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Promouvoir l’appropriation de l’information nutritionnelle

  |   SUN dans la pratique, Systèmes d’information pour la nutrition

Madagascar met en place un système multisectoriel et multi-acteurs d’information nutritionnelle.

Jean Francois, Coordonnateur national, Bureau national de la nutrition et point focal SUN et Ralambomahay Lova, chef de partenariat pour le développement et Nutrition Watch, Bureau national de la nutrition décrivent les progrès réalisés jusqu’ici…

Malgré la crise politique qui a frappé Madagascar depuis janvier 2009, le gouvernement s’est engagé à favoriser les progrès an matière de renforcement de la nutrition grâce à une approche multi-sectorielle forte. Placé sous la supervision du premier ministre, le Conseil national de la nutrition (CNN) regroupe les représentants d’un nombre varié de secteurs et les parties prenantes. Le CNN assure la mise en œuvre de la politique nationale de nutrition (PNN) et du plan d’action national pour la nutrition (PNAN II).

Plusieurs niveaux de gestion de l’information

Un système de suivi et évaluation (S & E) a été créé à Madagascar par décret no 2013-847 du gouvernement signé en décembre 2013. L’objectif principal est de rendre opérationnel un système multi-sectoriel coordonné de suivi de l’information grâce à l’engagement responsable de toutes les parties prenantes. Les bureaux régionaux de nutrition ont été établis avec des groupes de S & E qui fournissent une base de données de qualité, fiables et accessibles à tous les partenaires concernés : institutions nationales, secteur privé, partenaires de développement, collectivités et organismes régionaux décentralisés. Les groupes régionaux de S & E sont chargés de rassembler, d’analyser et de diffuser des données, ainsi que de formuler des recommandations pour des interventions axées sur les résultats.
Actuellement, le système d’information pour la nutrition à Madagascar est organisé à cinq niveaux:

1. Stratégique au niveau du premier ministre, des ministères sectoriels et des donateurs
2. Tactique au niveau des directions ministérielles nationales
3. OPÉRATIONNEL travaillant dans les régions2 couvrant les directions régionales des ministères sectoriels décentralisés situées dans la principale ville de chaque région
4. Intermédiaire dans les systèmes de santé3, d’éducation et d’agriculture au niveau des districts
5. Local dans les communautés et les quartiers (« Fokontany »)

Objet du système de S & E à Madagascar

Le système d’information a pour but d’intégrer les données provenant de diverses sources pour:

1. Faciliter la collecte de données sur la nutrition
2. Faciliter le suivi des progrès dans la lutte contre la malnutrition
3. Renforcer les mécanismes de responsabilité mutuelle entre les parties prenantes, la responsabilité vis-à-vis de l’État, des donateurs et, surtout, des citoyens
4. Promouvoir la transparence dans les investissements pour la nutrition.

Systèmes de collecte de données et sources d’information

Il existe plusieurs systèmes d’information qui collectent des données liées à la nutrition à Madagascar. Les ministères sectoriels, les organisations de la société civile, le secteur privé, le système des Nations Unies (ONU) et les donateurs ont chacun leurs propres systèmes d’information. Parfois, ces systèmes créent des doubles emplois quand ils collectent des données à partir des mêmes sources, ce qui constitue un gaspillage de ressources. Dans le même temps, les données sont encore insuffisantes. Les données sont collectées par les systèmes suivants:

L’Institut national des statistiques qui effectue l’enquête démographique et de santé, l’enquête permanente auprès des ménages, l’enquête à indicateurs multiple en grappes et les enquêtes anthropométriques.

Le système national de suivi et évaluation intégré qui mesure la pauvreté par l’intégration d’une série d’indicateurs de la pauvreté. Il est validé et reconnu par le gouvernement comme un système de suivi de la mise en œuvre du PNAN II.

Le système national d’alerte rapide, sous la coordination du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes avec le soutien des agences de l’ONU est un système qui recueille des renseignements sur le nombre de personnes vulnérables, la sécurité et les prix des aliments, et la dégradation des infrastructures lors de catastrophes telles que les ouragans, la sécheresse et les incendies. L’information est recueillie pendant les périodes d’urgence pour permettre aux décideurs de prendre des décisions en temps opportun. Il ne fonctionne pas actuellement.

Le système de cartographie de l’information sur l’insécurité alimentaire et la vulnérabilité a été créé pour fournir des informations sur les populations et les zones touchées par, ou à risque d’insécurité alimentaire par le Ministère de l’Agriculture et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture.

