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Le Secrétaire général des Nations Unies annonce la création d’un groupe de travail de haut niveau sur la prévention de la famine

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN

Nous reproduisons ci-après les commentaires du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, formulés lors de la séance du Conseil de sécurité sur les conflits et la faim :

Je vous remercie de l’occasion qui m’est donnée de m’adresser à vous au sujet des liens entre les conflits et la faim, une question pressante et importante. Aujourd’hui, le message que je tiens à faire passer est simple : si vous ne nourrissez pas les populations, vous nourrissez les conflits. Les conflits entraînent la faim et la famine ; la faim et la famine conduisent à des conflits.

Les conflits et la faim, lorsqu’ils frappent un pays ou une région, se renforcent mutuellement et ne peuvent être éliminés séparément. La faim et la pauvreté, associées aux inégalités, aux chocs climatiques, aux tensions confessionnelles et ethniques et aux griefs concernant les terres et les ressources, déclenchent des conflits.

Dans le même temps, les conflits amènent les populations à quitter leur maison, leur terre et leur emploi, bouleversent les activités agricoles et les échanges commerciaux, limitent l’accès aux ressources vitales telles que l’eau et l’électricité et entraînent la faim. Le Comité Nobel a reconnu cette corrélation lorsqu’il a décerné le prix Nobel de la paix au Programme alimentaire mondial : un puissant appel à l’action, témoignant de l’importance de la sécurité alimentaire pour instaurer la paix et la stabilité.

Ces dernières décennies, l’amélioration de la productivité et le recul de la pauvreté dans le monde nous ont permis de faire d’énormes progrès en matière de lutte contre la faim. La famine et la faim ne sont plus une question de manque de nourriture. Elles sont aujourd’hui en grande partie produites par l’homme — et j’emploie cette formule à dessein. Elles frappent surtout des pays touchés par des conflits prolongés et de grande envergure. Et la situation ne fait qu’empirer.

Fin 2020, plus de 88 millions de personnes souffraient de faim aiguë en raison des conflits et de l’instabilité, et ce chiffre a augmenté de 20 % en l’espace d’un an. D’après les prévisions pour 2021, cette situation effrayante devrait perdurer.

Je me dois d’alerter le Conseil tandis que nous devons faire face à de multiples famines induites par des conflits dans le monde entier. Les chocs climatiques et la pandémie de Covid-19 sont autant de braises qui attisent le feu. En l’absence de mesures immédiates, des millions de personnes risquent de basculer dans la faim extrême et de mourir.

D’après les estimations, les crises alimentaires s’accentuent et se propagent dans l’ensemble du Sahel et de la Corne de l’Afrique, et s’installent de plus en plus rapidement au Soudan du Sud, au Yémen et en Afghanistan. Plus de 30 millions de personnes dans plus d’une trentaine de pays sont au bord de la famine.

Les femmes et les filles doivent faire face à un double danger : elles risquent davantage d’être dans l’obligation de quitter leur foyer en raison des conflits et elles sont plus vulnérables à la malnutrition, notamment lorsqu’elles sont enceintes ou allaitent. Les filles qui souffrent de la faim risquent davantage d’être victimes de la traite humaine, de mariage forcé ou d’autres abus.

 

L’insécurité alimentaire est aggravée par la restriction de l’accès humanitaire. Je suis profondément préoccupé par la situation au Tigré (Éthiopie), où la saison des récoltes a été perturbée par l’insécurité et la violence et où des centaines de milliers de personnes pourraient souffrir de la faim.

Dans certains pays, la famine est déjà là. Des êtres humains meurent de faim et souffrent massivement de malnutrition. Au Yémen, au Soudan du Sud et au Burkina Faso, des régions entières sont en proie à la famine ou dans une situation proche de la famine. Plus de 150 000 personnes risquent de mourir de faim.

Au Yémen, 5 années de conflit ont entraîné le déplacement de 4 millions de personnes dans tout le pays. Un grand nombre de Yéménites sont en danger de mort à mesure que la faim se généralise dans tout le pays. On estime qu’en 2021, la malnutrition aiguë devrait toucher la moitié des enfants de moins de 5 ans (2,3 millions). Environ 16 millions de personnes connaissent l’insécurité alimentaire.

