoyer déployées sur la durée par les agences de développement que ce programme de supplémentation a pu être ravivé. Des enseignants et professionnels de santé se sont rendus directement chez les adolescentes pour leur remettre des comprimés de fer. Tandis que certaines écoles ont distribué des comprimés en anticipation du confinement, dans de nombreuses régions, des plateformes communautaires ont été utilisées pour la distribution de ces comprimés. Dans le but d’assurer la conformité des opérations, le ministre de la Santé développe actuellement une application permettant de fournir des comptes-rendus. »

Ensuite, le docteur Khawaja Masuood Ahmed, coordinateur national pour l’Alliance de nutrition et de fortification nationale, ministère de la Coordination, de la Réglementation et des Services de santé nationale, gouvernement du Pakistan, a exposé les problèmes de malnutrition dans le pays et les différentes mesures prises par le gouvernement pour que la priorité soit donnée à la nutrition des adolescents. Le Pakistan supporte un triple fardeau de la malnutrition : insuffisance pondérale, malnutrition en micronutriments et surpoids / obésité. Parmi les obstacles aux choix en faveur d’aliments sains, on retrouve l’inaccessibilité, le coût élevé des produits, l’incapacité à résister à la malbouffe et la pression des pairs. Le docteur Khawaja Masuood Ahmed s’exprime en ces termes : « plus de 50 % de nos adolescentes souffrent d’anémie. Nous avons établi une plateforme multisectorielle pour élaborer des recommandations et des stratégies de santé et de nutrition pour les adolescentes et devrions bientôt travailler avec le Groupe de travail national sur la santé, sous l’égide du Premier ministre, sur un programme de nutrition à grande échelle visant à appliquer l’approche des 1 000 premiers jours aux adolescents ». Le docteur Khawaja a également pris la mesure du rôle crucial que jouent Nutrition International, l’UNICEF et le GAIN dans le soutien qu’ils apportent au gouvernement dans le cadre de ses initiatives visant à privilégier la prévention de l’anémie chez les adolescents. Il s’agit d’élaborer des stratégies, de recueillir des faits probants au niveau local, de piloter des programmes WIFAS dans les écoles, d’impliquer les départements de la santé et de l’éducation, et de sensibiliser davantage les communautés aux problèmes de l’anémie.

Avant de clore le webinaire, Tomoko Nishimoto, directrice régionale chez Nutrition International Asie a déclaré « chaque jour compte, et c’est d’autant plus le cas pendant l’adolescence qui est une phase du développement humain rapide et formatrice après l’enfance. La nutrition doit être présente à chaque phase de riposte face à la pandémie, aussi bien dans le cadre des mesures immédiatement mises en œuvre que pendant la phase de récupération, et elle doit également être au cœur des initiatives de renforcement de la résilience. Pour faire face à ce défi, nous utilisons des systèmes de distribution communautaires comme moyens innovants pour faire de cette crise une opportunité. Pour se remettre des effets dévastateurs de cette pandémie, les interventions nutritionnelles à faible coût et très efficaces que l’Indonésie et le Pakistan ont présentées doivent être au cœur des discussions sur les allocations des ressources ».

Ils ont été plus de 600 à participer au webinaire et à dialoguer avec les intervenants. Tous les experts sont d’accord pour dire que la nutrition des adolescents doit rester une priorité absolue des gouvernements, même en pleine pandémie. L’expression « La nutrition ne peut pas attendre », surtout pour ceux qui vont façonner l’avenir, était sur toutes les bouches lors des discussions.


 

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