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Récit du changement opéré par le Népal dans le domaine de la nutrition

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN, SUN dans la pratique, Systèmes d’information pour la nutrition

*Article rédigé par MM. Geeta Bhakta Joshi et Stanley Chitekwe

© UNICEF UNI176670 Mathema

Contexte général

Cinquième pays à rejoindre le Mouvement SUN le 5 mai 2011, le Népal a emprunté très tôt la voie du changement. Sa lettre d’engagement en faveur du renforcement de la nutrition promeut l’action collective afin de mettre fin à la malnutrition sur son territoire. Le Népal a démontré sa volonté d’œuvrer en faveur de la nutrition en rassemblant différents acteurs, en élaborant un cadre stratégique et juridique cohérent, en alignant ses programmes sur un cadre commun de résultats, en mettant en place un suivi financier périodique et un cadre de résultats et en renforçant les engagements politiques. Le Népal a suivi les différentes étapes de la feuille de route du Mouvement SUN en tant que moyen de mobilisation, d’inspiration et d’investissement en rassemblant, mobilisant, partageant, apprenant, défendant, alignant et coordonnant des actions dans le domaine de la nutrition.

Situation nutritionnelle au Népal

Le nombre d’enfants souffrant d’un retard de croissance demeure inacceptablement élevé. Cette problématique demeure un combat inachevé à l’ère des objectifs du Millénaire pour le développement. Le taux de retard de croissance a diminué régulièrement au cours des 17 dernières années. D’après l’Enquête démographique et de santé menée au Népal en 2016 (NDHS), il est passé de 57 % en 2001 à 49 % en 2006, 41 % en 2011, 37 % en 2014 et 36 % en 2016/17.

Les cibles mondiales de nutrition 2025 de l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) et les cibles de nutrition des Objectifs de développement durable (ODD) du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ont donné un nouvel élan à la nutrition au Népal. Le pays a fixé la cible de nutrition 2025 de l’AMS à 24 % pour le retard de croissance et à 15 % pour la cible des ODD, comme l’indique le tableau 1 ci-dessous. Le Népal doit faire passer le taux annuel moyen actuel de régression du taux de retard de croissance de 3,1 % à 4,3 % pour atteindre la cible 2025 de l’AMS (NDHS 2001, 2006, 2011, 2016 et NMICS 2014).

Il existe toujours une forte disparité des retards de croissance selon le sexe, le quintile de richesse et le niveau d’éducation maternelle, les zones géographiques et la caste/l’appartenance ethnique, comme le montre le graphique 1 ci-dessous. Les enfants appartenant au quintile de richesse le plus pauvre sont trois fois plus susceptibles de souffrir d’un retard de croissance (49,2 %) que les enfants appartenant au quintile le plus riche (16,5 %). Les enfants de mères non instruites sont deux fois plus susceptibles de souffrir d’un retard de croissance (45,7 %) que les enfants de mères instruites, c’est-à-dire celles qui sont titulaires d’un certificat d’études (22,7 %). Les enfants de moins de 18 ans sont moins nombreux à accuser un retard de croissance que les enfants de plus de 18 mois. Ils se situent en dessous de la moyenne nationale. Les enfants vivant dans les montagnes comptent pour 45 % des enfants et sont 27 % plus susceptibles de souffrir d’un retard de croissance (46,8 %) que les enfants vivant dans les collines (32,3 %) et dans la plaine du Terraï (36,7 %). Au niveau des structures fédérales, les provinces 2, 5, 6 et 7 affichent une prévalence du retard de croissance supérieure à la moyenne nationale, tandis que les provinces 1, 3 et 4 affichent une prévalence inférieure à la moyenne nationale. En particulier, la prévalence du retard de croissance est la plus élevée dans l’État 6 (54,5 %), soit près du double de celle de la province 4 (28,9 %), qui est la plus faible parmi toutes les provinces. Les disparités et les inégalités en matière de nutrition doivent être corrigées dans le cadre de la deuxième phase du Plan de nutrition multisectoriel (MSNP II).

 

Graphique 1 : prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans et inégalités au Népal

Situation économique au Népal

La situation économique du Népal s’est considérablement améliorée au cours des quinze dernières années. La pauvreté est passée de 40 % en 1995/96 à 25 % en 2010/2011 (Enquête sur le niveau de vie au Népal – NLSS). Ce pays demeure toutefois l’un des pays les moins avancés du monde. La valeur de l’indice de développement humain (IDH) du Népal pour 2015 s’élève à 0,558, ce qui le place dans la catégorie des pays à développement humain moyen et à la 144e place sur 188 pays et territoires. Entre 1990 et 2015, la valeur de l’IDH du Népal est passée de 0,378 à 0,558, soit une augmentation de 47,7 % (IDH, 2016). D’après une estimation préliminaire, le PIB du Népal s’élève à 1 004 dollars US par habitant pour l’exercice 2017/18 (Bureau central des statistiques, Népal, 2017).

