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Renforcer l’engagement politique pour la nutrition

  |   Plaidoyer et communication pour la nutrition, SUN dans la pratique

D’énormes efforts de plaidoyer au cours des deux dernières années ont créé une impulsion immense pour la nutrition au Pakistan.

Muhammad Aslam Shaheen, Chef de la nutrition, Commission de planification et Point focal SUN du gouvernement décrit l’intensification de l’engagement politique…

« Les niveaux de malnutrition chronique au Pakistan n'ont pas changé au fil des décennies, et selon les estimations, ils coûtent 3 % du PIB à l'économie chaque année. La démarche à suivre est connue. Maintenant, il est temps de susciter la volonté politique pour suivre cette démarche. »

Parvez Iqbal Paracha,

vprofesseur invité au Département de Nutrition humaine de l’Université d’agriculture de Peshawar

Le Pakistan était le 34ème pays à rejoindre le Mouvement pour le renforcement de la nutrition (SUN) en avril 2013. Lors d’une cérémonie de lancement en décembre 2013, les ministres du gouvernement du Pakistan ainsi que des hauts fonctionnaires des gouvernements fédéraux et provinciaux et les membres du Groupe des partenaires au développement pour la nutrition (DPNG), avaient signé une déclaration d’engagement. Ensemble, ils s’étaient engagés à réduire la sous-nutrition de moitié à l’horizon 2025; avaient reconnu que des efforts coordonnés, multi-sectoriels et consolidés de renforcement de la nutrition étaient nécessaires; avaient noté que la sensibilisation des parties prenantes sur l’ampleur du problème de la nutrition devait être abordée; et avaient appelé à un engagement politique, à l’investissement et au soutien de tous les secteurs et parties prenantes.

Approche stratégique

Il n’existe pas encore de stratégie formelle de plaidoyer et de communication pour renforcer la nutrition au Pakistan, mais un plan de développement d’une stratégie est en place. En dépit de sa récente adhésion au Mouvement SUN, le pays a lancé un certain nombre d’activités diverses axées sur le relèvement du profil de la nutrition sont lancées avec un large soutien du Groupe des partenaires au développement pour la nutrition (DPNG), en collaboration avec les gouvernements fédéraux et provinciaux.

L’Alliance de la société civile SUN (SUN ASC) est également en cours de création à travers un large processus de consultation nationale. Lors d’une réunion en juin 2014, les principales organisations et réseaux de la société civile de tout le pays se sont réunis à Islamabad pour former l’ASC SUN pour le Pakistan. Une campagne de recrutement pour enregistrer les organisations de la société civile sera effectuée et sera suivie par des élections en vue de rationaliser les activités du réseau de l’ASC pour le renforcement de la nutrition.

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Plaidoyer pour la nutrition

Une priorité majeure du plaidoyer et de la communication est d’avoir une communication et des messages clairs sur la malnutrition au Pakistan. Le Groupe des partenaires au développement pour la nutrition (DPNG) avait élaboré les Faits de nutrition au Pakistan encore appelés « Killer Facts » (Faits qui tuent) qui ont contribué à attirer l’attention sur les conséquences de la malnutrition, y compris les conséquences socio-économiques. Les « Killer Facts » étaient préparés comme outils de plaidoyer auprès des parlementaires, de la société civile et d’autres parties prenantes par le biais des séminaires et ateliers.

En outre, une série de séminaires et de consultations était organisée et facilitée par Save the Children avec des exposés techniques des partenaires de développement et des conférenciers de haut niveau bien connus tant au niveau fédéral que provincial. Ils portaient sur la malnutrition et ses conséquences.

Les hauts fonctionnaires avaient pris part à un certain nombre d’événements clés en 2013 qui avaient permis de sensibiliser et d’informer sur la nutrition au Pakistan.

Il y a eu des lancements de:

  • L’Enquête nationale sur la nutrition 2011, présidée par le ministre de la Planification, du Développement et des Réformes (Commission de planification) et co-présidée par le ministre de la Coordination et de la Règlementation des Services de santé, avec des remarques du coordonnateur résident des Nations Unies, des représentants des gouvernements provinciaux et du DPNG
  • La série The Lancet sur les « systèmes de santé au Pakistan »
  • La série The Lancet sur la « nutrition maternelle et infantile » 2013. Le lancement était couvert par les principaux journaux du pays
  • Le bulletin de mai 2013 de l’Institut d’études du développement « Lutte contre la malnutrition au Pakistan »
  • L’ « Économie politique de la malnutrition » par l’Université Aga Khan

Ces événements sont essentiels pour mettre en évidence aux décideurs, l’ampleur des problèmes de nutrition au Pakistan, les coûts socio-économiques et le potentiel pour améliorer et faire avancer le programme de nutrition. Le plaidoyer au niveau national, provincial et communautaire était identifié comme une première étape cruciale pour transformer l’environnement du Pakistan et le rendre propice à la nutrition.

