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Sensibilisation des collectivités

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Le Guatemala a crée un système ambitieux de commissions décentralisées de sécurité alimentaire et nutritionnelle qui rassemble différents groupes et secteurs.

Iván Mendoza,  ex-conseiller au Secrétariat de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SESAN), Gouvernement du Guatemala décrit le système…

« Un changement intergénérationnel ne peut intervenir qu'avec l'engagement collectif à atteindre un objectif commun : éradiquer la malnutrition. La coordination inter-agence est un préalable à ce changement »

Luis Enrique Monterroso,

Secrétaire du SESAN

Lorsque le Président du Guatemala, Otto Pérez Molina, a appris que moins d’un pour cent (1 %) de la population croyait que leur pays a un problème de malnutrition, il a demandé à l’ensemble de son cabinet d’aller vivre dans les zones rurales pendant une semaine avec une famille confrontée à des pénuries alimentaires chroniques et à la malnutrition. Il en a résulté le lancement du « Pacte Zéro faim » par l’ensemble de l’administration en 2012 simultanément avec une campagne de mobilisation appelée « Fenêtre des 1000 jours ». 

Le « Pacte faim zéro » consacre un plan multi-sectoriel audacieux visant à réduire le retard de croissance de 10 % chez les enfants d’ici à 2015. Il comprend des interventions spécifiques à la nutrition telles que la promotion de l’allaitement maternel exclusif, l’augmentation de l’accès aux aliments enrichis et aux services de santé et de nutrition ainsi que des programmes qui s’attaquent aux causes sous-jacentes de la malnutrition tels que la création d’opportunités de génération de revenus, l’amélioration des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement et une meilleure éducation pour les femmes.

Le « Pacte faim zéro » est l’instrument officiel du gouvernement pour la mise en œuvre de la politique nationale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Élaborée en 2005, la politique définit les domaines thématiques, les principes, les stratégies et les programmes de lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle de manière globale et coordonnée. Un an plus tard, une loi a été adoptée pour institutionnaliser un système national de sécurité alimentaire et nutritionnelle. L’article 34 de la loi jette les bases de la décentralisation du système au niveau départemental, municipal et communautaire. Il précise que les conseils de développement urbain et rural mettront en place des commissions de sécurité alimentaire et nutritionnelle pour appliquer la politique stratégique à travers les programmes, les projets et les activités connexes.

Le système national est mis en œuvre par le Conseil national pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (CONASAN) avec l’appui technique du Secrétariat pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SESAN). Le CONASAN se réunit tous les trois mois et est présidé par le Vice-président du Guatemala. Il bénéficie d’une large participation interministérielle et multisectorielle avec neuf ministères, cinq autres agences gouvernementales, des représentants du secteur privé et de la société civile.

Décentralisation des plateformes multi-acteurs

La création des commissions décentralisées de sécurité alimentaire et nutritionnelle aux niveaux départemental, municipal et communautaire devait accompagner le « Pacte zéro faim ». En effet, celles-ci jouent le rôle de nouvelles plateformes multisectorielles et multi-acteurs dynamiques en matière de nutrition. Elles sont devenues des plateformes de coordination et de déploiement du « Pacte zéro faim ».

En 2006, une vaste campagne de sensibilisation a été lancée. Au niveau départemental, les délégués du SESAN ont présenté une analyse de la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et souligné la nécessité de conjuguer les efforts pour résoudre les problèmes lors des réunions du Conseil de développement.

À la fin de 2008, chacun des 22 départements du Guatemala avaient légalement créé une Commission départementale de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (CODESAN). Les gouverneurs des départements dirigent les réunions de la CODESAN auxquelles prennent part par les directeurs des institutions sectorielles et les représentants des organisations de la société civile.

La CODESAN est chargée de diriger la planification, la mise en œuvre et le suivi des activités au niveau départemental et de garantir que des progrès vers la réalisation des objectifs liés au « Pacte Zéro faim » sont rapportés par les organismes d’exécution. Rn outre, elle agit comme une plateforme d’harmonisation des systèmes d’information et du processus de formation.

Des efforts similaires de plaidoyer ont été entrepris au niveau municipal. Les moniteurs municipaux du SESAN, avec le soutien du délégué départemental, ont sensibilisé et plaidé en faveur de la nutrition auprès des maires, des conseils et des organismes de développement municipal travaillant dans la commune.

En 2011, cinq ans après l’approbation de la politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle, 316 des 334 communes avaient officiellement institué des commissions municipales de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (COMUSAN). Environ 80 à 90 % de ces commissions sont pleinement opérationnelles et se réunissent régulièrement pour discuter des questions de sécurité alimentaire et nutritionnelle selon les différentes perspectives des membres de la commission. Coordonner les différents secteurs de manière efficace, sous la direction des autorités municipales, reste un défi à relever et cette coordination doit être renforcée. En outre, les conseils municipaux de développement doivent principalement veiller à ce que les fonds destinés à la sécurité alimentaire et nutritionnelle soient mis au rang des priorités, effectivement pris en compte et alloués dans les plans municipaux de développement. Il peut être difficile de veiller à ce que toutes les institutions gouvernementales représentées dans la COMUSAN fournissent des services appropriés de bonne qualité et en temps opportun.

Au niveau communautaire, la création des commissions de sécurité alimentaire et nutritionnelle (COCOSAN) est intervenue plus tard. Elles ont été principalement mises sur pied dans les communautés où la malnutrition aiguë sévissait plus intensément. Aujourd’hui, il existe 543 COCOSAN bien structurées et fonctionnelles. Le défi que le pays doit relever consiste à continuer à créer des COCOSAN dans le plus de communautés possible.

