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Rapport IFPRI 2020 sur les politiques alimentaires mondiales

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La propagation rapide du COVID-19 et les efforts déployés pour le contenir suscitent des préoccupations croissantes quant à l’aggravation de l’insécurité alimentaire, de la malnutrition et de la pauvreté, en particulier chez les populations marginalisées du monde en développement. Pour mettre en place des systèmes alimentaires plus résilients, intelligents face au climat et plus sains qui aident les populations à résister à ce type de chocs, les décideurs politiques doivent s’attacher en priorité à les rendre inclusifs, selon le  Rapport 2020 sur les politiques alimentaires mondiales publié aujourd’hui par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI).

« Les systèmes alimentaires offrent des possibilités d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, de générer des revenus et de favoriser une croissance économique inclusive, mais même en période de prospérité, trop de personnes sont empêchées d’y participer pleinement et de profiter de ces avantages », a déclaré  Johan Swinnen, directeur général de l’IFPRI. « En temps de crise comme aujourd’hui, l’inclusion est un impératif encore plus grand pour protéger les plus vulnérables. »

Le rapport  souligne le rôle central que jouent les systèmes alimentaires inclusifs dans la réalisation des objectifs mondiaux visant à mettre fin à la pauvreté, à la faim et à la malnutrition, et formule des recommandations pour rendre les systèmes alimentaires plus inclusifs pour quatre groupes marginalisés – les petits exploitants, les femmes, les jeunes et les populations en situation de conflit – ainsi qu’une analyse sur la transformation du système alimentaire national.

Plus de 60 % des habitants des pays à faible revenu travaillent dans le secteur de l’agriculture et les petits exploitants représentent plus de 70 % des unités agricoles en Afrique subsaharienne et 85 % des exploitations en Asie du Sud. L’expansion rapide des marchés alimentaires en Afrique et en Asie offre un potentiel énorme pour bon nombre de ces petits exploitants, qui pourraient en tirer profit s’ils augmentaient leur production agricole ou s’ils se lançaient eux-mêmes dans la distribution et la transformation des denrées alimentaires et dans d’autres maillons de la chaîne d’approvisionnement qui devraient offrir à terme de nombreuses possibilités d’emplois bien rémunérés.

Actuellement, de nombreux petits exploitants ne disposent pas des moyens et du type de soutien nécessaires pour tirer parti de la demande croissante de denrées alimentaires. « Pour lancer et soutenir un processus de transformation inclusif, il faut soutenir l’accès des petits exploitants au marché en investissant dans les infrastructures de base, en créant des incitations commerciales et en promouvant des modèles agroindustriels inclusifs. Mais il est tout aussi important d’investir dans les intermédiaires cachés des chaînes d’approvisionnement, où des millions de petites et moyennes entreprises travaillent déjà dans la transformation, le stockage, la logistique et la distribution des denrées alimentaires. Gérer correctement cet aspect sera essentiel pour sortir les petits exploitants de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire », a déclaré  Rob Vos , directeur de la division Marchés, commerce et institutions de l’IFPRI.

Les femmes apportent déjà des contributions importantes à tous les niveaux des systèmes alimentaires, mais ces contributions ne sont souvent pas officiellement reconnues, et les femmes sont souvent confrontées à des contraintes qui les empêchent de participer à ces marchés dans des conditions équitables. L’accroissement du pouvoir de décision des femmes et de leur contrôle sur les ressources et les biens tels que le crédit, la terre et la formation les aide à contribuer aux systèmes alimentaires d’une manière qui profite à la fois aux hommes et aux femmes. « L’autonomisation des femmes peut susciter toutes sortes d’améliorations qui se répercutent souvent sur les ménages et les sociétés – de la productivité agricole à la sécurité alimentaire et à la qualité du régime alimentaire des ménages, en passant par la nutrition maternelle et infantile », a déclaré  Hazel Malapit, Coordinatrice principale de la recherche à l’IFPRI.

En Afrique subsaharienne, les jeunes devraient jouer un rôle croissant dans les systèmes alimentaires, mais leur rôle en tant que moteurs de la croissance est souvent mal compris. Les projections montrent que l’Afrique subsaharienne va voir sa population en âge de travailler s’accroître de 30 millions de personnes par an d’ici 2050, et une grande partie de cette croissance se fera dans les zones rurales. « Les zones rurales d’Afrique devront jouer un rôle majeur en offrant des opportunités d’emploi aux jeunes, mais en privilégiant une croissance rurale généralisée visant à créer des environnements économiques prospères pour les entreprises du système alimentaire, on soutiendrait sans doute plus efficacement ces populations de jeunes en pleine expansion que des politiques étroitement axées sur les jeunes », a déclaré  James Thurlow, chercheur principal à l’IFPRI.

L’instabilité politique et les conflits ont été des facteurs déterminants de la récente augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde, plus de la moitié des personnes sous-alimentées vivant dans des pays touchés par des conflits. « L’intégration des personnes en situation de conflit dans les systèmes alimentaires – que ce soit dans leur région d’origine ou dans les régions où elles ont fui – peut considérablement les aider à reconstruire leur vie », a déclaré M. Vos. En donnant aux réfugiés de longue date l’accès à la terre et aux moyens de se constituer des moyens de subsistance sûrs, on peut soutenir leur propre sécurité alimentaire tout en contribuant aux économies locales. La reconstruction de l’agriculture locale et des chaînes de valeur alimentaires pour les populations touchées par les conflits renforcera leur résilience, réduisant ainsi le risque de nouveaux conflits et posant les bases d’une paix durable.

Dans l’ensemble du monde en développement, les systèmes alimentaires nationaux connaissent déjà une transformation rapide, ce qui génère des difficultés et des opportunités pour les rendre plus accessibles à tous ces groupes. Des études de cas de ces transformations au Bangladesh, en Éthiopie, au Nigeria et au Vietnam fournissent des exemples utiles des facteurs et des composantes du changement, ainsi que des points d’entrée prometteurs pour les actions susceptibles d’accroître l’inclusion. « Les approches de la transformation des systèmes alimentaires doivent être spécifiques à chaque pays, car le système alimentaire de chaque pays est unique », a déclaré  John McDermott, directeur du programme de recherche du CGIAR sur l’agriculture pour la nutrition et la santé.

Les gouvernements peuvent favoriser ces systèmes alimentaires inclusifs en promulguant des lois, des politiques et des réglementations qui fournissent des infrastructures de base, créent des incitations commerciales adaptées, font la promotion des modèles agroindustriels inclusifs et exploitent le potentiel de la technologie numérique. En outre, les investissements dans le capital humain dans des domaines tels que la reconnaissance des droits fonciers, l’amélioration de l’accès à l’information et le renforcement des protections sociales peuvent réduire les obstacles à la participation auxquels sont confrontés les groupes marginalisés.

« La propagation du COVID-19 a mis en évidence la vulnérabilité de chacun d’entre nous aux chocs mondiaux », a déclaré Johan Swinnen. « Une plus grande inclusion dans les systèmes alimentaires n’est pas une panacée pour cette crise ou toute autre, mais c’est un élément essentiel pour renforcer notre résilience. Les périodes de crise offrent également des opportunités de changement et il est essentiel que nous agissions maintenant pour que chacun, en particulier les plus vulnérables, puisse se remettre du choc du COVID-19 et être prêt à résister aux chocs futurs. ».

En savoir plus

Lire le rapport ici – ANGLAIS

• Rapport 2020 sur les politiques alimentaires mondiales – site web de l’IFPRI

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