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Pourquoi c’est maintenant qu’il faut investir dans la nutrition pour transformer nos systèmes alimentaires

  |   Secrétariat et Groupe principal du Mouvement SUN

Nous devons investir dans la nutrition car c’est le moyen le plus efficace de transformer nos systèmes alimentaires pour le bien-être des populations et la préservation de la planète. Nous sommes tous responsables de ce changement alors agissons, et ce dès maintenant.

Gerda Verburg en visite à Madagascar,

Voici le message sur la nutrition que tous ceux qui ont participé au EAT Food Forum (qui s’est déroulé du 11 au 14 juin de cette année) doivent garder en tête : comment puis-je changer les régimes alimentaires, contribuer à une alimentation durable et à une transformation des systèmes alimentaires ?

En tant que sous-secrétaire générale des Nations Unies et coordinatrice du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Mouvement SUN) , je me suis rendue dans de nombreux pays pour attirer l’attention sur les défis de santé et de nutrition critiques aux niveaux national et mondial. Les 61 pays et les quatre États indiens membres du Mouvement SUN font face à des défis multiples qui entravent leurs efforts pour fournir une alimentation nutritive, abordable et accessible. La croissance démographique continue et le changement climatique leur imposent des contraintes sans cesse grandissantes.

À l’heure actuelle, 88 % des pays du monde font face à deux voire trois formes de malnutrition, tandis que près de la moitié des pays SUN sont confrontés au « fardeau multiple » de la malnutrition. Des régimes alimentaires insuffisants et malsains entraînent des taux élevés et persistants de retards de croissance, d’émaciation et de carences en micronutriments, associés à une augmentation alarmante du surpoids, de l’obésité et des maladies non transmissibles dues à une mauvaise alimentation.

Le rapport EAT-Lancet Commission on Food, Planet, Health lancé au début de cette année fournit des éléments de base solides et nuancés sur lesquels s’appuyer pour faire face aux problèmes les plus pressants. Il lance un appel urgent au changement à l’échelle mondiale, tout en proposant des mesures à prendre au niveau national.

« Lors de ma récente visite au Costa Rica, j’ai pu constater à quel point les recommandations de l’EAT-Lancet peuvent être utiles pour amorcer et mener à bien des changements de système alimentaire à l’échelle d’un pays. J’ai constaté qu’avec la volonté politique, les changements sont possibles et peuvent se concrétiser rapidement et efficacement, et qu’en adoptant la bonne approche multisectorielle, il est possible de « nourrir le monde de manière durable tout en préservant la planète ». Sur place, j’ai goûté des mets locaux tels que des chorreadas (crêpes du Costa Rica), du gallo pinto (coq tacheté) et du ceviche, et en me promenant au marché central de San José, j’ai vu comment des entrepreneurs et la société civile travaillent ensemble pour construire un monde plus inclusif, plus durable et un système alimentaire sain, soucieux de préserver les traditions culinaires et la diversité des régimes alimentaires du Costa Rica.

Au Costa Rica, un pays membre du Mouvement SUN depuis 2014, le gouvernement a adopté une approche pour nourrir sa population tout en préservant l’environnement. Avec l’appui de la société civile et du secteur privé, il plaide pour des systèmes alimentaires centrés sur la santé, les communautés et la diversité, en insistant sur l’idée que les systèmes alimentaires (la production, la préparation et la consommation) peuvent engendrer un changement positif pour les populations et les communautés. Le gouvernement s’est engagé à lutter contre les problèmes de surpoids et d’obésité chez les enfants et les jeunes adultes par le biais d’une approche de partenariat multisectoriel et axée sur les résultats, réunissant des acteurs sociaux de divers secteurs comme la santé, l’éducation, l’agriculture, la protection sociale, l’environnement, la culture, le tourisme, l’investissement et le sport.

