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Renforcer les actions en faveur de la nutrition

  |   La contribution de l’agriculture et de la protection sociale à l’amélioration de la nutrition, SUN dans la pratique

Dr. Déo-Guide RUREMA, Chef de cabinet adjoint à la deuxième vice-présidence de la République

« Investir dans la sécurité alimentaire et la nutrition : un prérequis au développement durable ».

SE Dr Ir Gervais RUFYIKIRI,

Deuxième Vice Président de la République, Décembre 2011 (ouverture du premier forum sur la sécurité alimentaire et la Nutrition).

67 % de la population du Burundi vit en dessous du seuil de pauvreté. 35.6 % de la population souffre de la faim (Indice de la faim dans le monde, 2014). L’apport calorique y est le plus faible de la région est-africaine (1600 Kcal/p/jr). Ceci se traduit par l’un des taux les plus élevés de malnutrition chronique en Afrique.
Le fait que les productions agricole et animale soient structurellement déficitaires depuis l’an 2000 (+/- 30 % des besoins annuels) – en raison du prix élevé des denrées alimentaires, au taux de change et à la pression démographique – démontre que les enjeux de malnutrition sont indissociables de ceux de l’insécurité alimentaire. C’est pourquoi le Gouvernement du Burundi travaille à rassembler les secteurs agricole et social dans la lutte contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire.

Des systèmes multisectoriels pour répondre à la malnutrition

Grace à des efforts constants de plaidoyer et de sensibilisation, l’engagement politique de haut niveau dans les questions de malnutrition et d’insécurité alimentaire est désormais une réalité. La gouvernance nutritionnelle, formalisée par le Décret N°100/31 du 18 Février 2014, s’organise au sein de la Plateforme Multisectorielle de Sécurité alimentaire et Nutrition (PMSAN), qui est garante des activités de sécurité Alimentaire et de nutrition. Elle est composée d’un comité de pilotage, d’un secrétariat SUN/REACH et d’un comité technique.

Le comité de pilotage comprend des membres de haut niveau: le deuxième vice-président de la République, les ministres de la Santé Publique et de la lutte contre le Sida; de l’Agriculture et de l’Elevage; du Commerce, de l’Industrie; des Finances et de la planification du Développement Economique; de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme; du Développement Communal; de la Solidarité Nationale, des Droits de l’homme et du Genre.

Afin d’impulser les initiatives nécessaires visant l’amélioration de la nutrition, le comité de pilotage est, entre autres, en charge:

  • d’intégrer des indicateurs de sécurité alimentaire et de nutrition dans les plans sectoriels;
  • d’approuver les politiques et plans sectoriels pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de superviser les politiques et programmes mis en œuvre dans ces domaines;
  • d’instaurer une ligne budgétaire dédiée à la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le budget de chaque ministère.

Intégration de la nutrition dans les politiques sectorielles et de développement

Les politiques et les stratégies agricoles intègrent la nutrition via des actions visant les populations vulnérables, afin d’augmenter la production, l’accès et la diversification de la nourriture.

Sur demande du comité de pilotage, le secrétariat SUN/ REACH a appuyé au premier semestre 2014:

  1. L’identification des priorités du Plan Stratégique Multisectoriel de Sécurité Alimentaire et de Nutrition, qui prévoit deux actions phares au sein des communautés et les activités à mettre en œuvre à court et moyen terme;
  2. les efforts relatifs à l’information, la communication et la sensibilisation visant le changement des habitudes afin d’adopter de bonnes pratiques alimentaires.

Résultant d’un processus inclusif et participatif, les objectifs du Plan Stratégique Multisectoriel de Sécurité Alimentaire et de Nutrition visent entre autres à répondre aux carences en micronutriments et aux déficits chroniques de sécurité alimentaire. Les deux priorités identifiées sont:

  • la promotion de jardins potagers pour les ménages et les écoles afin de diversifier leur alimentation. Les intervenants (chefs traditionnels, moniteurs agricoles, agents de santé) ont été formés dans 6 provinces sur 17, dans l’optique d’une couverture nationale fin 2016.
  • la promotion du lavage des mains, via la vulgarisation des tippy-tap ou Kandagira Ukarabe (dispositifs confectionnés avec du matériel local).

En parallèle, la sécurité alimentaire et la nutrition font partie des priorités du Cadre Stratégique de Croissance et de Lutte contre la Pauvreté II (2012-2015), où l’objectif du secteur agricole est de « fournir aux Burundais une alimentation suffisante en qualité et en quantité et de réduire l’insuffisance pondérale de 29 % à 21 % en 2015 ».

