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L’évaluation des capacités de nutrition présente des actions multisectorielles pour améliorer la situation nutritionnelle désastreuse au Tchad

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN

* Initialement publié par le Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN

© UNICEF – Vincent Tremeau

Les statistiques relatives à la nutrition au Tchad sont décourageantes. D’après le rapport 2018 intitulé « État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI) », le taux de retard de croissance chez les enfants au Tchad (39,9 %) est en hausse et s’avère bien supérieur au nouveau seuil de population « très élevé » utilisé par l’OMS et l’UNICEF. Dans certains territoires, la prévalence du retard de croissance dépasse les 50 %. Comptant parmi les méthodes nutritionnelles les plus efficaces, l’allaitement exclusif a vu son taux chuter au niveau abyssal de 0,1 %. Bien que les chiffres relatifs au surpoids et à l’obésité sont faibles, une légère hausse de la prévalence de l’obésité chez les adultes a été enregistrée, rendant la situation encore plus complexe. Comment cela est-il possible vu l’accent mis ces dernières années par le gouvernement du Tchad sur la nutrition et les innombrables aides extérieures qu’il a reçues ?

La forte exposition du pays à des conditions climatiques extrêmes ainsi qu’à des conflits contribue aux taux élevés de malnutrition (SOFI 2018). Ces chocs compromettent les efforts actuels d’amélioration de la sécurité alimentaire et des pratiques de soins, de l’accès aux services de santé et à l’eau potable et de l’environnement sanitaire. Une évaluation des capacités de nutrition, soutenue par le service intensif REACH du Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN (UNN), apporte un éclairage supplémentaire. L’exercice d’évaluation des capacités reflète de bien des façons les efforts croissants visant à résoudre les problèmes de malnutrition du pays, à améliorer la gouvernance de la nutrition et à amorcer une approche multisectorielle s’attaquant aux causes de la malnutrition à tous les niveaux.

L’évaluation ayant duré plus de trois mois, les consultants ont pu s’entretenir avec différents participants. Le facilitateur de REACH a joué un rôle clef en plaidant en faveur de l’étude qui était financée par REACH. Au départ, l’idée a été présentée aux points focaux du Réseau des Nations Unies ainsi qu’au point focal SUN, qui étaient pleinement impliqués tout au long du processus, afin de garantir un engagement intersectoriel. De plus, le Secrétariat du Réseau des Nations Unies a soutenu le facilitateur en partageant des enseignements tirés d’évaluations similaires dans d’autres pays (Burkina Faso, Lesotho, Sénégal).

Sous la forme d’une étude qualitative, les données ont été collectées par le biais d’une analyse documentaire, d’entretiens avec des informateurs clefs et de groupes de discussions avec des représentants de gouvernements et leurs réseaux SUN respectifs, dont le Réseau des Nations Unies. L’équipe réalisant l’évaluation a mesuré les capacités dans quatre domaines stratégiques : 1) l’intégration de la nutrition dans quatre secteurs principaux ; 2) l’environnement propice ; 3) le renforcement des capacités ; 4) le plaidoyer, les communications, les données et le travail en réseau. Elle a également pris en compte les onze axes de la Politique nationale de nutrition et d’alimentation (PNNA) 2014 – 2025, comprenant qu’ils constituaient les fonctions du CTPNA et devaient donc faire partie intégrante de l’évaluation.

L’étude s’est focalisée sur les capacités fonctionnelles du Comité technique permanent de nutrition et d’alimentation, dirigé par le point focal SUN et soutenu par huit réseaux SUN*. Par ailleurs, elle englobait également les nouveaux comités sur l’alimentation et la nutrition de cinq régions (le Guéra, le Logone Occidental, le Ouaddaï, la Tandjilé et le Wadi Fira) en se penchant sur leurs capacités respectives de planification, de gestion et de coordination de mesures de nutrition. En plus d’avoir identifié une série de besoins en matière de développement des capacités, l’évaluation a consigné les points forts ainsi que les réalisations.

Cela a permis aux acteurs nationaux relevant les défis actuels de s’appuyer sur ces points forts. Sur ce point, le rapport a positionné les membres du CTPNA aussi bien en tant qu’agents du changement qu’en tant que bénéficiaires d’activités de développement des capacités, soulignées dans le plan quinquennal de renforcement des capacités de nutrition.

Parmi les principales constatations, l’évaluation a révélé que la participation sectorielle aux réunions mensuelles du CTPNA variait, tout comme la fonctionnalité des comités de coordination régionale et la mesure dans laquelle la nutrition était institutionnalisée au sein des secteurs connexes. Des recommandations ont pu être faites quant à l’intégration de la nutrition au sein des ministères compétents ainsi que des politiques sectorielles. L’évaluation a également mis en lumière que de nombreuses activités de communications relatives à la multisectorialité avaient été menées par différents acteurs tels que le comité directeur du CTPNA et les réseaux SUN (parlementaire, société civile et Nations Unies). Cela dit, il a été recommandé d’améliorer les communications internes et externes du CTPNA afin de tirer parti de la faculté de ses membres d’institutionnaliser davantage la nutrition dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et WASH.

En général, l’étude a montré que le pays avançait à grands pas vers l’établissement d’une base solide en matière de cadres de gouvernance de la nutrition, d’architecture de coordination et d’engagement politique pour combattre la malnutrition. Des efforts supplémentaires, notamment des activités de renforcement des capacités afin d’officialiser le mode opératoire du CTPNA ainsi que la définition d’une vision stratégique pour le CRNAS, sont nécessaires pour transformer cela en une action concrète. Munies de ces connaissances, les plateformes de coordination de la nutrition seront mieux équipées pour rendre opérationnelle la PNNA et promouvoir le Plan d’actions intersectorielles de nutrition et d’alimentation (PAINA) à tous les niveaux. Les acteurs nationaux ont trouvé cet exercice utile dans la mesure où il fournissait un diagnostic adapté au contexte et des pistes pour des solutions concrètes. Le 10 décembre 2018, une cartographie des actions et des parties prenantes de la nutrition a pu être lancée grâce au soutien du Réseau des Nations Unies pour le Mouvement Sun et de l’initiative REACH et aux généreuses subventions de l’UE, afin de confirmer les niveaux de couverture des principales actions nutritionnelles. La cartographie permettra d’accroître davantage la capacité du gouvernement à mieux coordonner des actions de nutrition entre différents secteurs et parties prenantes en vue d’atteindre des objectifs de nutrition communs.

*Remarque : ces réseaux SUN comprennent : 1) le Réseau des Nations Unies ; 2) le Réseau de la société civile ; 3) le Réseau des donateurs ; 4) le Réseau des entreprises du secteur privé ; 5) le Réseau des parlementaires ; 6) le Réseau des scientifiques ; 7) le Réseau des journalistes ; 8) le Réseau des ambassadeurs.

Lire le rapport de l’évaluation des capacités de nutrition au Tchad

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