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Réalisation d’une cartographie des acteurs et des actions dans le domaine de la nutrition au Pérou avec le soutien du Réseau des Nations Unies

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN, Réseau des pays SUN

* Article publié initialement par le Réseau des Nations Unies


Photo : PAM Pérou/David Davila

Le Pérou est le premier pays d’Amérique latine à réaliser une Cartographie des acteurs et des actions dans le domaine de la nutrition, l’un des exercices d’analyse du Réseau des Nations Unies conçu pour aider les pays à renforcer la nutrition et sa multisectorialité. Cet outil donne aux acteurs une image complète de qui fait quoi, où et comment, en illustrant la couverture géographique et démographique. L’exercice de cartographie vise à mobiliser une série d’acteurs (dont le gouvernement, les agences des Nations Unies, la société civile, les universités et le secteur privé), en produisant des données qualitatives et quantitatives sur les « actions clés en matière de nutrition » qui sont mises en œuvre par des secteurs tels que la santé, l’alimentation, l’éducation et les systèmes de protection sociale.

« Pour moi, l’exercice [de cartographie des acteurs] a été comme un puzzle : chaque fois que nous pensions avoir toutes les pièces, nous en trouvions une autre, puis une autre… », explique Emilia Villanueva, consultante du Programme alimentaire mondial (PAM) au Pérou. « Je pensais que ce serait un puzzle à une seule face, mais nous avons découvert que c’était plutôt un Rubik cube aux nombreuses faces. »

Incitation à la cartographie

Le Pérou fait partie du Mouvement SUN depuis 2010. Le pays compte environ 32 millions d’habitants et est divisé en 25 régions, elles-mêmes divisées en provinces et en districts. Le Pérou est actuellement classé parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur et a réalisé des progrès impressionnants dans la lutte contre la malnutrition, caractérisés par une baisse de la prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans, qui est passée de 31,3 % en 2001 à 12,9 % en 2017 (la prévalence de l’émaciation est de 0,5 %). [1] Les taux nationaux de retard de croissance masquent toutefois certaines disparités géographiques, trois régions affichant une prévalence de 31 %. [2] De plus, la surcharge pondérale et l’obésité atteignent 32 % chez les enfants âgés entre 5 ans et 9 ans.

La population adulte du pays est également confrontée à un problème de malnutrition : 24,2 % des femmes et 15,2 % des hommes sont obèses. [1] Une étude récente a montré qu’une moyenne nationale de 37,2 % des personnes de moins de 15 ans souffrent d’obésité, d’hypertension ou de diabète. Ce pourcentage est plus élevé dans les populations urbaines (39,6 %, s’élevant même à 43 % à Lima) que dans les populations rurales (27,5 %).

L’anémie représente également un grave problème au Pérou, notamment chez les enfants âgés entre 6 mois et 35 mois, avec une prévalence au niveau national de plus de 40 % et de près de 70 % à Puno, région enregistrant la prévalence la plus élevée. Les femmes en âge de procréer présentent un taux d’anémie de 18,5 %.

Catalyseur pour mener des actions

Les agences des Nations Unies au Pérou s’appuient sur le groupe de travail sur la nutrition pour harmoniser leurs efforts et échanger des informations et des expériences. Les agences représentées dans le groupe comprennent l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation panaméricaine de la Santé-Organisation mondiale de la Santé (OPS/OMS) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ce dernier étant le chef de file. Les différents acteurs du groupe, tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les universités et les agences des Nations Unies, ont examiné différentes manières de donner au gouvernement un « coup de pouce » dans la lutte contre la malnutrition. Dans le même temps, le gouvernement du Pérou a décidé de se concentrer sur la réduction des taux d’anémie.

Tous ces efforts ont coïncidé avec l’arrivée d’une nouvelle directrice au PAM Pérou, Tania Goossens, qui avait déjà travaillé avec les analystes des Nations Unies dans des pays comme le Mozambique. « Lorsque je suis arrivée à la mi-2018, l’anémie faisait partie des priorités de tout le monde, à commencer par les plus hauts niveaux du gouvernement, mais malgré les nombreux efforts et investissements, les chiffres ne diminuaient tout simplement pas. »

« Cela m’a fait penser qu’un bon point de départ serait de réaliser une cartographie complète afin de mieux comprendre qui fait quoi et où, de cerner les lacunes et de faire cette analyse dans le but de mieux orienter ces efforts et ces investissements. Pas seulement des actions de lutte contre l’anémie, mais de toutes les interventions clés en matière de nutrition, étant donné que certaines régions continuent d’enregistrer des niveaux élevés de retard de croissance, tandis que l’obésité et la surcharge pondérale chez les enfants ont augmenté de manière significative. Cela semblait [un exercice] tout à fait opportun, surtout dans un pays comme le Pérou où il existe un réel intérêt pour la lutte contre la malnutrition, avec des niveaux élevés de capacités et de financement », explique Tania.