Économie politique de la sous-nutrition

Un rapport publié en mars 2013 avait entrepris d’examiner pourquoi les taux de sous-nutrition sont restés inchangés au Pakistan depuis plus d’un demi-siècle. En utilisant une approche de l’économie politique, le rapport conclut que les niveaux restent élevés en raison d’un manque de collaboration intersectorielle entre les différentes institutions qui s’occupent de la nutrition, de l’absence d’un programme national consolidé de renforcement de la nutrition émanant des plus hautes autorités exécutives de l’État, et un manque de suivi régulier de la situation en utilisant des données fiables. Après la décentralisation en 2010, la redevabilité de 17 ministères était décentralisée vers les provinces8. Une Section de la nutrition était créée à la Commission de planification dans le début des années 1970 avec pour redevabilité, la planification, la coordination, le suivi et évaluation de la nutrition. Après la décentralisation, le rôle de la Section de la nutrition s’était élargi pour inclure la coordination entre les secteurs et les parties prenantes. Le rapport note que l’engagement politique et le « parrainage » doivent être maintenus pour donner à la nutrition une place permanente dans le programme de développement dans tous les secteurs. Il est essentiel que les différents partis politiques donnent la priorité à la nutrition et pour ce faire, le dossier de la nutrition doit être bien présenté aux politiciens et à la bureaucratie exécutive à travers un plaidoyer bien ciblé. En outre, les coalitions de sensibilisation auprès des organismes de soutien communautaire, des experts et des médias pourraient utilement être mis en place pour cibler les décideurs, les exécutants, et la communauté tandis que les investissements dans les réseaux de mobilisation communautaire au niveau de sous-district et au niveau local permettraient de soutenir les activités de plaidoyer pour la nutrition.
Source: Institut d'études du développement et Université Aga Khan (Mars 2013) Rapport national de l'économie politique de la sous-nutrition: Pakistan

Impliquer les médias

Des tables rondes pour engager les médias à mettre en évidence le problème de la malnutrition étaient organisées. Celles-ci ont conduit à plusieurs contributions des professionnels de médias dans les principaux journaux anglais et ourdou. Au cours d’une de ces tables rondes organisée à Karachi en novembre 2013, un journaliste chevronné avait demandé au secteur de développement de prendre l’initiative et de commencer la formation des journalistes sur l’information de santé. Il avait remarqué: « Un journaliste est tout aussi bon que son information ; les journalistes ne sont pas des experts, mais si on leur donne la bonne information, ils peuvent certainement faire une différence ». Il avait noté que les médias peuvent jouer un rôle efficace dans la sensibilisation des masses ainsi que le plaidoyer auprès des fonctionnaires du gouvernement pour l’application des lois et l’allocation des ressources adéquates et pertinentes pour des interventions multisectorielles de nutrition 9.

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En conséquence, des ateliers de formation étaient organisés pour les journalistes suivis par des visites de terrain dans divers centres de santé dans les provinces. Cette formation avait donné lieu à beaucoup plus de couverture médiatique sur la malnutrition. Après les tables rondes médiatiques, les représentants des médias avaient reçu des informations actualisées sur la situation de la malnutrition pour écrire des articles d’opinion.

Travailler avec les parlementaires de divers clivages politiques

Afin d’éviter que la nutrition ne devienne l’apanage d’un seul parti politique, les parlementaires des deux partis de la majorité et de l’opposition étaient été informés sur la situation de la sous-nutrition au niveau national et provincial et la contribution de la nutrition à la réduction de la mortalité des enfants de moins de cinq ans. Après une séance d’information sur la nutrition à Lahore en présence de 14 membres de l’Assemblée du Pendjab, à titre d’exemple, les parlementaires appartenant au parti au pouvoir et à l’opposition avaient publié un communiqué de presse promettant leur soutien pour la lutte contre la malnutrition dans le Pendjab. Le gouvernement du Pendjab est en train de préparer une stratégie provinciale intégrée de la nutrition et prévoit de déployer un maximum d’efforts dans la mise en œuvre de la loi de 2012 sur la protection de l’allaitement maternel et de la nutrition infantile au Pendjab (modification).

Mobiliser les communautés

Des efforts étaient mis en œuvre pour attirer l’attention sur la nutrition dans les communautés. Un documentaire sur la nutrition était produit et présenté sur deux chaînes nationales et 18 chaînes câblées à travers le Pakistan. Des débats télévisés organisés étaient diffusés, avec des panelistes provenant des gouvernements nationaux et provinciaux, des décideurs et des experts. De même, un documentaire sur la situation et l’importance de l’allaitement maternel était produit et diffusé.