Que risque le Népal s’il ne parvient pas à réduire la malnutrition ?

Si le Népal n’améliore pas l’état nutritionnel de ses enfants et adolescents, il ne sortira pas du groupe des pays les moins avancés (PMA) et ne profitera pas de son dividende démographique avant de devenir une population vieillissante. Le Népal est signataire de la Déclaration du Programme d’action d’Istanbul (IPoA) et s’est engagé à sortir du groupe des PMA d’ici à 2022. Pour sortir de ce groupe, il doit remplir trois critères : (I) améliorer les revenus, (II) améliorer l’indice du capital humain (ICH) et (III) réduire sa vulnérabilité économique. La nutrition contribue aux trois composantes de l’ICH.

Comme le montre le tableau 2, le Népal deviendra une population vieillissante au cours des trente prochaines années, avec plus de 7 % de la population âgée de plus de soixante-cinq ans (Demographic Changes of Nepal: Trends and Policy Implications, NPC/UNICEF, 2017). Pour profiter du dividende démographique au cours des trente prochaines années (créneau démographique favorable), il doit de toute urgence investir dans la réduction de la malnutrition et accroître ses investissements dans le développement du capital social et humain en accordant la priorité aux : (I) enfants de moins de cinq ans et aux (II) adolescents.

Mesures prises par le gouvernement népalais pour lutter contre la malnutrition entre 1978 et 2022

L’illustration 2 ci-dessous montre le calendrier des mesures prises en matière de nutrition par le Népal entre1978 et 2022. En 1978, le gouvernement népalais a lancé la Stratégie nationale en faveur de la nutrition, suivie en 1986 par la deuxième Stratégie en faveur de la nutrition, également connues sous le nom de Déclarations de Pokhara I et II. Ces premières stratégies étaient axées sur un seul secteur. Entre 1989 et 1992, la première tentative d’un programme de nutrition multisectoriel a été le Programme conjoint de soutien à la nutrition (JNSP). Malgré sa volonté de mobiliser divers secteurs lors de son lancement, le JNSP n’a réussi dans cette tâche et s’est avéré un échec.

En 2004, la Politique nationale de nutrition a été élaborée par le secteur de la santé. Il s’agissait là à nouveau d’une réponse apportée par un seul secteur. En 2011, une évaluation de la situation nutritionnelle et analyse des lacunes (NAGA) a été réalisée et approuvée par la Commission nationale de planification (NPC), et a abouti à l’élaboration du Plan de nutrition multisectoriel au Népal 2013-2017 avec la pleine participation d’autres secteurs. Ce plan, dirigé par la Commission nationale de planification, était doté d’un mécanisme de coordination au niveau national. S’appuyant sur les enseignements tirés du MSNP I, le MSNP II, qui couvre la période 2018-2022, a été approuvé par le cabinet des ministres en novembre 2017. Le MSNP II soutient les bonnes pratiques du MSNP I tout en y mettant un nouvel accent afin d’atteindre les cibles de nutrition des ODD au Népal telles que : I) l’autonomisation des femmes, tout en accordant une attention équitable aux populations touchées de manière disproportionnée par la malnutrition, II) l’approche du cycle de vie commençant par les 1 000 premiers jours, III) l’établissement d’une relation solide avec les 753 autorités locales sous le fédéralisme en cours et l’élaboration d’une directive spéciale sur la mise en place du MSNP sous le fédéralisme approuvée par la NPC, IV) l’attention accrue au suivi et à la responsabilité dans le cadre de la mise en œuvre.

Programmes mis en œuvre pour renforcer la nutrition au Népal

Le tableau 3 montre les interventions nutritionnelles mises en œuvre dans le cadre du MSNP (2013-2017) et qui se poursuivent dans le cadre du MSNP II (2018-2022). La mise en œuvre initiale a commencé comme projet pilote dans six districts du Népal (Bajura, Achham, Jumla, Kapilvastu, Navalparasi et Parsa) et a depuis lors été étendue, signe d’une réponse remarquable au Mouvement SUN.