Les objectifs de l’exercice de cartographie étaient doubles : (1) informer, sensibiliser, définir et convenir des possibilités d’améliorer la situation nutritionnelle dans le pays ; et (2) favoriser la coordination entre le gouvernement, les agences des Nations Unies, le secteur privé, la société civile et les universités afin d’améliorer la couverture des actions menées dans le domaine de la nutrition dans le pays. Un groupe de travail technique a été spécifiquement constitué pour réaliser l’exercice de cartographie, comprenant : le ministère de la Santé, le ministère du Développement et de l’Inclusion sociale, un groupe du secteur privé (Pérou 2021), CARE (représentant du groupe d’ONG « Prévention de la malnutrition chronique au Pérou »), la FAO, le FIDA, l’UNICEF et le PAM.

Mobilisation du gouvernement

La structure gouvernementale au Pérou est décentralisée, de sorte que chaque région peut prendre ses propres décisions, bien que l’orientation des politiques soit définie au niveau national. Selon Emilia, cela fonctionne en théorie, mais pas nécessairement dans la pratique. « Lima compte plus de 30 % de la population, ce qui signifie que la plupart des actions sont menées dans cette ville. La difficulté est de savoir comment améliorer ce genre de pratiques dans les autres régions où vivent des personnes pauvres et extrêmement pauvres, par exemple dans la région d’Amazonie. »

Par le passé, le Pérou bénéficiait des donateurs d’un bon soutien (assistance technique et fonds) par l’intermédiaire des ONG dans la plupart des cas, mais au cours de la dernière décennie, le pays a connu une croissance économique et les donateurs traditionnels concentrent à présent leurs efforts ailleurs. L’outil de cartographie du Réseau des Nations Unies a été utilisé comme point de ralliement pour parvenir à une plus grande participation de la communauté de la nutrition et pour s’assurer que toutes les voix sont entendues.

La phase de collecte d’informations, qui a débuté en octobre 2019, a requis l’organisation de plus de trente réunions en face à face et l’échange de nombreux courriels et appels jusqu’à ce qu’un consensus soit trouvé sur les vingt actions définitives en matière de nutrition à inclure dans la cartographie. L’approche axée sur le cycle de vie en matière de nutrition au Pérou a permis la participation d’acteurs de cinq ministères (ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation, ministère de l’Économie et des Finances, ministère du Logement, de la Construction et de l’Assainissement, ministère de la Santé et ministère de la Production). Au total, une centaine d’acteurs, issus du gouvernement national, de la société civile, du secteur privé et des ONG internationales, ont participé à l’exercice de cartographie.

Adaptation des outils pour remédier au double fardeau

Photo : PAM Pérou

Comme dans tous les pays, les pratiques nutritionnelles ont changé au Pérou, en particulier dans les grandes villes. La consommation croissante d’aliments ultra-transformés et la diminution de l’exercice physique ont entraîné une forte augmentation des taux de surcharge pondérale et d’obésité, en particulier chez les enfants et les adolescents. Il ressort des résultats de la cartographie que cet indicateur pourrait être considérablement amélioré grâce à un plus grand nombre d’actions de prévention et de détection précoce, ainsi qu’à une couverture adéquate. Des données récentes ont également permis d’établir un lien entre la mortalité plus élevée due à la COVID-19 et les régions où la prévalence de la surcharge pondérale/l’obésité et des maladies non transmissibles (MNT) liées à l’alimentation est plus élevée. [3] « Nous voulions utiliser l’outil de cartographie des acteurs afin d’ouvrir les yeux de la population sur les causes de la surcharge pondérale et de l’obésité », affirme Emilia.

« Nous n’avons pas trouvé d’indicateurs solides pour y remédier, bien qu’il y ait au moins trois actions [parmi les vingt définitives] qui sont axées sur l’obésité/la surcharge pondérale, notamment : la promotion de l’activité physique dans la communauté ; la formation des enseignants à la promotion de modes de vie sains ; et l’évaluation des cantines scolaires [alimentation saine]. » Cependant, la couverture est faible et il faut davantage d’actions et de fonds pour mener de telles interventions, car il n’y a pas assez de données actuellement pour évaluer des résultats tels que le changement de comportement ou pour renforcer les capacités des enseignants.

Selon Tania, la cartographie a permis de plaider en faveur de l’élaboration de politiques et de la mise en œuvre d’actions visant à remédier au double fardeau, compte tenu de l’augmentation alarmante des taux de surcharge pondérale et d’obésité dans la population, en particulier chez les enfants et les adolescents. « Ayant travaillé avec l’outil de cartographie du Réseau des Nations Unies dans d’autres pays, j’ai également pensé que le Pérou pourrait être l’un des premiers pays à l’étendre pour remédier à ce double fardeau, et pourrait ainsi aider d’autres pays également touchés. »

• Lire l’article complet sur le site du Réseau des Nations Unies – A ‘window of opportunity’ to strengthen nutrition priority actions: Conducting a Nutrition Stakeholder and Action Mapping in Peru

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