La surveillance de routine dont les données sont recueillies par des organismes qui appliquent le PNAN II. Il s’agit des agences techniques (ministères de la Santé, de l’Agriculture et de l’Education entre autres), les partenaires techniques et financiers (agences des Nations Unies ainsi que les donateurs, notamment le Gouvernement des États-Unis, l’Union européenne et le Gouvernement japonais), les organisations non-gouvernementales (ONG) et d’autres parties prenantes. Ces données sont utiles pour comprendre la situation et les tendances de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les données pertinentes qui sont régulièrement collectées sont intégrées dans le système de suivi et d’évaluation nationale intégrée.

Les enquêtes nutritionnelles rapides sont menées par le CNN et les ministères sectoriels avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour l’enfance et d’autres organismes.

Le système national de surveillance de l’alimentation et de la nutrition collecte et analyse des données sur la nutrition et l’alimentation à travers les services statistiques des différents ministères. D’autres sources de données sont disponibles, notamment:

  • Les rapports des comités ad hoc, notamment du Groupe nutrition4 (Cluster Nutrition) qui est activé en cas d’urgence
  • Les études des centres de recherche et des universités

Les données sont ventilées par âge, par sexe, par groupe de revenu et par zone géographique.

Mécanismes d’établissement des rapports et d’échange d’informations

Le système d’établissement des rapports sur la nutrition reflète les structures décentralisées. Les données sont collectées et consolidées aux niveaux régional et des districts avant d’être transférées au niveau national. Les sessions de partage des informations sont tenues périodiquement tout au long de l’année pour validation des données par les parties prenantes avant que l’information, y compris les rapports annuels et intermédiaires, ne soit transmise aux décideurs et aux donateurs.

Le groupe national de S & E est multisectoriel et comprend des spécialistes du S & E, les organisations partenaires et les parties prenantes à la lutte contre la malnutrition (ministères, société civile, ONG, secteur privé). Ces spécialistes se réunissent pour fournir une plate-forme technique et veiller à ce qu’une approche participative soit appliquée au partage de l’information sur la nutrition. Le CNN constitue un secrétariat permanent pour ce groupe. En plus de coordonner la compilation et l’analyse des données sur l’impact de la nutrition et sa couverture, le CNN a mis en place un système d’information géographique qui identifie les groupes de parties prenantes et les interventions à tous les niveaux pour donner un aperçu de la mise en œuvre des interventions en matière de nutrition. Les rapports produits à chaque niveau sont accessibles et disponibles, mais leur conservation dans le temps est un problème en raison de l’absence d’un système d’archivage.

Le groupe régional de S & E, présidé par le Bureau régional de la nutrition est composé de représentants régionaux des ministères et des services techniques ainsi que des agences d’exécution impliquées dans le secteur de la nutrition, en particulier celles qui sont responsables de projets et programmes, le secteur privé, les agences de développement, les communautés et les entités régionales décentralisées.

Le groupe régional de S & E est responsable de:

  • la collecte, l’analyse, la validation et la diffusion des données nutritionnelles au niveau régional avant la transmission au niveau national
  • la formation du personnel au niveau régional, du district et de la communauté à la collecte, à l’utilisation et à l’analyse des données. Ces acteurs doivent être capables d’analyser les données et de prendre les mesures appropriées
  • de superviser les programmes de nutrition tous les trimestres ou tous les semestres ou à la demande du bureau régional de la nutrition, et de les évaluer chaque année.

Répondre aux situations d’urgence

Madagascar est une île qui, chaque année, est frappée par des catastrophes naturelles telles que les cyclones et les inondations. En outre, il y a des périodes de sécheresse et les infestations de ravageurs qui affectent les régions de l’île. Les informations liées à la nutrition sont transmises au gouvernement pour déclencher une réponse appropriée lorsque des catastrophes surviennent. Elles indiquent:

  • Le nombre d’enfants atteints d’insuffisance pondérale à partir de données recueillies dans les sites communautaires de surveillance et de promotion de la croissance
  • Le nombre d’enfants atteints d’émaciation, sur la base des données sur le périmètre brachial, recueillies dans les sites communautaires de surveillance et de promotion de croissance et les centres de santé
  • Le nombre d’enfants touchés par la diarrhée enregistré dans les centres de santé
  • Le nombre d’enfants touchés par les infections respiratoires aiguës enregistrés dans les centres de santé
  • Les informations du système d’alerte rapide concernant:
    • Les déplacements massifs de la population et de leur bétail
    • La vente d’ustensiles de cuisine et des bijoux dans les rues.
    • La fluctuation des prix des denrées alimentaires et des produits de base sur le marché

Sur la base de l’analyse de l’information et lorsque les seuils d’intervention sont atteints, le gouvernement, de concert avec les donateurs et d’autres partenaires, lance un appel humanitaire pour mobiliser les donateurs. Une réponse humanitaire multisectorielle comprend la distribution alimentaire, les interventions liées à l’eau et l’assainissement, les interventions en matière de santé et d’éducation et la préparation des projets de développement.

