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L’exercice de cartographie alimente l’action multisectorielle et permet de rendre compte des résultats en matière de nutrition

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN, Réseau des pays SUN

* Entretien initialement publié par le Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN 

Le Mali continue d’être confronté à des niveaux élevés de malnutrition dus à de multiples facteurs exacerbés par les effets du changement climatique et des conflits. Le taux d’émaciation des enfants est énorme et estimé à 10,7 % (SMART 2017) bien que les statistiques nationales masquent d’importantes disparités entre les régions. Simultanément, 25,5 % des femmes âgées de 15 à 49 ans souffrent de surpoids ou d’obésité (SMART 2017), ce qui illustre le double fardeau de malnutrition auquel le pays est confronté. Un vaste exercice de cartographie est en cours au Mali, mené par le docteur Djibril Bagayoko qui dirige la Cellule nationale de coordination de la nutrition. Cette cellule a eu recours aux services neutres de facilitation de l’initiative REACH et à l’assistance technique pour la cartographie du Secrétariat du réseau des Nations Unies pour la nutrition tout au long du processus. Entre autres applications, la cartographie est utilisée pour suivre l’état d’avancement de la mise en œuvre du plan national de nutrition du pays (2014-2018). La cartographie multi-acteur et multisectorielle aide à brosser un tableau complet de la situation nutritionnelle dans le pays, en tenant compte à la fois des actions humanitaires et de développement.

Le personnel de la Cellule de coordination, où est basé le point focal SUN, a fait équipe avec des collègues de la division de la nutrition du ministère de la Santé pour recueillir des données sur 30 actions menées par 48 institutions. Outre les acteurs clés du gouvernement, l’exercice a mobilisé les six agences des Nations Unies engagées dans le réseau des Nations Unies dans le pays (la FAO, l’UNFPA, l’UNICEF, ONU Femmes, le PAM et l’OMS), ainsi que les autres réseaux SUN (réseaux du milieu universitaire et de la recherche, du secteur privé, de la société civile et des donateurs). L’exercice a été également l’occasion d’associer les groupes sectoriels du Comité permanent interorganisations (IASC), Nutrition, Sécurité alimentaire, Santé et Eau, assainissement et hygiène (WASH), compte tenu du contexte fragile, dans le cadre des efforts visant à combler le fossé entre les activités humanitaires et de développement. Une telle association va dans le sens de l’objectif de la cartographie qui est de favoriser les partenariats et les synergies en matière de nutrition. Pour en savoir plus sur l’exercice de cartographie, lisez ci-dessous l’entretien avec le point focal SUN, le docteur Bagayoko. Il explique notamment en quoi cette cartographie transforme la façon de traiter la nutrition au Mali. Le personnel de la Cellule de coordination soutient le docteur Bagayoko dans son travail et l’a aidé à préparer cet entretien.

© Cellule de Coordination / S. Togo

Question (Q) : Quel est l’objectif principal de cet exercice de cartographie du Mali ?

Réponse (R) : Améliorer la gouvernance nutritionnelle en renforçant la responsabilisation afin de répondre aux besoins des groupes cibles, tels que les femmes enceintes et allaitantes, les enfants âgés de moins de cinq ans et les adolescentes. La cartographie vise également à développer une approche multi-acteurs et multisectorielle de la nutrition, comprenant des plateformes de coordination, comme le prévoient la Politique nationale de nutrition et le Mouvement SUN.

 

Q : Que nous apprennent les résultats sur le panorama des parties prenantes de la nutrition et la couverture des actions nutritionnelles au Mali ?

: Les résultats préliminaires de l’exercice de cartographie ont été présentés lors d’un atelier de validation, le 27 juin 2018, animé par la Cellule de coordination. Le facilitateur REACH du réseau des Nations Unies a fourni un soutien précieux, notamment pour la préparation de l’atelier. Une multitude d’acteurs ont participé à l’atelier, notamment des représentants des structures techniques du gouvernement (p. ex. : la Cellule de planification et de statistique du ministère de la Santé, le ministère du Développement rural et le Centre national des cantines scolaires), des organismes des Nations Unies, de la société civile, ainsi que de la communauté des donateurs (p. ex. : l’ambassade du Canada).

