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Mettre en pratique la Déclaration de Seqota : promouvoir l’égalité des sexes en matière de nutrition au niveau des districts en Éthiopie

  |   Réseau de la société civile SUN

L’Éthiopie, pays exemplaire en matière de réduction du retard de croissance,[1] a rejoint le Mouvement SUN en 2012 et a lancé la Déclaration de Seqota en 2015, un engagement de haut niveau pour mettre fin au retard de croissance et à la dénutrition chez les enfants d’ici 2030. Nutrition International, un partenaire clé du Mouvement SUN, a travaillé à la promotion de l’égalité entre les sexes en matière de nutrition en Éthiopie, dans le cadre d’un projet visant à renforcer les capacités à concrétiser cette déclaration sans précédent. L’inégalité entre les sexes est à la fois une cause et une conséquence de la malnutrition, de la faim et de la pauvreté, mais ces domaines d’action sont traités de manière distincte à l’échelle nationale et mondiale. L’assistance technique de Nutrition International en Éthiopie est un exemple concret de la manière dont les pays peuvent incorporer l’égalité entre les sexes, assurer son intégration dans toutes les interventions nutritionnelles et inciter les autres à agir.

La Déclaration de Seqota traduit l’engagement de l’Éthiopie à éradiquer les causes sous-jacentes de la dénutrition chronique et à mettre fin au retard de croissance chez les enfants de moins de 2 ans d’ici 2030. Elle a été approuvée et intégrée au Plan national de croissance et de transformation de l’Éthiopie, ce qui en fait l’un des engagements les plus importants du pays. La déclaration comporte dix ambitieux objectifs stratégiques (SDSO – Seqota Declaration Strategic Objectives) qui visent à améliorer la santé, l’état nutritionnel et l’égalité entre les sexes, entre autres, tout en renforçant la coordination multisectorielle et en stimulant l’innovation. Parmi ceux-ci, le SDSO 8 est axé sur l’amélioration de l’état nutritionnel des femmes enceintes et allaitantes et des enfants grâce aux interventions du Programme de filet de sécurité productif et le SDSO 9 porte sur l’amélioration de l’équité entre les sexes, de l’autonomisation des femmes et de la protection des enfants. Cependant, une analyse financière des années budgétaires 2011 et 2012 de l’Éthiopie a montré que les SDSO 8 et 9 sont sous-financés et nécessitent plus d’attention.

Depuis 2017, le Mécanisme d’assistance technique à la nutrition de Nutrition International (NTEAM), par le biais du programme d’assistance technique à la nutrition (TAN), financé par l’aide du gouvernement britannique, a soutenu le gouvernement éthiopien dans la réalisation de ces engagements ambitieux, en privilégiant l’autonomisation et la durabilité, notamment à travers une Unité d’exécution de programme (PDU). La PDU a pour mission de coordonner la mise en œuvre multisectorielle de la Déclaration. De 2018 à 2020, le soutien de NTEAM a directement répondu aux besoins identifiés par le gouvernement éthiopien et ses partenaires,[2] notamment en ce qui concerne une méthode systématique permettant de suivre les budgets, les financements et les dépenses en faveur de la nutrition, dans tous les secteurs, au niveau des districts ou des woredas, des régions et du gouvernement fédéral.


Un élément essentiel de ce travail a consisté à collaborer avec les autorités pour mieux intégrer l’égalité entre les sexes dans les résultats nutritionnels et à fournir des recommandations sur l’intégration du genre dans la nutrition au niveau infranational, c’est-à-dire au niveau des woredas, dans la mise en œuvre de la Déclaration.


En 2019, une analyse de genre – portant spécifiquement sur les woredas d’Amhara et de Tigré – a été réalisée afin d’identifier les opportunités manquées de prendre en compte la problématique de l’égalité entre les sexes.  L’analyse de genre a été réalisée à l’aide de l’Outil d’évaluation basée sur le genre de l’OMS, avec deux objectifs principaux : le premier, identifier les possibilités d’intégrer une perspective de genre dans le développement d’outils et de ressources dans le cadre de l’AT, et le second, identifier les lacunes en termes de capacités au niveau des responsables des woredas qui auront à utiliser ces outils et ressources, et les besoins en capacités supplémentaires. Ce travail a fait apparaître un consensus sur la nécessité d’intégrer l’égalité entre les sexes dans les activités de la Déclaration de Seqota, au niveau des responsables des woredas. Cependant, les compétences pratiques nécessaires à l’intégration adéquate du genre dans les activités de nutrition des plans régionaux de nutrition se sont avérées insuffisantes.