Depuis que le Soudan du Sud a déclaré son indépendance il y a 10 ans, l’insécurité alimentaire n’a jamais atteint un niveau aussi élevé qu’aujourd’hui. Soixante pour cent de la population souffre de plus en plus de la faim. Les prix des denrées alimentaires sont si élevés qu’une seule assiette de riz et de haricots coûte plus de 180 % du salaire journalier moyen, ce qui correspond à environ 400 dollars ici à New York.

Les violences sporadiques persistantes, les phénomènes météorologiques extrêmes et les répercussions économiques du Covid-19 ont plongé plus de 7 millions de personnes dans une insécurité alimentaire sévère. L’an dernier, la République démocratique du Congo a connu la plus grande crise alimentaire au monde : près de 21,8 millions de personnes ont souffert de faim aiguë entre juillet et décembre 2020. Les véhicules du Programme alimentaire mondial pris pour cible dans l’est du pays le mois dernier et le meurtre tragique de notre collègue Moustapha Milambo, ainsi que de l’Ambassadeur italien Luca Attanasio et de son officier de sécurité Vittorio Iacovacci, illustrent de la manière la plus brutale qui soit les sombres conséquences de la sinistre alliance entre faim et conflits.

Telle est l’effroyable réalité dans les zones de conflit, partout dans le monde. Il nous incombe de faire tout ce que nous pouvons pour inverser le cours des choses, tout d’abord en prévenant la famine.

En septembre dernier, le Secrétariat a publié un livre blanc qui présente les risques de famine dans quatre pays. L’urgence de la situation n’a fait que croître. Des populations souffrent de la faim et perdent la vie bien avant que l’insécurité alimentaire ne soit au plus haut niveau. Il nous faut prendre les devants et agir maintenant.

J’ai donc décidé de créer un groupe spécial de haut niveau sur la prévention de la famine, qui sera dirigé par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, Mark Lowcock. Ce groupe sera composé de représentants du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il contribuera à ce que la question de la prévention de la famine soit examinée de manière concertée à un haut niveau et à ce qu’une aide soit apportée aux pays les plus touchés.

J’ai en outre demandé à M. Lowcock de s’appuyer autant que nécessaire sur d’autres membres du Comité permanent interorganisations, qui inclut évidemment le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCNUR), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et ONU Femmes.

Le groupe coopérera avec les organisations non gouvernementales, des partenaires essentiels à notre lutte contre la faim dans le monde. Il œuvrera également en collaboration avec les institutions financières internationales et d’autres institutions spécialisées des Nations Unies, dont le Fonds international de développement agricole (FIDA). J’invite instamment tous les membres du Conseil à soutenir par tous les moyens ce groupe spécial et à mettre tout en œuvre pour prendre des mesures urgentes de prévention de la famine.

Nous devons nous préoccuper avant tout de ces quelque 34 millions de personnes déjà aux prises avec une insécurité alimentaire qui a atteint un seuil critique. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé un appel à la mobilisation urgente de 5,5 milliards de dollars de ressources extraordinaires afin que ces 34 millions de femmes, d’hommes, de filles et de garçons échappent à une catastrophe.

Ces ressources sont nécessaires à un ensemble de mesures visant à fournir une aide vitale, qui comprend la distribution de nourriture, d’argent en espèces et de bons d’alimentation, l’aide adaptée à l’agriculture et les soins médicaux à ceux qui souffrent déjà de malnutrition aiguë. Certes, tous les pays rencontrent des difficultés économiques résultant de la pandémie de Covid-19, mais supprimer l’aide aux enfants qui meurent de faim n’est pas la solution.

Pour en savoir plus :

Alors que 30 millions de personnes sont menacées de famine, le Secrétaire général annonce la création d’un groupe de travail sur la prévention de ce fléau et met en garde le Conseil de sécurité contre la réduction des aides comme solution aux difficultés économiques 

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