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« Nous sommes résolus à instaurer une plateforme multisectorielle fonctionnelle au Lesotho pour lutter contre la malnutrition »

  |   Réseau des pays SUN

Entretien avec monsieur Tiisetso Elias

Point focal SUN au Lesotho

Pouvez-vous nous décrire la situation nutritionnelle au Lesotho ? Quelles sont les principales causes sous-jacentes de la malnutrition ?

Tiisetso Elias : Le Lesotho fait actuellement face à un problème de malnutrition qu’on qualifie souvent de « triple fardeau » de la malnutrition. Le problème le plus grave est le retard de croissance, mais nous constatons également un accroissement de l’obésité et devons faire face à des taux élevés de malnutrition aiguë.

Concernant les causes sous-jacentes, l’insécurité alimentaire est la principale cause de la malnutrition qui frappe le Lesotho. Cette insécurité découle de facteurs environnementaux et des changements climatiques qui engendrent des sécheresses longues et plus fortes, mais aussi de pratiques agricoles anciennes et inefficaces alliées à des saisons de vaches maigres chaque année. Nous nous efforçons de modifier nos méthodes de production agricole pour les adapter aux changements climatiques, et surtout pour faire face aux pénuries qui sévissent à chaque saison.

Comment le Mouvement SUN est-il structuré au Lesotho ? Comment contribue-t-il à la coordination des différentes parties prenantes dans le pays ?

Tiisetso Elias : Au Lesotho, nous n’avons pas attendu de rejoindre le Mouvement SUN pour mettre en place des structures gouvernementales. Nos structures ont toujours été très diverses et à plusieurs niveaux, un peu comme celles recommandées par le Mouvement SUN. Le principal défi est d’assurer leur bon fonctionnement sur le terrain : le gouvernement n’a jamais alloué une part importante de son budget à la nutrition et il arrive souvent qu’un ministère prenne des initiatives semblables à celles déjà prises par d’autres ministères.

Dorénavant, nous bénéficions de la présence d’un point focal SUN soutenu par le gouvernement et nous participons activement à la direction régionale de coordination de la nutrition (la FNCO). Nous disposons également d’un réseau de donateurs/des Nations Unies présidé par l’UNICEF.

Y a-t-il eu des changements ou des avancées dans la coordination de la nutrition au Lesotho depuis que le pays a rejoint le Mouvement SUN ? Pourriez-vous nous donner des exemples précis ?

Tiisetso Elias : Nous avons tenté d’instaurer les différents réseaux SUN et la plateforme multisectorielle mais nous faisons face à un manque de fonds. Néanmoins, la société civile, le secteur privé et les milieux universitaires manifestent un vif intérêt dans ce que nous faisons et nous nous engageons à ce que les réseaux soient établis d’ici 2019.

Selon vous, qu’est-ce qui vous empêche de placer la nutrition au rang des plus hautes priorités dans votre pays ?

Tiisetso Elias : L’un des principaux défis est de faire face à l’augmentation de deux types de malnutrition (la malnutrition aiguë et l’obésité) que nous avons récemment constatée. Les données provenant de la recherche ne sont pas fiables car elles sont obsolètes. Au Lesotho, la recherche dans le domaine de la malnutrition n’a pas toujours été rationnelle au fil du temps et nous devons nous fier à des résultats issus d’enquêtes démographiques et de santé qui ont lieu uniquement tous les cinq ans. Nous avons tenté de lever des fonds pour mener d’autres enquêtes (la dernière enquête sur la nutrition date d’il y a plus de 10 ans) mais jusqu’ici, sans succès. Malgré tout, nous avons remporté des victoires, notamment face aux retards de croissance : selon la dernière enquête démographique et de santé datant de 2014, les retards de croissances ont reculé car ils sont légèrement supérieurs à 32 % contre 36 % en 2009. L’autre problème est que nous ne parvenons pas à identifier les meilleures pratiques de lutte contre la malnutrition en raison du manque de recherche fondée sur des faits probants. De ce fait, il nous est impossible d’encourager le renforcement d’interventions spécifiques ayant fait leurs preuves en termes d’efficacité.

Enfin, chaque gouvernement en place a ses propres priorités et intérêts et cela influe sur la lutte contre la malnutrition. Au Lesotho, la communauté des donateurs est très restreinte (si l’on compare aux autres pays de la région) et les financements alloués à la nutrition sont minimes. Il nous faut intensifier la recherche et je suis ravie que le PAM a piloté l’étude intitulée « Le coût de la faim » car elle a permis aux décideurs de prendre conscience de l’importance de la nutrition et des conséquences de la malnutrition sur l’économie.

Quelles sont vos priorités pour 2019 ?

Tiisetso Elias : Nous avons fixé plusieurs priorités pour 2019. Nous souhaitons mettre en place les réseaux, disposer d’une plateforme multi-acteurs fonctionnelle, développer un cadre commun de résultats et renforcer le rôle de la FNCO pour améliorer la coordination avec les autres ministères, tout particulièrement le suivi et la production de rapports sur les interventions sensibles et spécifiques à la nutrition.

Pouvez-vous nous parler de ce que vous avez appris en tant que coordinateur du point focal et de la nutrition ?

Tiisetso Elias : Personnellement, j’ai constaté que les différentes parties prenantes s’intéressent de plus en plus à la lutte contre la malnutrition et prennent conscience du rôle qu’elles peuvent jouer dans ce domaine. Il nous faut également adopter une nouvelle approche de lutte contre la nutrition et passer du traitement à la prévention.

Au sein de la FNCO, nous nous sommes rendu compte que la nutrition n’est pas seulement une question de santé. En fait, tous les secteurs sont concernés, même le secteur de la finance. Nous avons également appris qu’il faut utiliser le peu de ressources dont nous disposons de manière plus efficace pour lutter contre la nutrition.

À l’avenir, quel soutien souhaiteriez-vous recevoir du Mouvement SUN et de son secrétariat ?

Tiisetso Elias : Je souhaite remercier le Mouvement SUN et son secrétariat pour tout le soutien qu’ils nous ont apporté jusqu’à maintenant. Nous avons déjà reçu la visite de haut niveau de la coordinatrice du Mouvement SUN en 2017 et avons organisé un atelier de sensibilisation SUN-REACH en février 2019. Nous souhaitons également manifester notre gratitude pour le soutien technique dont nous bénéficions par le biais du MQSUN pour les actions sur le terrain en faveur du développement du cadre commun de résultats. Nous souhaitons maintenir cet élan et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour lutter contre la malnutrition au Lesotho.

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