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Le Niger adopte son premier plan multisectoriel de nutrition

  |   Implication de plusieurs parties prenantes, Réseau des pays SUN, SUN dans la pratique

Par Ambarka Youssoufane – Publié initialement par ENN Online

© UNICEF/UNI164939/Terdjman

Le 15 novembre dernier, le gouvernement nigérien a fait un grand pas en avant dans la lutte contre la malnutrition en adoptant sa toute première politique de nutrition connue sous le nom de « politique nationale multisectorielle de sécurité nutritionnelle ». Cette politique vise à concrétiser la vision d’une sécurité nutritionnelle adéquate pour chacun des citoyens, afin d’assurer le développement, la résilience et la prospérité du pays dans son ensemble. Elle tend notamment à faire en sorte que les programmes de nutrition fassent partie intégrante de la stratégie de développement et de renforcement de la résilience du pays, plutôt que d’être simplement considérés comme des interventions d’urgence ciblées. En outre, la politique définit les rôles et les responsabilités de toutes les parties prenantes (donateurs, prestataires d’assistance technique, institutions non gouvernementales, société civile, secteur privé, etc.) dans l’amélioration de la sécurité nutritionnelle du pays, soulignant ainsi l’importance de la participation de tous les acteurs pour réduire la malnutrition.

Un certain nombre de facteurs ont rendu possible l’adoption de cette politique, notamment un engagement gouvernemental de haut niveau à la suite de la crise nutritionnelle de 2005, la création de la Direction nationale de la nutrition (en 2007), l’adhésion au Mouvement SUN en 2011 et la création, la même année, du Haut-Commissariat à l’initiative 3N (HC-I3N), responsable de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays. Le HC-I3N, qui siège au bureau de la présidence, a été le fer de lance de l’élaboration, de la validation et de l’adoption de la politique nationale de nutrition et de son plan d’action. Il convient toutefois de noter que le processus d’élaboration de la politique a été incroyablement participatif, puisqu’il a mis à contribution le point focal SUN, des réseaux SUN (secteur privé, société civile, donateurs), des ONG nationales et internationales et des agences des Nations Unies dans le cadre de l’initiative REACH. Des consultations ont également été menées au niveau régional et dans plus de dix ministères.

La nouvelle politique de nutrition semble tirer parti des nouvelles données disponibles, y compris des recommandations du Mouvement SUN relatives à la planification et à la programmation multisectorielles. Le document de politique générale qui en résulte contient huit engagements multisectoriels contribuant à améliorer la sécurité nutritionnelle pour tous. Pour chaque engagement, un ministère responsable a été désigné pour diriger et veiller à l’accomplissement de progrès. Un plan d’action a également été élaboré pour chaque engagement afin de soutenir la mise en œuvre d’interventions spécifiques à la nutrition ou y contribuant. Ce processus a également été participatif, huit groupes de travail ayant été chargés de définir un ensemble de mesures pour chacun des engagements. Les plans d’action distincts ont été harmonisés en un plan global visant à renforcer les synergies et la complémentarité entre les acteurs des différents secteurs et à servir en outre d’outil de redevabilité, de suivi et d’évaluation.

Les engagements de la politique multisectorielle de nutrition du Niger :

Le gouvernement du Niger s’engage à :

Engagement 1 : Veiller à ce que les politiques et instruments qui protègent et améliorent la sécurité nutritionnelle et le cadre de vie des Nigériennes et des Nigériens, en particulier les groupes vulnérables, soient formulés et guident les décisions et actions du gouvernement et de ses partenaires.

Engagement 2 : Assurer une nutrition et un développement optimaux pour chaque enfant, une nutrition adéquate durant l’adolescence, en particulier pour les jeunes filles, et un apport nutritionnel approprié pendant la grossesse et l’allaitement.

Engagement 3 : Créer les conditions d’une disponibilité accrue de l’approvisionnement et de la consommation d’aliments diversifiés, de façon à garantir une alimentation quantitativement et qualitativement adéquate aux enfants de moins de cinq ans, aux adolescentes et adolescents, aux femmes enceintes et allaitantes et ceci tout au long de l’année, y compris pendant la période de soudure.

Engagement 4 : Assurer le développement et la mise à l’échelle de stratégies permettant un accès à l’eau potable et aux infrastructures d’hygiène et d’assainissement pour les enfants, les femmes et les hommes.

Engagement 5 : Veiller à ce que les programmes de protection sociale contribuent directement ou indirectement à la promotion de la sécurité nutritionnelle, en particulier pour les catégories les plus vulnérables.

Engagement 6 : Offrir une éducation formelle et non formelle qui promeut la sécurité nutritionnelle

Engagement 7 : Lutter contre le surpoids et l’obésité, y compris la sous-nutrition des enfants, et réduire l’incidence des maladies non transmissibles.