Cela a conduit à une approche participative « ascendante » visant à garantir l’appropriation et la redevabilité au niveau local, ainsi que la durabilité, à l’avenir, dans l’élaboration de recommandations et d’une liste de contrôle destinées aux responsables des woredas. L’élaboration de recommandations sur  l’intégration du genre dans la nutrition offre des stratégies pratiques, concrètes et applicables aux responsables des woredas pour s’assurer que la problématique de l’égalité entre les sexes est prise en compte de manière significative dans leurs interventions sur la nutrition, afin de concrétiser les engagements de la Déclaration et pour guider le personnel dans le suivi et l’évaluation (S&E) et les résultats en matière d’égalité entre les sexes. Les recommandations proposent des indicateurs minimaux sensibles au genre ainsi que des recommandations pour le suivi participatif et l’interprétation des données ventilées par âge et par sexe afin de s’assurer que le S&E est sensible au genre. Parmi les exemples d’indicateurs sensibles au genre, on peut citer le nombre de femmes enceintes recevant des suppléments de fer et d’acide folique pendant au moins 90 jours, le nombre de filles et de garçons âgés de 6 à 59 mois recevant une supplémentation en vitamine A (SVA), le pourcentage d’hommes et de femmes bénéficiant d’interventions visant à modifier le comportement nutritionnel et le nombre de femmes enceintes et allaitantes sélectionnées pour recevoir une aide conditionnelle souple. Les recommandations ont également été adaptées pour intégrer les documents de politique nationale et les plans de mise en œuvre existants relatifs à l’égalité entre les sexes et à la nutrition, notamment la Déclaration de Seqota (DS), le Plan de mise en œuvre de la DS et le Plan d’investissement de la DS. Les recommandations visent à s’appuyer sur ces documents, en renforçant les synergies existantes et les éléments relatifs à l’égalité entre les sexes déjà présents dans les documents de politique, et visent à garantir qu’elles s’harmonisent et n’entrent pas en conflit avec les politiques déjà définies par le gouvernement.

Début 2020, une liste de contrôle a été élaborée pour servir de guide à l’intégration de l’égalité entre les sexes dans l’affectation des ressources et la planification de la nutrition. En particulier, NTEAM a veillé à ce que les responsables des woredas soient sensibilisés au financement des SDSO spécifiques au genre en réponse à l’analyse financière qui a montré une faible affectation de ressources pour les SDSO 8 et 9. Pour la première fois dans la mise en œuvre de la Déclaration, l’affectation des ressources basée sur le genre est devenue une partie intégrante de l’affectation des ressources au niveau des woredas grâce à l’assistance technique fournie par Nutrition International. La liste de contrôle comprend des questions et des outils pour guider l’utilisateur et l’amener à poser les bonnes questions afin de s’assurer que l’égalité entre les sexes est intégrée à tous les niveaux et à toutes les étapes du cycle du projet. Par exemple, la liste de contrôle pose des questions visant à évaluer une plus grande participation des femmes, des filles, des garçons et des hommes ; à améliorer la compréhension des besoins des différents groupes de la communauté ; à améliorer le ciblage de ceux qui ont les plus grands besoins ; l’affectation des ressources en fonction du genre et l’égalité des bénéfices pour tous les bénéficiaires, entre autres questions. L’importance de réaliser une analyse financière annuelle de l’affectation des ressources aux SDSO a également été mise en avant comme un moyen d’aider les régions et les woredas à fixer des objectifs réalistes pour les SDSO et à affecter des budgets rationnels pour atteindre ces objectifs.

Afin de garantir l’adoption de ces outils, des formations ont été dispensées aux responsables des woredas sur l’utilisation de la liste de contrôle et des recommandations sur le genre.  La liste de contrôle a été traduite dans les langues locales – amharique et tigrinya – et distribuée aux responsables des woredas et aux unités régionales d’exécution des programmes de chaque État régional. Depuis lors, les responsables des woredas ont souligné que les recommandations et la liste de contrôle ont aidé le personnel à acquérir une compréhension commune de l’égalité entre les sexes, mais aussi l’importance d’outils harmonisés pour la formation et l’évaluation.[3] Pour le Mouvement SUN et ses pays membres, ces recommandations, la liste de contrôle et l’approche incorporant les documents de politique nationale existants et les plans de mise en œuvre relatifs au genre et à la nutrition, peuvent s’avérer des outils utiles pour ceux qui souhaitent intégrer les engagements politiques existants au niveau national (à la fois sur la nutrition et l’égalité entre les sexes) dans leurs plans de nutrition et leur déploiement au niveau infranational. Ils peuvent servir à concrétiser les engagements gouvernementaux en matière de genre dans le contexte de la planification et de la programmation de la nutrition au niveau infranational, et à faire passer les programmes de nutrition d’une approche sensible au genre à une approche transformatrice du genre, pour l’avenir que nous voulons.

À l’avenir, le fait de se référer à la liste de contrôle sur le genre lors des réunions trimestrielles d’évaluation des progrès et des sessions de planification budgétaire permettra de s’assurer que le matériel élaboré est toujours utile et continue à être utilisé. Cela est de bon augure pour la réalisation de l’objectif ambitieux de la Déclaration de Seqota : mettre fin à la dénutrition et au retard de croissance chez les enfants en Éthiopie d’ici à 2030.

En savoir plus sur les événements organisés par le Mouvement SUN à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2021


[1] Exemplars in Global Health 2020, disponible ici.
[2] Voir le document « Tracking Funding for Nutrition in Ethiopia Across Sectors » de Results for Developement ; 2017. https://r4d.org/resources/tracking-funding-nutrition-ethiopia-across-sectors/  et l’étude de cas de l’ENN « Multi-sector programmes at the sub-national level » ; 2019. https://www.ennonline.net/attachments/3226/MSP_Ethiopia_12Aug2019.pdf
[3] Nutrition International « Measuring Progress : Summary of Progress Assessments of Eight Technical Assistance Assignments from 2017-2019 by NTEAM’s TAN project » ; septembre 2020. https://nutritionintl.org/learning-resource/measuring-progress-summary-of-progress-assessments-of-eight-technical-assistance-assignments-from-2017-2019-by-nteams-tan-project/

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