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Participation constructive du secteur privé

  |   Implication de plusieurs parties prenantes, SUN dans la pratique

L’État indien du Mahārāshtra a récemment commencé à examiner comment impliquer les parties prenantes du secteur privé dans ses efforts pour améliorer la nutrition.

Vandana Krishna, directeur général, Mission pour la santé et la nutrition donne un aperçu des avancées et des problèmes rencontrés…

«Le Gouvernement du Maharashtra s'est engagé politiquement à faire de la lutte contre la malnutrition infantile une priorité absolue. Nous nous félicitons des partenariats noués avec le secteur privé et la communauté pour cette noble cause»

Shri Prithviraj Chavan

Honorable ministre en chef du Maharashtra

Le Gouvernement de Mahārāshtra a mis en place une mission indépendante en 2005 avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Première du genre en Inde, cette mission s’appelle Rajmata Jijau, la Mission pour la santé maternelle et infantile (RJMCHN). L’objectif principal est de créer une plateforme pour le renforcement de la coordination intersectorielle entre les ministères et également d’apporter une expertise grâce à la participation de diverses parties prenantes.
La création de la Mission est le fruit de la visite du Citizen’s Alliance against Malnutrition (Alliance citoyenne contre la malnutrition) établie à l’échelle nationale en 2006-2007 et représentée par un groupe de parlementaires indiens jeunes et motivés appartenant à différents partis politiques ainsi que des personnalités des médias et autres personnes ayant un expertise en matière de développement.
Cette équipe de haut niveau s’est rendue dans les districts les moins développés du pays et fait des suggestions au premier ministre concernant les mesures qui s’imposent, positionnant ainsi une question urgente quoiqu’invisible sur l’échiquier politique.

Créér une plateforme multi-acteurs

Sous la direction du ministre en chef du Mahārāshtra, le RJMCHN a pris l’initiative de créer une plateforme multi-acteurs (MSP) en faisant appel à des membres du Parlement, des chefs d’entreprise et des personnalités des médias pour former l’Alliance du Mahārāshtra contre la malnutrition (MAAM). Une table ronde de consultation à laquelle ont participé de jeunes parlementaires, des chefs d’entreprise clés, des personnalités des médias, l’Unicef, les ministères et des représentants d’organisations nongouvernementales (ONG) s’est tenue en novembre 2013. C’était la première fois qu’un groupe aussi diversifié se retrouvait pour échanger des vues et s’engager à travailler ensemble dans la lutte contre la malnutrition.

La MAAM prévoit de se réunir tous les trois mois pour surveiller la situation nutritionnelle, examiner les politiques et proposer diverses pistes d’action. Elle a résolu d’améliorer la nutrition avec un programme en cinq points:

  • réduire l’anémie chez les adolescentes de moitié en 5 ans.
  • réduire l’incidence du faible poids à la naissance de moitié en assurant des soins prénatals de qualité.
  • commencer l’allaitement maternel le plus tôt possible dans l’heure qui suit la naissance et promouvoir l’allaitement maternel exclusif pendant six mois.
  • améliorer la qualité des aliments complémentaires de 6 à 24 mois de la vie.
  • fournir de la nourriture thérapeutique efficace aux les enfants souffrant de malnutrition aiguë à sévère en déployant le protocole accepté à l’échelle mondiale.

Agir ensemble pour un changement de comportement grâce à la technologie de la téléphonie mobile

Une expérience unique impliquant un partenariat tripartite entre le gouvernement (ministère de la Santé publique), le secteur privé (Riddhi Management Services Pvt. Ltd) et l’Organisation des Nations Unies (Unicef) est en train de changer la façon dont les services de santé sont fournis et suivis dans le bloc Katol au Maharashtra.

Le partenariat, impliquant 60 agents de santé, se concentre sur les quinze districts les plus touchés, et vise à garantir que chaque mère, chaque nourrisson et chaque enfant jusqu’à cinq ans est pris en charge et bénéficie des services essentiels de santé et de nutrition. Après consultation avec des sage-femmes, la société Riddhi a conçu et mis en place une technologie de téléphonie mobile appelée « Janani » (qui signifie mère).

Grâce à une combinaison de la téléphonie par Internet et un programme informatique basé sur un serveur, les agents de santé de première ligne peuvent enregistrer plus de 200 champs de données en parlant dans leurs téléphones mobiles.

Les données vocales sont enregistrées sur une carte de mémoire et le système transfère automatiquement les données sur un serveur Web quand la connexion Internet est disponible (ce qui arrive sporadiquement).