Engagement 8 : Développer et mettre à l’échelle des stratégies de communication cohérentes et multisectorielles qui assurent un soutien politique et des changements sociaux et de comportements favorisant une meilleure nutrition.

 

Avec l’adoption officielle de la politique multisectorielle, le Niger a franchi une première étape importante dans la réduction de la malnutrition dans le pays. Cependant, comme toutes les politiques, la politique nationale multisectorielle de sécurité nutritionnelle énonce simplement l’engagement d’agir et de nombreux défis se présentent pour traduire cet engagement en résultats sur le terrain. Le premier défi, et indéniablement le plus grand, demeure le financement des interventions nutritionnelles. En 2011, le gouvernement a créé une ligne budgétaire pour les interventions nutritionnelles, mais celle-ci reste mal financée et peu suivie. Actuellement, le budget alloué à la nutrition s’élève à environ 1 milliard de francs CFA. Le plan d’action multisectoriel actuel est budgétisé à plus de 200 milliards de francs CFA sur trois ans (2017-2018), soit environ 70 milliards par an. L’investissement exact dans le domaine de la nutrition n’est pas bien connu en raison de l’absence d’une évaluation financière rigoureuse. Cependant, il est bien établi que la majeure partie du financement de la nutrition dans le pays provient actuellement de donateurs externes et est mise en œuvre par des ONG nationales et internationales qui font souvent peu de cas des structures et systèmes gouvernementaux. Par conséquent, ce financement et l’expertise développée par ces partenaires de soutien ne sont pas durables.

Le renforcement des ressources humaines est un autre défi que le gouvernement doit relever pour assurer l’adoption efficace de ce plan. Ce défi devient encore plus complexe avec l’introduction de la nouvelle politique qui nécessite des ressources humaines supplémentaires non seulement dans le secteur de la santé, mais aussi dans les autres secteurs. Le plan d’action multisectoriel énonce clairement dans l’engagement 1 la nécessité de procéder à une analyse des lacunes en ressources humaines et d’élaborer un programme de renforcement des capacités. Nutrition International s’est proposé, par l’entremise du projet d’assistance technique à la nutrition (TAN), d’élaborer le plan de renforcement des capacités et d’autres outils pour la mise en œuvre de la nouvelle politique de nutrition.

En outre, il est difficile de convaincre les autres secteurs de mener des interventions contribuant à la nutrition, car la nutrition est une dimension presque entièrement nouvelle. L’intégration d’interventions nutritionnelles dans les secteurs contribuant à la nutrition est une condition de réussite, de même que leur coordination. Un cadre de coordination multisectoriel, le CMPS4 (Comité multisectoriel de pilotage du programme stratégique 4), existe déjà, mais il est resté très peu fonctionnel jusqu’ici. La coordination de la nouvelle politique multisectorielle de nutrition, qui repose sur ledit cadre de coordination, reste donc un défi à relever.

La bureaucratie dans le pays peut s’avérer être un autre obstacle à la réussite de cette politique. En effet, le pays dispose déjà de multiples cadres de coordination horizontaux et verticaux qui ne fonctionnent pas pleinement et qui souffrent autant d’une bureaucratie excessive que d’un manque de financement. Il reste à voir comment renforcer le CMPS4 et le rendre fonctionnel.

Malgré tous ces défis, l’espoir demeure que la politique nationale multisectorielle de sécurité nutritionnelle pourra galvaniser les actions en faveur de la sécurité nutritionnelle et aider le Niger à réaliser les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030. La création de l’initiative 3N en tant qu’institution au sein de la présidence met en évidence l’engagement du pays en faveur de la sécurité nutritionnelle et constitue l’un des atouts les plus précieux du pays pour la mise en œuvre de sa politique multisectorielle de nutrition.

Nutrition International a commencé à concevoir des outils de mise en œuvre de la politique de nutrition, notamment un cadre de renforcement des capacités, un plan de suivi et d’évaluation, un plan de communication et de plaidoyer et un cadre de coordination. Il est à espérer que les partenaires de la nutrition dans le pays s’alignent sur la nouvelle politique de nutrition et que le soutien des ONG soit mieux coordonné dans le cadre de la nouvelle politique afin d’éviter les doublons et améliorer les synergies.

Le Niger a une longue histoire de prise en charge de la malnutrition aiguë grâce à son système de santé à travers tout pays. Des leçons peuvent être tirées de ce programme afin de mettre en place des interventions contribuant à la nutrition dans les autres secteurs. Les cadres de coordination instaurés aux niveaux national, infranational et communautaire offrent d’excellentes possibilités de coordination multisectorielle à renforcer et à exploiter.

 

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