L’exemple du Costa Rica illustre bien comment à tous les niveaux de gouvernement (local, régional et national), il est essentiel de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur alimentaire et de changer de modèle en faveur d’une production agricole qui ne se contente pas de contribuer à l’économie, mais qui permette aussi aux populations de rester en bonne santé et de préserver la planète. La complexité des systèmes de production alimentaire actuels signifie que tout le monde a un rôle à jouer, du secteur privé aux petits exploitants agricoles, en passant par les vendeurs ambulants, les producteurs de denrées alimentaires, les consommateurs et le gouvernement. Tous doivent s’impliquer : le secteur public peut créer un environnement propice et inciter les populations à vendre et consommer des aliments sains. La société civile et des consommateurs bien informés peuvent encourager la demande et l’approvisionnement d’aliments sains, et le  secteur privé doit agir et s’engager en faveur d’une amélioration de la nutrition.

À l’échelle mondiale, les membres du Mouvement SUN, dont l’IFPRI, appellent tout le monde à saisir cette opportunité de révolutionner les systèmes alimentaires. La nouvelle publication de l’IFPRI-CABI intitulé « Agriculture for Improved Nutrition: Seizing the Momentum » (L’agriculture pour une meilleure nutrition : prendre part au changement) insiste sur le fait que ce ne sont que les prémices de l’exploitation d’un vaste potentiel de l’agriculture visant à améliorer la nutrition et je suis tout à fait d’accord : nous devons élargir notre vision de la façon dont l’agriculture peut améliorer la nutrition de tous. De même, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a identifié 10 moyens clés d’améliorer la nutrition grâce à l’agriculture et aux systèmes alimentaires. Elle nous invite à enrichir les discussions sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans un contexte de systèmes alimentaires. En investissant dans la nutrition et en s’assurant qu’elle est l’élément central de la production agricole, nous pouvons transformer nos systèmes alimentaires.

En œuvrant en faveur d’un système alimentaire durable et sensible à la nutrition, nous devons garantir l’accès et la consommation d’aliments sains tout en mobilisant tous les instruments de lutte contre les causes de la malnutrition (couverture sanitaire universelle, accès à l’eau potable).

Les pays SUN, grâce au leadership de leurs gouvernements, peuvent stimuler ce changement de modèle. Avec la volonté et le leadership politiques, ils peuvent passer d’une approche sectorielle de sécurité nutritionnelle et alimentaire traditionnelle à une approche plus solide multiacteurs et multisectorielle englobant tous les composants des systèmes alimentaires et permettant d’améliorer leur capacité à offrir des régimes alimentaires sains à toute leur population, l’objectif final étant de protéger les populations et de préserver la planète. De ce point de vue, le Mouvement SUN mise totalement sur les systèmes alimentaires. Un changement transformationnel est possible en impliquant des acteurs responsables, organisés et engagés souhaitant agir ensemble et centrant leurs efforts sur les résultats.

Mes appels à l’action

Je lance donc deux appels à l’action : d’une part, la nutrition est un investissement intelligent car une bonne nutrition est synonyme d’intelligence, et d’autre part, il est temps de prendre des mesures audacieuses et ambitieuses, dès aujourd’huiLa nutrition est un enjeu essentiel qui doit être entièrement intégré à tous les secteurs si l’on souhaite réaliser les 17 Objectifs de développement durable (ODD) et le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Les gouvernements se doivent, avec l’aide de la société civile, du secteur privé, des universités, des donateurs et du système des Nations Unies, de s’assurer que ce changement ait réellement lieu.

J’invite donc tout un chacun à se poser la question suivante : comment puis-je contribuer, par le biais de mon organisation, de mon pays, de ma communauté ou de ma famille, à une amélioration de la nutrition ?

Je vais, pour ma part, continuer de promouvoir l’approche du Mouvement SUN, en encourageant les pays à adopter une approche multiacteurs et multisectorielle visant à créer un changement structurel et durable en matière de nutrition. Je vais encourager les décideurs à investir dans les personnes. Investir dans la nutrition est une démarche judicieuse au rendement sans commune mesure car cela permet d’améliorer la santé, l’éducation, la productivité, les revenus et la stabilité, pour un avenir prospère pour tous.

Gerda Verburg est sous-secrétaire générale des Nations Unies et coordinatrice du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Mouvement SUN).

Cet article a initialement été publié par l’IFPRI ici dans le cadre d’une série de publications d’invités, des personnes influentes du secteur du développement mondial sur le thème de la durabilité à long terme et de la croissance tenant compte de l’éradication de la faim, de la pauvreté et de la malnutrition.

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