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La syndémie mondiale de l’obésité, de la sous-nutrition et du changement climatique

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Photo de VCG/VCG par le biais de Getty Images

Piloté par l’université d’Auckland en Nouvelle-Zélande, l’université George Washington aux États-Unis et la World Obesity Federation au Royaume-Uni, le nouveau rapport de la Commission Lancet est l’aboutissement d’un projet sur trois ans mené par 43 experts de 14 pays. Ce rapport traite essentiellement de la syndémie mondiale de l’obésité, de la sous-nutrition et du changement climatique, et insiste tout particulièrement sur le fait que ces trois pandémies coexistent et persistent en raison de dysfonctionnements au sein des mêmes systèmes, c’est-à-dire, les systèmes alimentaires, de transport, d’aménagement urbain et d’utilisation des sols. Le rapport recoupe ces trois enjeux de santé mondiaux et propose des mesures à effet triple pour relever ces trois défis. Toute prise d’initiative dans ces domaines permettra également de protéger la santé des êtres humains, l’environnement et notre planète. Le rapport fait suite à la publication le 17 janvier d’un autre rapport de la Commission Lancet-EAT énonçant les premiers objectifs scientifiques à atteindre pour que chaque homme et chaque femme bénéficie d’un régime alimentaire sain dans les limites planétaires. Ce nouveau rapport analyse l’ensemble des systèmes à l’origine de la pandémie mondiale d’obésité et propose des solutions afin de redresser la situation après des décennies de politiques médiocres en la matière.

Le nouveau rapport de la Commission définit la syndémie mondiale comme l’entrelacement au niveau mondial de la pandémie d’obésité, de celle de la sous-nutrition et du fléau du changement climatique, tous causés par des facteurs communs et pour lesquels il existe des solutions communes. Les facteurs de la syndémie mondiale sont les politiques alimentaires et agricoles, les systèmes de transport, d’aménagement des territoires et d’utilisation des sols qui sont le fait de politiques et d’incitations économiques encourageant la surconsommation et les inégalités.

La Commission appelle à l’action, et notamment à l’instauration d’une Convention-cadre sur les systèmes alimentaires (FCFS) semblable aux conventions mondiales de lutte contre le tabagisme et le changement climatique. Cette convention-cadre viserait à limiter l’influence de l’industrie alimentaire sur l’élaboration des politiques et à favoriser une mobilisation, au niveau national, en faveur de systèmes alimentaires durables, équitables et sains.

 

S’il est nécessaire de repenser les incitations économiques, il faut également que les subventions gouvernementales d’un montant de 5 milliards USD octroyées aux secteurs des énergies fossiles et de l’agro-industrie servent désormais à stimuler des activités durables, saines et respectueuses de l’environnement. En outre, un fonds mondial philanthropique de 1 milliard USD doit être créé pour soutenir la société civile dans ses interventions de plaidoyer en faveur des changements.

« Le modèle économique prédominant des grandes multinationales du secteur alimentaire, qui privilégie la maximisation des profits à court terme, encourage la surconsommation d’aliments peu nutritifs non seulement dans les pays à revenu élevé mais également dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le fait que, dans certains pays, des enfants souffrent à la fois d’obésité et de retards de croissance est bien le signe que des mesures urgentes doivent être prises car ces deux phénomènes vont irrémédiablement être exacerbés par le changement climatique. Faire face à la syndémie mondiale exige de repenser au plus vite notre alimentation, notre mode de vie, notre consommation et notre façon de nous déplacer. Nous devons radicalement changer notre modèle économique en faveur d’un modèle plus durable et plus sain nous permettant de faire face dès aujourd’hui aux défis de demain » déclare Richard Horton, rédacteur en chef, The Lancet.

La syndémie mondiale : à facteurs communs solutions communes

La syndémie mondiale caractérise une synergie de pandémies qui frappent au même moment et au même endroit, ont une incidence les unes sur les autres et partagent les mêmes facteurs sociétaux de fond. Par exemple, les systèmes alimentaires favorisent des pandémies d’obésité et de sous-nutrition et génèrent 25 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre, la production bovine représentant la moitié de ces émissions. La prédominance des transports routiers favorise des modes de vie sédentaire et génère entre 14 et 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Cette situation résulte de la faiblesse des systèmes de gouvernance politique, de l’acharnement à défendre la croissance économique et celle du PIB et des puissantes techniques commerciales encourageant la surconsommation.

Les conséquences de l’obésité, de la sous-nutrition et du changement climatique s’enchevêtrent. Par exemple, le changement climatique et ses phénomènes météorologiques extrêmes, ses sécheresses et les changements nécessaires de systèmes agricoles qu’il impose favorisent l’insécurité alimentaire et donc la sous-nutrition. De même, la sous-nutrition chez les enfants, notamment ceux à naître, accroît le risque d’obésité à l’âge adulte. Les phénomènes liés au changement climatique peuvent également influer sur les prix des denrées alimentaires de base, comme les fruits et légumes, menant alors à un accroissement de la consommation de produits transformés.

« Nous devons comprendre ces liens et la nécessité de mesures à effet double pour lutter à la fois contre l’obésité et la sous-nutrition et à effet triple pour agir simultanément sur tous les facteurs de la syndémie » déclare la commissaire et professeure Corinna Hawkes, de la City University of London au Royaume-Uni. C’est grâce à des directives en faveur d’un régime alimentaire durable, des restrictions de l’influence des politiques commerciales, des lois favorisant le bien-être des populations, des politiques de mise en place de systèmes alimentaires sains, équitables, écologiquement durables et économiquement prospères, que nous pourrons réellement lutter contre l’obésité, la sous-nutrition et le changement climatique, avec des initiatives à triple effet et à triple bénéfice.

 

En savoir plus

La syndémie mondiale de l’obésité, de la sous-nutrition et du changement climatique (en anglais) – PDF

Commission Lancet – Syndémie globale

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