Soutien des agences des Nations Unies

Le Programme alimentaire mondial (PAM), dans le cadre d’un programme conjoint avec les Nations Unies (ONU) mis en œuvre dans le département de Totonicapán, renforce les commissions municipales de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il s’agit de soutenir l’élaboration de plans stratégiques et opérationnels, de renforcer les capacités des membres de la COMUSAN pour la mise en œuvre du programme ainsi que de créer des espaces pour l’analyse et la discussion sur la situation nutritionnelle locale dans les huit communes du département.

Dans le même cadre conjoint de coopération des Nations unies, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) a adjoint une stratégie de communication pour le développement aux interventions de la COMUSAN, dans le but d’améliorer les pratiques alimentaires et la prise en charge des enfants.

Le processus a commencé par la création d’un diplôme en communication au service du développement à l’intention des délégués municipaux chargés de la santé et de l’éducation, et des représentants du SESAN. La formation était axées sur l’exploration du contenu théorique et la mise en œuvre des interventions au niveau de la communauté.

Ce processus de formation a donné lieu à la création d’un « sous-comité des communications », rattaché à la COMUSAN. Sur la base des analyses locales, ce comité élabore et met en œuvre, un plan de communication participative qui favorise la participation et l’autonomisation des parties prenantes locales. Le processus a commencé dans le département de Totonicapán avec six communes et à ce jour a été étendu à 55 communes dans le pays.

Fonctions de la plateforme multi-acteurs

Les fonctions des Commissions de sécurité alimentaire et nutritionnelle sont très étendues et vont de la sensibilisation sur la malnutrition et l’insécurité alimentaire au renforcement institutionnel en passant par la coordination pour soutenir les systèmes de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation. Il se charge spécifiquement de:

  • coordonner l’élaboration des plans opérationnels de sécurité alimentaire et nutritionnelle pour répondre aux besoins de la population vulnérable avec la participation du gouvernement et d’autres parties prenantes présentes sur le terrain
  • définir les priorités pour le soutien aux études diagnostiques et aux évaluations de la sécurité alimentaire et de la vulnérabilité nutritionnelle sur le terrain
  • d’élaborer un processus de planification opérationnelle coordonnée
  • concevoir, élaborer et gérer des programmes et projets relatifs à la sécurité alimentaire et nutritionnelle avec des budgets gouvernementaux.
  • créer des méthodes de surveillance et d’alerte précoce pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (notamment par la création de sites sentinelles pour détecter les situations à risque ou de crise alimentaire à temps, prévoir les situations d’urgence en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle et y répondre comme indiqué dans la stratégie et les protocoles de lutte contre la faim saisonnière et fournir l’aide humanitaire)
  • coordonner l’aide alimentaire aux familles touchées par des catastrophes naturelles et à risque d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Au niveau municipal, des bureaux techniques ont été crées et dotés de ressources humaines et financières en vue de permettre aux COMUSAN de s’acquitter efficacement de leurs fonctions.

Au niveau communautaire, les activités sont menées à travers les COCOSAN et par la participation aux réunions de la COMUSAN, qui permet de participer à la prise de décision et garantit une prompte satisfaction des besoins.

Plateformes multi-acteurs décentralisées


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Interventions multisectorielles et multi-acteurs dans l'Escuintla

Le Président Otto Perez Molina et son gouvernement ont participé à la dix-huitième session du Conseil national pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (CONASAN) qui avait eu lieu dans le département d’Escuintla le 23 novembre 2013. Les progrès accomplis par le « Pacte zéro faim » dans l’Escuintla ont été présentés. Dans huit des 13 communes, aucun décès lié à la malnutrition n’a été signalé. Au total 106 commissions de sécurité alimentaire et nutritionnelle (COCOSAN) ont été créés. Onze des 13 communes sont considérées comme prioritaires au regard du niveau de malnutrition aiguë. Fundazúcar'(un programme de soutien au développement humain mis en place dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises par l’Association des producteurs de sucre du Guatemala) a été un allié clé du « Pacte zéro faim » dans ces communes de l’Escuintla au travers de son initiatives « Best Families » (familles en meilleure forme) arnir des conseils à la communauté et d’exécuter des projets productifs. Le niveau de retard de croissance enregistré dans l’Escuintla était de 25 % en 2009, soit le deuxième plus élevé de tous les départements du Guatemala. Le système de gestion intégrée de l’information financé par le gouvernement, les agences des Nations Unies et les organisations de la société civile et le suivi efficace des cas de malnutrition aiguë par différentes institutions, ont permis de résorber 686 cas (42 %) de malnutrition aiguë sur 1637.

Les signes de succès

Travailler ensemble à travers des plateformes multisectorielles et multi-acteurs sous forme de commissions pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle semble contribuer de façon positive aux objectifs du « Pacte Zéro Faim ». Le département de l’Escuintla en est un exemple.

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Principaux enseignements tirés

  • L’expérience de la mise en place des plateformesmulti-acteurs décentralisées au niveau départemental, municipal et communautaire a placé la question de la sécurité alimentaire et nutritionnelle à chaque étape du processus de prise de décision.
  • Lorsque les objectifs sont clairs et que les actions thématiques entre les institutions gouvernementales et les autres parties prenantes sont consensuelles, l’engagement à accompagner et appuyer la planification, la mise en œuvre, le suivi et évaluation est plus fort.
  • Pour veiller à ce que les MSP soient inscrites dans le cadre juridique guatémaltèque il a fallu les institutionnaliser et créer des processus plus cohérents et durables.
  • Lorsque le gouvernement et les communautés locales sont activement impliqués dans la MSP, il en résulte une plus grande participation dans la planification. Cette participation facilite le contrôle et la pérennité des interventions.

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