De manière générale, l’exercice de cartographie a indiqué que la couverture des interventions spécifiques à la nutrition, telles que la gestion de la malnutrition aiguë, ainsi que la supplémentation en fer et en acide folique, a tendance à être plus importante que pour les actions qui contribuent à la nutrition, en particulier celles liées à l’agriculture et à la protection sociale (p. ex. les transferts monétaires conditionnels). Un expert en cartographie du Secrétariat du réseau des Nations Unies a ajouté que cette tendance est semblable à celle observée dans d’autres pays, dans lesquels le réseau des Nations Unies a apporté son soutien à une cartographie nutritionnelle multi-acteurs. La directrice et coordinatrice mondiale du Secrétariat du réseau des Nations Unies, madame Purnima Kashyap, a également noté que ces résultats mettent en évidence la nécessité de mobiliser davantage les acteurs non traditionnels de la nutrition, qui mènent de nombreuses actions qui contribuent à la nutrition, pour soutenir les gains nutritionnels tant au niveau sociétal qu’individuel.

Q : Selon vous, quels sont les principaux avantages de cette cartographie ?

R : La cartographie a suscité une réflexion stratégique autour des actions nutritionnelles et permis de démystifier l’approche multisectorielle. Elle a offert un moyen de sensibiliser et de mobiliser les différentes parties prenantes, ce qui les a aidées à comprendre leurs rôles respectifs, en particulier les acteurs qui soutiennent les actions contribuant à la nutrition. Huit secteurs (agriculture, pêche, sécurité alimentaire, santé, élevage, protection sociale, eau, assainissement et hygiène et autonomisation des femmes) participent à l’exercice. Pour certains, c’est la première fois qu’ils s’engagent dans le domaine de la nutrition comme c’est souvent le cas des acteurs qui soutiennent des actions qui contribuent à la nutrition, comme dans le domaine de la pisciculture. La cartographie nous a par conséquent aidés à inclure les perspectives de genre et à impliquer d’autres secteurs, notamment l’agriculture, l’eau, assainissement et hygiène, l’éducation et la protection sociale. Elle a également permis à la Cellule de coordination d’identifier les lacunes en matière de couverture, notamment dans le domaine des efforts liés à la prévention de la malnutrition. Les acteurs dans le pays se servent de ces nouvelles données de couverture disponibles et les considèrent comme une contribution essentielle à l’amélioration de la fourniture de services, aussi bien dans le cadre de programmes spécifiques à la nutrition que dans ceux qui y contribuent.

La cartographie a mis en évidence la nécessité d’une intervention des populations ciblées dans la conception d’activités de communication sur le changement des comportements, afin d’améliorer l’utilisation des services existants liés à la nutrition. En outre, l’exercice a révélé des possibilités de collaboration accrue entre des secteurs et des intervenants connexes et pointé le fait qu’il s’agit d’un élément essentiel pour améliorer la couverture des interventions. L’exercice de cartographie contribue à faire émerger au Mali une culture de prise de décision fondée sur des données qui nous aidera à optimiser l’utilisation de ressources rares. Il améliore ainsi directement le suivi et l’évaluation de notre politique et de notre plan nutritionnels multisectoriels actuels (2014-2018) et nourrit la conception du prochain plan nutritionnel national, qui couvrira la période 2019-2023.

Q : L’engagement multisectoriel s’exerce-t-il là où vous voudriez qu’il le fasse ?

R : Alors que huit secteurs participent à l’exercice, la plupart des actions cartographiées sont orientées vers deux secteurs. Une telle constatation démontre la nécessité de redoubler d’efforts pour faire participer certains secteurs, en leur rappelant combien leur travail soutient des résultats positifs en matière de nutrition et, plus généralement, de développement durable.

Q : Expliquez-nous les défis auxquels vous avez dû faire face dans la réalisation de cette cartographie et comment vous êtes parvenu à les surmonter.

R : L’un des principaux défis consistait à mettre en place une équipe locale dotée des compétences techniques et de gestion nécessaires pour mener à bien l’exercice. Ce défi a été résolu en renforçant les capacités individuelles des acteurs locaux dans le but d’accroître la durabilité de la cartographie. Sur ce point, l’appui du réseau des Nations Unies a joué un rôle déterminant dans la formation de l’équipe de cartographie et dans l’orientation au cours des différentes phases. La stratégie d’apprentissage par la pratique s’est avérée être un autre défi, d’autant plus que le Mali a été l’un des premiers pays à utiliser la nouvelle version en ligne de l’outil de cartographie. Notre équipe de cartographie a mis autant que possible à profit les leçons apprises dans d’autres pays où la cartographie a été réalisée avec succès. Elle a également consigné l’expérience du Mali pour soutenir l’amélioration continue de l’outil et du processus de cartographie.