Plaidoyer pour la protection de l'allaitement maternel

Au niveau national et provincial, diverses mesures étaient prises pour susciter un débat sur l’importance de l’allaitement maternel. En dépit d’être le seul pays en Asie du Sud à avoir une politique nationale de l’allaitement maternel, le Pakistan a le taux d’allaitement maternel exclusif le plus bas, soit 38 % et le taux de bébés nourris au biberon le plus élevé, soit 41 %. Selon l’Enquête démographique et de santé au Pakistan 2012-13, il y a eu une augmentation de 0,6 % du taux d’allaitement maternel exclusif, tandis que le taux de bébés nourris au biberon a augmenté de 8,9 % depuis 2006. Ces statistiques étaient partagées aux participants à un séminaire de plaidoyer sur l’allaitement maternel qui a eu lieu à Islamabad en août 2013. En conséquence, des mesures étaient prises pour adopter une loi pour protéger l’allaitement au Sindh et au Baloutchistan, pour mettre en œuvre la législation sur l’allaitement au Pendjab et au niveau national, et pour finaliser le projet de loi sur l’allaitement dans le Khyber Pakhtunkhwa (KP).

Le secteur privé est également en cours de mobilisation. Une consultation nationale d’une demi-journée sur « Le rôle du secteur privé dans la lutte contre la malnutrition au Pakistan » était organisée, à laquelle ont assisté environ 30 participants des secteurs public et privé.

Stratégies et communication au niveau provincial et de district

Deux provinces, le Sind et le Baloutchistan, ont préparé des programmes de nutrition qui étaient approuvés et vont commencer sous peu. Les provinces du Pendjab et de Khyber Pakhtunkhwa (KP) ont quant à eux préparé le projet de réforme du secteur de la santé intégrée, y compris les interventions en matière de nutrition. Ce projet a été approuvé et les activités ont commencé. Les approches contribuant à la nutrition sont prévues dans toutes les provinces.

Une stratégie nationale de communication pour le changement social et le changement de comportement est en cours d’élaboration. De même, le secteur de l’agriculture a développé des messages clés sur l’alimentation saine et des supports de communication par image devant être utilisés pour travailler avec les communautés rurales et paysannes, les femmes et les hommes plaidant pour une diversification de la production alimentaire et de la consommation. Les agents de vulgarisation agricole et les enseignants sont les principaux messagers de sensibilisation des groupes cibles.

Les projets de nutrition du gouvernement dans les quatre provinces comprennent une composante de communication impliquant les médias et également les prestataires de services du secteur public sur les thèmes des 1 000 jours les plus décisifs et de la nutrition maternelle et infantile. Les agences des Nations Unies et les partenaires au développement participent activement au plaidoyer et à la communication tant pour ce qui est de l’offre que de la demande (consommateurs et producteurs), principalement à l’appui de l’iodation universelle du sel (avancée) et de l’enrichissement de la farine (en préparation).

Impact

D’énormes efforts de plaidoyer au cours des deux dernières années ont créé une impulsion immense pour la nutrition au Pakistan. Le plan de la « Vision du Pakistan en 2025 » qui vise à libérer l’immense potentiel dans le pays par le développement du capital humain et social, la réalisation de la bonne gouvernance, la réforme institutionnelle et la modernisation du secteur public ainsi que le développement d’une économie compétitive basée sur la connaissance, inclut la nutrition à titre spécifique. Les politiciens parlent de la nutrition, des politiques et des stratégies sont en cours d’élaboration, les médias s’intéressent à la question de la nutrition, diffusent des messages clés et organisent des débats télévisés sur la crise nutritionnelle. Les provinces ont nommé des Points focaux SUN dans leurs services de planification et de développement. Bien qu’il n’y ait eu aucune étude scientifique ou évaluation formelles menées pour mesurer l’impact des efforts de plaidoyer, l’impact est visible et l’est de plus en plus.

Perspectives

Actuellement, la plus grande partie de la communication et du plaidoyer pour renforcer la nutrition est soutenue et dirigée par les organisations membres du DPNG. Le gouvernement met en œuvre des efforts pour s’assurer que les ressources financières et humaines sont disponibles pour la communication et le plaidoyer pour la nutrition au sein des gouvernements nationaux et provinciaux. L’appui technique aux gouvernements provinciaux est étendu et des mesures sont prises pour la mise en œuvre des lois, des politiques et de l’allocation budgétaire pour la nutrition. Le plaidoyer est mené en permanence auprès des parlementaires qui sont également engagés au niveau national et provincial, ce qui aboutira à des résultats positifs notamment en termes d’approbation des lois et des politiques, et d’augmentation de l’allocation budgétaire pour la nutrition. L’engagement constant avec les médias permettra également de soutenir le débat et maintenir l’impulsion.

Principaux enseignements

  • Les mécanismes de coordination sont essentiels pour la planification, le développement et la réforme. Une coopération et une coordination consolidées et opportunes entre le gouvernement et les organismes internationaux, y compris les Nations Unies, les donateurs et les organisations non gouvernementales internationales pour surmonter la malnutrition sont possibles grâce à la plate-forme du Mouvement SUN, et en même temps, une stratégie multisectorielle a été adoptée. La Commission de planification est efficace pour rassembler diverses parties prenantes.
  • La création du plaidoyer pour la nutrition parmi les parlementaires et la société civile est essentielle.
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