Points forts du système de suivi-évaluation

L’existence du système d’information nutritionnelle multisectoriel coordonné est un atout pour Madagascar. En raison de la façon dont la nutrition a été institu-tionnalisée, la communication des données se fait à travers les cinq niveaux des structures décentralisées. Des groupes ont été mis en place à différents niveaux pour renforcer le système. Les systèmes d’information sont effectifs dans tous les secteurs et l’information sectorielle est envoyée au niveau national par l’intermédiaire du bureau régional de la nutrition. Le système a une bonne couverture à la fois géographiquement et en termes d’équité (sexe, niveau de revenu, niveau d’éducation, etc.) Les données recueillies sont largement analysées et utilisées par plusieurs acteurs travaillant dans le domaine de la nutrition. De plus, un système informatique a été introduit pour Faciliter la transmission des données entre les différents niveaux.

Défis à relever par le système de suivi-évaluation

Alors que le décret gouvernemental n°2013-847 définit le cadre, le système d’information nutritionnelle n’est pas encore pleinement opérationnel en matière de coordination de l’ensemble des secteurs et des partenaires. Il existe un certain nombre de défis à relever. Un défi majeur consiste à garantir l’utilisation efficace des informations recueillies à partir des systèmes existants. Il existe certes des systèmes d’information parallèles, mais jusqu’à présent aucun mécanisme n’est mis sur pied pour harmoniser les données et assurer le contrôle de la qualité.

Certaines informations, telles que les données de la nutrition de routine recueillies par le système de surveillance de la croissance dans les postes de santé communautaire sont difficiles à interpréter, car elles peuvent être incomplètes et arriver en retard.

Le CNN est tributaire de la collecte d’informations à partir des systèmes des différentes parties prenantes. Cela peut retarder les rapports et créer des difficultés de coordination exacerbées par l’inégalité des moyens logistiques et financiers entre les partenaires. En outre, la diffusion des résultats est limitée à des rapports et des réunions de coordination et il n’existe aucun mécanisme formel pour le partage de données entre les différents acteurs.

Conclusions

Un système de S & E idéal pour Madgascar est présenté ci-dessous. Il montre que, à chaque niveau géographique, il existe un échange de données entre l’entité responsable de la coordination et les différents prestataires de services, qu’ils soient publics ou privés. La collecte et l’analyse des données est effectuée à tous les niveaux pour aider les parties prenantes à prendre des décisions. Sa mise en œuvre nécessite la mobilisation de tous les acteurs. La création d’une plate-forme multisectorielle de S & E au niveau national sous la forme du groupe national de S & E aide à surmonter les obstacles institutionnels et à centraliser toutes les informations sur la nutrition.

La plate-forme nationale doit idéalement inclure tous les départements ministériels, les représentants des différents programmes, les agences du système des Nations Unies, les donateurs, les organisations de la société civile et le secteur privé. Cela aiderait à résoudre les conflits, promouvoir l’harmonisation des méthodes et assurer des normes élevées de qualité entre tous les producteurs de données. Les ressources humaines doivent être renforcées – en nombre et en diversité – pour que la plate-forme fonctionne de manière optimale.

En outre le renforcement des groupes régionaux de S & E est nécessaire pour fournir des ressources financières suffisantes et des logiciels afin qu’ils puissent collecter, rassembler et analyser des données et préparer des rapports en temps opportun pour l’utilisation de toutes les parties prenantes aux niveaux du district, régional et national.

Le succès du système d’information nutritionnelle de Madagascar est basé sur l’appropriation du système à tous les niveaux – central au local – et par toutes les parties prenantes. Le système a été mis au point sous la direction du CNN et de manière participative. Le lancement du système vise à assurer une plus grande synergie entre les intervenants et une meilleure harmonisation des activités.

Principaux enseignements

  • La coordination de la collecte des données est primordiale. Les systèmes de collecte de données non coordonnés qui s’appuient sur les mêmes sources constituent non seulement un gaspillage de ressources, mais contribuent à la surcharge, à la mauvaise qualité, aux lacunes, aux erreurs d’interprétation et aux retards dans l’analyse des données.

     

  • Certains systèmes d’information peuvent nécessiter une fusion pour assurer l’harmonisation et l’utilité des données.

     

  • Le succès du système d’information nutritionnelle de Madagascar est basé sur l’appropriation du système à tous les niveaux – central au local – et par toutes les parties prenantes. Cependant, il doit à présent être soutenu par une capacité accrue.

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