Q : D’après votre expérience, quels seraient, selon vous, les « facteurs déterminants de la réussite » d’un exercice de cartographie ?

R : Le recensement des données existantes pour les secteurs clés au cours de la phase préparatoire et l’atelier de validation à la fin de l’exercice ont grandement facilité le processus de cartographie et ont été essentiels à la mise en œuvre d’une approche inclusive. Cette démarche nous a non seulement aidés à obtenir l’adhésion des parties prenantes dès le départ, mais elle nous a également aidés à maintenir l’élan tout au long de l’exercice. Ces efforts ont été soutenus par des communications régulières et dynamiques avec toutes les institutions participantes. L’appui technique du réseau des Nations Unies et l’engagement actif du Mali dans le Mouvement SUN ont également été déterminants pour le succès de la cartographie.

Q : Y a-t-il quelque chose que vous feriez différemment la prochaine fois ?

R : Bonne question. Voici quelques idées et conseils que je garderais à l’esprit (et j’encouragerais autrui à le faire également) pour la réalisation d’une série de cartographies successives.

  1. Plaider en faveur d’un accès direct aux bases de données pertinentes propres aux divers secteurs, en particulier celles des acteurs non traditionnels de la nutrition
  2. Décentraliser la collecte des données pour améliorer le taux de réponse au questionnaire cartographique et corriger les données incohérentes lors des visites sur le terrain
  3. Préparer des affiches qui illustrent les principales conclusions pour en soutenir la diffusion, y compris parmi les réseaux SUN, et renforcer les rôles des différents secteurs dans la nutrition. Les affiches pourraient être partagées lors des évaluations annuelles multisectorielles de la nutrition et peut-être lors du Rassemblement mondial du Mouvement SUN.

Q : Maintenant que ce travail a été réalisé, comment les résultats obtenus sont-ils utilisés pour soutenir un changement transformateur en matière de nutrition ?

R : La cartographie est un outil d’aide à la décision que tous les acteurs peuvent utiliser pour guider l’établissement des priorités, le plaidoyer et la mobilisation des ressources pour la nutrition à tous les niveaux, décentralisé, national et mondial. Elle permet au gouvernement, en particulier aux mécanismes de collaboration en matière de nutrition, d’assurer un suivi synthétique et systématique des programmes spécifiques à la nutrition et de ceux qui y contribuent.

Les lacunes spécifiques de couverture de populations et géographique révélées par la cartographie éclairent les actions concrètes sur le terrain, de la planification décentralisée de la nutrition à l’articulation des priorités autour desquelles les parties prenantes s’aligneront pour une cohérence accrue. Elle a également mis en évidence les interrelations entre les actions nutritionnelles et les données sur les partenariats stratégiques, qui permettent de mieux adapter ces actions au contexte malien et d’améliorer l’efficacité opérationnelle. La cartographie a également amélioré la communication entre les institutions. En outre, elle incite les parties prenantes à accroître la couverture des populations difficiles à atteindre et la participation des populations ciblées, renforçant ainsi une approche fondée sur l’équité. De même, elle oriente les efforts visant à attirer les investissements dans la nutrition ainsi que les activités de renforcement des capacités nécessaires à une bonne gouvernance nutritionnelle. Comme je l’ai déjà mentionné, ces efforts renforcent la coordination en matière de nutrition, constituent de précieux apports et contribuent ainsi à animer les plateformes multisectorielles et multi-acteurs de coordination de la nutrition, notamment la Cellule de coordination.

Des travaux de transfert des données cartographiques vers un serveur gouvernemental sont en cours, afin de compléter les données recueillies à l’aide du logiciel DHIS2 (District Health Information Software), de sorte que le système gouvernemental comprenne des indicateurs provenant de tous les secteurs liés à la nutrition. Fondamentalement, cela signifie qu’il faut intégrer les paramètres de cartographie dans le système d’information du gouvernement. Nous travaillons déjà à planifier la prochaine vague de collecte de données à l’aide du système d’information du gouvernement. L’intention est de recueillir régulièrement de cette façon des données de couverture sur les « principales actions de nutrition » au niveau des municipalités, puis de les regrouper au niveau des districts et des régions chaque semestre. Même si, dans un premier temps, nous mènerons ce projet dans quelques régions, il sera ensuite adopté par toutes les régions. En fin de compte, cette façon de procéder nous permettra de nous appuyer sur la cartographie comme outil de suivi de l’évolution de l’état nutritionnel de la population malienne à travers des mises à jour régulières tout au long du plan national multisectoriel de nutrition.

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