L’équipe technique de Riddhi fourni une formation intensive aux agents de santé et de soutien sur le terrain pour assurer une bonne mise en oeuvre. « Toutes les innovations sont basées sur les réalités du terrain. Tout ce qui s’est passé résulte de la demande sur le terrain et nous n’avons fait qu’exécuter des solutions suivant cette demande » a déclaré KK Pal de Riddhi Management Services Pvt.Ltd.

En plus du suivi, six vidéos en marathi (la langue locale) sur l’alimentation du nourrisson, le lavage des mains, l’utilisation de la solution de réhydratation orale en zinc pour la prise en charge de la diarrhée, et l’importance de la vaccination systématique, la technique du Breast crawl et les dix étapes pour rendre les hôpitaux plus conviviaux pour les bébés ont été téléchargées dans le téléphone.

Les vidéos les plus couramment utilisées sont celles sur l’allaitement maternel et le lavage des mains. Les mères jugent ces vidéos très éducatives et elles se révèlent cruciales pour le changement des comportements dans la communauté.

Au cours de la dernière année de mise en œuvre dans le bloc Katol, 1506 grossesses ont été enregistrées et 511 accouchements ont eu lieu. Parmi celles-ci 209 ont été identifiées comme des grossesses à haut risque et 81 enfants sont nées avec un faible poids.

Source: Renforcement du système de suivi de la mère et de l'enfant dans le Mahārāshtra. Unicef

Collaboration constructive avec plusieurs groupes de parties prenantes

Les partenariats entre les différents groupes de parties prenantes pour améliorer la nutrition se multiplient à Maharastra. L’Hôpital de Sion (l’un des hôpitaux privés de la commune de Mumbai) fait l’expérience avec des aliments thérapeutiques fabriqués localement pour le traitement des enfants de Dharavi (bidonvilles de Mumbai).atteints de malnutrition aiguë sévère L’hôpital a établi un partenariat avec l’Institut indien de technologie de Mumbai et des Indiens de la diaspora pour financer le pré mélange d’oligo-éléments: ingrédients clés des aliments thérapeutiques.

Le RJMCHN est également impliqué dans la conception de projets pilotes, dont l’un visera à tester des aliments thérapeutiques produits localement pour environ 2 000 à 4 000 enfants à Nandurbar, un district tribal de Mahārāshtra. Un autre exemple est le partenariat entre le RJMCHN et les milieux scolaires, à travers un certain nombre de collèges de travail social. Une enquête sur la nutrition a été réalisée sur 180 000 enfants, dont environ 100 de chacun des 1 980 anganwadis (crèches préscolaire) d’août à septembre 2013. Les élèves des collèges ont été mobilisés pour visiter les villages et mesures le poids, la taille et du le périmètre brachial (PB) des enfants de o à 6 ans. Le but était de vérifier et de valider les données du gouvernement recueillies par les services de développement intégré de l’enfant (ICDS)5 sur l’ampleur de la malnutrition: le faible poids, le retard de croissance et l’émaciation. Le RJMCHN travaillera avec des institutions universitaires pour analyser les données.

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Le MAAM est une MSP impliquant les parties prenantes du gouvernement et d’autres structures. Une consultation s’est récemment tenue pour étudier comment le secteur privé pourrait participer. Rajmata Jijau dirige le processus de coordination entre les différents secteurs du gouvernement et les structures chargées de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Des négociations en tête à tête ont été engagées et mettent l’accent sur le développement social comme partie intégrante de la RSE.

Le Gouvernement indien a présenté « La Loi sur les entreprises » en septembre 2013 et celle-ci comprend une nouvelle disposition sur la RSE. Elle stipule que toute entreprise réalisant des bénéfices au-delà d’un certain montant, durant chaque exercice, doit allouer au moins 2% desdits bénéfices à la RSE de préférence dans la Région où elle opère. La loi prévoit 10 activités que les entreprises peuvent inclure dans leur politique de RSE et la première consiste à aider à éradiquer la faim et de la pauvreté. L’Inde est le premier pays au monde à imposer la RSE dans le cadre d’une loi.

Un autre objectif est de renforcer les partenariats avec les médias car elles maîtrisent bien la communication aux fins de changement de comportement.

Une campagne de publicité importante a déjà été lancée et elle a fait appel à un célèbre acteur de cinéma, Aamir Khan, en collaboration avec l’Unicef. Des vidéos sur les comportements importants sont doublées en langues locales et dialectes pour atteindre un public plus large.

Travailler ensemble pour le renforcement de la nutrition en vue d’un résultat commun

Les plateformes multi-acteurs ont émergé, même au niveau communautaire, à Mahārāshtra au cours des deux ou trois dernières années, comme le témoignent le nombre d’initiatives dans certains districts où la participation de la communauté a contribué à obtenir beaucoup de succès. Les représentants élus de panchayats (assemblées des collectivités locales) et les donateurs se sont réunis pour contribuer à la lutte contre la malnutrition en faisant un don de céréales et également en aidant à renforcer l’infrastructure dans les anganwadis (centres de nutrition ou crèches) des villages. Il existe de nombreux exemples de ce genre de « meilleures pratiques » communautaires.