Le Plan national de développement sanitaire (PNDS) 2011-2015 et Le Plan National d’investissement du secteur agricole (PNIA) 2012-2017 attachent une grande importance à l’accès des populations aux produits agricoles nutritifs (par ex. les légumes) et aux enjeux climatiques. Le renforcement des actions de lutte contre la malnutrition fait partie intégrante de l’axe stratégique 1 du PNDS 2011-2015 sur les maladies transmissibles et non transmissibles. Dans le cadre de son programme «Accroissement soutenable de la production alimentaire et amélioration de la sécurité alimentaire», le PNIA comprend un sous-programme spécifique à la nutrition en lien avec la vulnérabilité, qui vise la réduction du nombre de personnes se trouvant en situation d’insécurité alimentaire extrême pendant plus de 3 mois.
Les axes du PNIA sont les suivants:

AXE 1: L’amélioration de la productivité agricole à travers l’intensification du secteur agricole, stimulée par l’accroissement des semences hautement productives (manioc, patate, banane, fruits, légumes, noix de macadamia) distribuées. Cela vise in fine l’augmentation de la production alimentaire et sa diversification. Les subventions aux engrais chimiques ont aussi permis de doubler la quantité d’engrais utilisée dans les cultures vivrières. (Cf tableau 1 ci-dessous).

AXE 2: L’intensification de la production de viande et de lait, via la distribution d’animaux aux familles vulnérables. Les bénéficiaires sont choisis par la population, de manière participative et inclusive, alors que des comités de suivi de la chaîne de solidarité communautaire identifient les bénéficiaires des générations suivantes. Les animaux (bovins, caprins, porcins, lapins, poulets) sont choisis en fonction des capacités des familles : les plus démunies recevant du petit bétail, les autres, propriétaires de terres, recevant des bovins. En 2013, 9800 bovins ont été distribués à des familles rurales.

AXE 3: Le développement des filières piscicoles et de l’aquaculture. Alors que le PNIA prévoyait d’aménager 100 étangs, plus de 5000 étaient finalement fonctionnels fin 2014.

Conclusion

Alors que la production agricole a augmenté d’environ 35 % entre 2011 et 2013, la malnutrition chronique et la malnutrition aigüe chez les moins de cinq ans sont respectivement passées de 58 % et 6 % en 2010 à 48,9 % et 5,4 % en 2014. S’il n’est pas possible de lier directement la diminution de la malnutrition aux progrès atteints par le secteur agricole, on ne peut pas non plus négliger son rôle dans l’obtention de ces résultats.


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Défis

Des défis majeurs demeurent dans le renforcement des efforts multisectoriels en matière d’agriculture et protection sociale:

  • L’harmonisation et l’alignement des points de vue, des pratiques et des habitudes entres les ministères, les ONG et les donateurs travaillant dans la sécurité alimentaire et la nutrition.
  • La budgétisation du Plan Stratégique Multisectoriel de Sécurité Alimentaire et de Nutrition reste à finaliser, afin de permettre la mobilisation des ressources.
  • La mise en évidence de certains secteurs tels que la protection sociale et l’environnement dans la PMSAN peut encore être améliorée.
  • La promotion du changement des comportements et l’adoption de bonnes pratiques et habitudes dans la production alimentaire et agricole demeure difficile.
  • La compréhension des causes sous-jacentes à la malnutrition et de ses effets à moyen et long termes reste un défi, dans un contexte de transition d’une agriculture familiale e subsistance à une production intensive agropastorale moins dépendante des conditions climatiques.

Leçons clés

  • Le premier forum sur la sécurité alimentaire et la nutrition, tenu du 1er au 14 Décembre 2011, a joué un rôle clé dans la sensibilisation et l’engagement politique de haut niveau sur les questions de malnutrition et d’insécurité alimentaire. La participation au Mouvement SUN et à l’initiative REACH permet par ailleurs de mieux organiser et de coordonner les activités nationales et de répondre de façon multisectorielle et multipartite aux diverses causes de la malnutrition.
  • La participation au Mouvement SUN et à l’initiative REACH a également amélioré l’organisation et la coordination des activités nationales, et contribué à faire face aux multiples causes de malnutrition avec une approche multisectorielle et multipartite.
  • La distribution de bovins aux familles rurales a permis d’augmenter significativement la production et la consommation de lait.
  • La promotion de la fumure organique et des jardins de cases ainsi que les facilités pour accéder au crédit et les subventions aux engrais ont permis l’augmentation et la diversification de la production agricole et de la consommation alimentaire de la population (légumes notamment).
  • En matière de protection sociale, l’identification des bénéficiaires pour la distribution d’animaux aux familles vulnérables est cruciale. Un mécanisme d’identification pour les générations suivantes a été mis en place.

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