"> « Le monde a besoin d’un nouveau moyen de contrôler les fonds alloués à la nutrition. »
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« Le monde a besoin d’un nouveau moyen de contrôler les fonds alloués à la nutrition. »

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Young Indian mother breastfeeding her newborn child, Amber near Jaipur, Rajasthan, India.

Une jeune mère indienne allaite son nouveau-né à Amber près de Jaipur, au Rajasthan, en Inde. © Bartosz Hadyniak

Blog rédigé par Mary D’Alimonte, Stephanie Heung et Candice Hwang de Results for Development (R4D).

On dit que ce qui ne peut pas être mesuré ne peut pas être géré. Si ce concept de gestion est un peu trop réducteur, il illustre tout de même bien l’importance que revêt le suivi des ressources dans le domaine de la santé mondiale. Le suivi des ressources consiste à surveiller le financement par les gouvernements, les donateurs et les organisations non gouvernementales (ONG) des programmes dans tous les domaines de la santé, et permet notamment de procéder à un suivi des sommes dépensées, de leur affectation et de leur utilisation.

Un suivi correct des ressources permet d’obtenir des données précises et opportunes servant à orienter la planification des programmes et à effectuer un suivi des dépenses. Le suivi des ressources contribue donc à renforcer les systèmes de santé, et ce de différentes manières :

  1. Il garantit que les fonds sont dépensés de manière efficace et rentable. Les décideurs politiques et les donateurs peuvent savoir s’ils investissent dans des programmes pertinents (domaines les plus rentables et les plus efficaces d’un programme), aux bons endroits (populations ou zones géographiques où les besoins sont les plus grands) et selon des méthodes de financement adaptées.
  2. Il améliore la transparence et la redevabilité. Le suivi des ressources renforce la transparence des dépenses des gouvernements et des donateurs car il offre un moyen de suivre l’acheminement des fonds à travers les différents niveaux de gouvernement jusqu’à la prestation de services finale. Le suivi des ressources permet également aux défenseurs d’exiger des dirigeants politiques et des donateurs qu’ils rendent des comptes quant à l’utilisation des fonds publics et des fonds de donateurs et de surveiller les progrès réalisés face aux engagements en matière de dépenses.
  3. Il encourage les parties prenantes à renforcer leurs engagements dans le domaine de la santé. Des informations sur les dépenses actuelles, associées à une planification stratégique, une estimation des coûts et une analyse des répercussions, permettent l’élaboration de dossiers de rentabilité qui encouragent les parties prenantes à prendre des engagements financiers. Une planification conjointe entre parties prenantes peut mener à une amélioration de la programmation et à une mobilisation de ressources supplémentaires.

Quels sont les défis d’un suivi des fonds pour la nutrition ?

S’il existe depuis longtemps des méthodes de suivi des dépenses générales de santé (par ex. : les comptes nationaux de la santé) ou des dépenses spécifiques pour des maladies comme le VIH/SIDA (par ex. : les outils d’évaluation nationale des ressources et dépenses relatives au SIDA), le suivi des ressources dans le domaine de la nutrition est une activité relativement nouvelle et en devenir. Les outils de suivi des investissements dans la nutrition sont peu nombreux à l’exception du système de notification des pays créanciers (SNPC) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui reste l’outil principal de suivi de l’aide des donateurs mondiaux dans tous les secteurs.

Dans le cadre des travaux sur le financement de la nutrition de Results for Development, nous utilisons le système de notification des pays créanciers pour évaluer les dépenses des donateurs pour la nutrition. Cependant, le suivi des fonds alloués à la nutrition tel qu’il est proposé par ce système à l’heure actuelle ne répond pas aux besoins et aux priorités des acteurs de la nutrition. Ces derniers ont besoin de pouvoir estimer les fonds des donateurs pour deux types d’interventions : spécifiquement nutritionnelles et à dimension nutritionnelle. Les interventions spécifiquement nutritionnelles sont celles qui ont des effets directs sur les facteurs immédiats de la nutrition (consommation de nourriture et de nutriments adaptés, pratiques d’alimentation, d’administration de soins et d’éducation des enfants) et concernent généralement le secteur de la santé. Les interventions à dimension nutritionnelle sont celles qui traitent les facteurs sous-jacents de la nutrition et concernent le plus souvent d’autres secteurs d’activité comme l’agriculture, l’éducation et l’assainissement.