Principales réalisations au titre du MSNP (2013-2017) en matière de renforcement de la nutrition au Népal

L’illustration 3 montre quelques-unes des principales réalisations des ministères sectoriels dans le cadre de la mise en œuvre du MSNP au Népal. Les dépenses annuelles du gouvernement népalais pour la nutrition ont plus que triplé, passant de 49,7 dollars US en 2013/14 à 110,2 dollars US en 2016/2017 et à 185,80 dollars US en 2017/18.

Au rang de ces réalisations figure la mise en place d’une architecture efficace de coordination de la nutrition aux niveaux national, des provinces, des districts, des municipalités et des quartiers, caractérisée par un Comité directeur de haut niveau sur la nutrition et la sécurité alimentaire et un Comité national de coordination de la nutrition et de la sécurité alimentaire, et suivie d’un dialogue régulier avec les parlementaires, les organismes des Nations Unies, les partenaires du développement, les groupes de travail techniques multisectoriels, la plateforme des universités, l’Alliance de la société civile pour la nutrition, la plateforme du secteur privé et le réseau des médias. Figure également le développement du Portail national sur la nutrition et la sécurité alimentaire, consistant en une base de données numérique qui contient l’ensemble des lignes directrices, études, documents stratégiques et recensements des parties prenantes y afférents.

L’avenir du Mouvement SUN au Népal assuré par le MSNP II

Sur la base des enseignements tirés du MSNP (2013-2017), le gouvernement népalais, sous la direction de la Commission nationale de planification et avec l’appui technique de l’UE, de l’UNICEF, d’USAID, du SUAAHARA, de la Banque mondiale, de l’OMS, du PAM, de la FAO et de diverses organisations de la société civile, a formulé et élaboré le Plan de nutrition multisectoriel II (2018-2022) été soutenu et approuvé le 19 novembre 2017 par le cabinet des ministres du gouvernement du Népal. Le processus d’élaboration du MSNP II (2018-2022) a été participatif et fondé sur une approche de planification stratégique axée sur les résultats. Le coût estimatif de la mise en œuvre du MSNP II s’élève à 470 millions de dollars US, le gouvernement népalais contribuant à hauteur de 59 % et les partenaires du développement à hauteur de 41 %.

Pour mettre fin à la malnutrition sous toutes ses formes, le gouvernement népalais fait preuve d’une volonté politique et d’un engagement sans précédent à l’égard du Mouvement SUN en approuvant le MSNP II (2018-2022). Il prouve sa volonté de ne laisser personne pour compte, d’atteindre les cibles de nutrition des ODD du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et les cibles de nutrition 2025 de l’AMS, de sortir du groupe des PMA avant 2022 et de concrétiser le 14e Plan périodique triennal (2016-2019).

Enseignements tirés au Népal depuis son adhésion au Mouvement SUN

  • • Après avoir rejoint le Mouvement SUN en mai 2011, le Népal a élaboré le premier MSNP (2013-2017) qui lui a permis de renforcer et d’élargir les programmes/projets multisectoriels en matière de nutrition. Depuis lors, la nutrition a gagné en visibilité et a été élevée au rang de priorité au Népal.
  • • L’adhésion du Népal au Mouvement SUN lui a permis de placer la nutrition parmi les priorités du gouvernement népalais.
  • • Le Mouvement SUN a contribué au lancement, sous la direction de la Commission nationale de planification (nnfsp.gov.np), du Portail népalais sur la nutrition et la sécurité alimentaire (NNFSP) en tant que plateforme multisectorielle et multi-acteurs en faveur de la nutrition. Le NNFSP est une base de données numérique qui contient l’ensemble des lignes directrices, études, documents stratégiques et recensements des parties prenantes y afférents. Le MSNP II (2018-2022) énonce l’utilisation du portail en tant que plateforme multisectorielle de suivi et d’établissement de rapports en ligne.
  • • Le Mouvement SUN au Népal pourrait à présent mettre davantage l’accent sur la mobilisation du secteur privé afin de s’assurer que le système alimentaire népalais offre une alimentation diversifiée aux moins de 5 ans et respecte les directives alimentaires pour l’ensemble du pays

 


Prof. Dr. Geeta Bhakta Joshi est ambassadeur de la nutrition 2017 du Mouvement SUNet ancien membre de la Commission nationale de planification du gouvernement népalais.

   Stanley Chitekwe est responsable du service Nutrition de l’UNICEF, Népal.

Le Népal lance la deuxième phase de son Plan de nutrition multisectoriel

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