Défis de la collaboration avec les parties prenantes du secteur privé

Défis de la collaboration avec les parties prenantes du secteur privéIl y a un certain nombre de défis à relever pour collaborer avec des groupes de parties prenantes d’horizons divers. Les avis peuvent diverger sur les interventions préférées. Les ministres peuvent préférer les investissements axés sur les infrastructures, tandis que les entreprises peuvent avoir des idées différentes. Les projets standardisés sont rarement efficaces dans la pratique et il est important d’adapter les interventions pour chaque organisation.

Les retards dans la prise de décision et dans la finalisation des protocoles d’entente (PE) peuvent se produire. Les entreprises peuvent préférer travailler sans protocoles d’entente ou sans signer des accords formels. Bien que cela semble être l’option la plus rapide et plus facile, certaines entreprises préfèrent signer des protocoles d’entente avant d’engager des ressources. Il y a souvent des retards dans la finalisation des documents de travail, et l’intérêt de certaines entreprises s’émousse et elles se désistent.

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L’absence de directives claires sur la politique gouvernementale en matière de partenariats peut créer la confusion du moment où on ignore à qui il incombe de signer les protocoles d’entente, entre les autorités au niveau de l’Etat ou du district. Les autorités de district ou du sous-district peuvent ne pas être disposées à prendre des décisions ou à conclure des partenariats en l’absence de lignes directrices claires, occasionnant ainsi de nombreuses pertes d’opportunités. Le RJMCHN plaide actuellement pour une politique gouvernementale claire à cet égard. Les entreprises peuvent manquer de visibilité et de vision.

  • Doivent-elles s’engager dans le domaine de la nutrition même s’il ne s’agit pas de leur domaine de compétence?
  • Doivent-elles externaliser les activités de responsabilité sociale des entreprises (RSE) aux ONG, ou s’impliquer davantage dans la mise en œuvre?
  • Doivent-elles investir des ressources importantes dans un climat politique incertain?
  • Doivent-elles travailler avec le gouvernement ou indépendamment?
  • Doivent-elles commencer par de petits projets pilotes dans quelques villages, lesquels sont rarement mis à l’échelle?
  • Doivent-elles se concentrer à montrer des résultats dans une petite zone grâce à des efforts intensifs et qualitatifs, même si ces efforts ne peuvent pas être mis à l’échelle?

Il est difficile de concevoir des projets viables et durables. Les entreprises veulent entreprendre des projets qui peuvent se poursuivre dans le cadre des mécanismes ordinaires du gouvernement (ou des ONG), même lorsque la phase pilote est achevée. Les efforts du RJMCHN visent à garantir que les interventions soient conçues de manière à ce que les projets puissent être intégrés dans les programmes gouvernementaux de grande envergure.

L’absence de consensus sur l’utilisation d’aliments thérapeutiques pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère demeure un problème. De nombreux États comme le Jharkhand et le Mahārāshtra souhaitent développer et utiliser des aliments thérapeutiques ou « spéciaux ». Le ministre en chef du Mahārāshtra a déclaré que l’État fournira des aliments thérapeutiques susceptibles d’être produits dans de petites unités locales conformément au protocole international.

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Travailler ensemble pour renforcer la nutrition dans un but commun

Malgré les difficultés, la Rajmata Jijau et ses différents partenaires contribuent à l’amélioration de l’état nutritionnel. Une enquête nutritionnelle récente menée par l’Institut indien de technologie de Mumbai en 2012 a montré une nette réduction du taux de retard de croissance, d’émaciation et de faible poids chez les enfants de moins de deux ans au cours des six à sept dernières années.

Principaux enseignements

  • Le fait de réunir diverses parties prenantes accroît le nombre de personnes parlant de la nutrition, et augmente la visibilité et l’importance de la nutrition. Î Les médias jouent un rôle essentiel pour stimuler le débat public qui peut influencer les politiques et la prise de décision.
  • Les partenaires en dehors du gouvernement persuadent parfois plus efficacement les partis politiques d’intégrer la nutrition dans leur programme politique que les parties prenantes isses du douvernement.
  • La participation d’un large groupe de parties prenantes, notamment du secteur privé peut donner l’occasion d’augmenter les ressources pour la nutrition.
  • Il existe des défis pratiques et éthiques à travailler avec le secteur privé, qui doivent être pris en compte.

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