Le système de notification des pays créanciers classe la nutrition sous un code (Nutrition de base) qui ne correspond pas vraiment à la définition largement acceptée des interventions spécifiquement nutritionnelles. Par exemple, les programmes d’alimentation dans les écoles relèvent du code « Nutrition de base » même si en réalité, il ne s’agit pas d’interventions spécifiquement nutritionnelles. Il est rare que les repas servis dans les établissements scolaires soient assez riches et diversifiés pour fournir les micronutriments nécessaires. En outre, ces programmes ciblent généralement les enfants après leurs 1 000 premiers jours de vie (allant de la conception au deuxième anniversaire), période pendant laquelle les dommages graves et irréparables dus à la malnutrition peuvent être évités. En plus de ne pas répondre à la définition de l’intervention spécifiquement nutritionnelle, le système de notification des pays créanciers ne propose pas de mécanisme de suivi des interventions multisectorielles à dimension nutritionnelle. Il est donc actuellement très difficile d’effectuer un suivi précis et opportun des fonds investis dans la nutrition et cela complique grandement la défense et la coordination des actions en la matière nutrition.

Source : note de synthèse de Results for Development, Suivi des fonds pour la nutrition : améliorer le contrôle et la rédaction de rapports.

Faire face aux défis de l’avenir

Pour relever les défis liés au suivi des fonds consacrés à la nutrition au niveau mondial, Results for Development a publié une note de synthèse contenant des recommandations visant à améliorer le suivi des fonds alloués à la nutrition à l’aide du système de notification des pays créanciers, le but étant de mieux répondre aux besoins et aux priorités des acteurs de la nutrition. La première recommandation consiste à s’assurer que ce que le système désigne par « Nutrition de base » correspond bien à la définition largement acceptée des investissements spécifiquement nutritionnels de The Lancet. La seconde recommandation encourage la création d’un marqueur politique permettant d’identifier les investissements dans la nutrition dans tous les secteurs. Un groupe de défenseurs, mené par Action contre la Faim, se chargera de rédiger une proposition formelle de ces recommandations à l’attention de l’OCDE au printemps 2017 afin d’améliorer le suivi des aides financières à la nutrition à l’aide du système de notification des pays créanciers.

De plus, alors que le suivi des ressources au niveau mondial s’améliore, il est essentiel de poursuivre ce type de suivi à l’échelle des pays, notamment pour les aides à la nutrition émanant des gouvernements et des donateurs, car disposer de données spécifiques à chaque pays est indispensable à l’élaboration des politiques nationales. Results for Development est un nouveau chef de file dans ce domaine qui a déjà effectué une analyse budgétaire des programmes nutritionnels dans l’État du Rajasthan en Inde et évalué l’écart entre les besoins et les financements disponibles pour la nutrition dans cet État. En Éthiopie, Results for Development collabore étroitement avec le ministère de la Santé pour cartographier les investissements multisectoriels dans la nutrition afin de s’assurer que les investissements actuels répondent bien aux priorités du Plan national pour la nutrition et pour soutenir les efforts du gouvernement qui souhaite éliminer la malnutrition d’ici 2030.
Le suivi des ressources permet de recueillir des données essentielles, dont les gouvernements, les donateurs et les défenseurs ont besoin pour utiliser de manière efficace les ressources limitées et optimiser les effets sur la nutrition. Alors que les fonds alloués à la nutrition augmentent, comme l’indique le Cadre d’investissement mondial pour la nutrition, il deviendra de plus en plus important d’assurer leur suivi régulier afin d’améliorer la transparence, la redevabilité, et, au final, la planification opportune et l’établissement des priorités des programmes de nutrition dans le monde.

Consultez le blog d’origine sur le site Web de Results for Development.

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