SUN Newsletter
Home / Actualités / Tanzanie : renforcer la redevabilité

Tanzanie : renforcer la redevabilité

  |   Réseau de la société civile SUN, SUN dans la pratique

Rôle du Partenariat pour la Nutrition en Tanzanie (PANITA) dans le développement des structures de redevabilité pour la nutrition à tous les niveaux

1. Introduction

Malgré des initiatives toujours plus nombreuses depuis 2010, la malnutrition persiste en Tanzanie et touche tout particulièrement les enfants de moins de cinq ans, ainsi que les femmes en âge de procréer. Entre 2010 et 2015 / 2016, les retards de croissance chez les enfants de moins de cinq ans ont reculé, passant de 42 % à 34 %, mais 57 % des enfants de moins de cinq ans continuent de souffrir d’anémie et le pourcentage de femmes en âge de procréer (de 15 à 49 ans) souffrant d’anémie est passé de 40 à 45 % (enquêtes démographiques et sanitaires de Tanzanie 2015 / 16).

Le taux élevé d’accroissement de la population en Tanzanie (2,7 % par an) signifie qu’en valeur absolue, le nombre d’enfants souffrant de retards de croissance est passé de 2,7 millions en 2010 à près de 3 millions en 2015 / 16 sur une estimation de 8,9 millions d’enfants âgés de moins de cinq ans. De même, près de 4,8 % des enfants souffrent de malnutrition aiguë (sont émaciés), et la moitié d’entre eux sont gravement émaciés. Comme bon nombre de pays, la Tanzanie fait face à un double fardeau de la malnutrition impliquant également une surnutrition des adultes qui se manifeste par des niveaux accrus de surpoids, d’obésité et de maladies non transmissibles dues à une mauvaise alimentation comme le diabète. La prévalence du surpoids et de l’obésité chez les femmes âgées de 15 à 49 ans a quasiment triplé, passant de 11 % en 1991 à 28 % en 2015 / 16 (enquêtes démographiques et sanitaires de Tanzanie 2015 / 16)

 

Schéma 1 : tendances de l’état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans en Tanzanie de 1991 à 2016
(source : base de données mondiale de l’OMS)

Depuis 2010, la nutrition a bénéficié d’un soutien politique continu en Tanzanie et d’un engagement fort avec le Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Mouvement SUN). En 2011, une Stratégie nationale de nutrition a été publiée et des Comités directeurs multisectoriels régionaux et municipaux sur la nutrition (R&C-MSCN) ont été créés. En 2014, des revues conjointes multisectorielles de la nutrition (JMNR) ont été lancées. En 2016, un Plan national d’action multisectoriel pour la nutrition (NMNAP) contenant des stratégies et basé sur des faits probants a été publié. Des contrats axés sur les performances pour la nutrition ont été créés en 2017, fixant les responsabilités nutritionnelles des gouvernements régionaux avec un organigramme hiérarchique. Des termes de référence standard pour les comités directeurs multisectoriels sur la nutrition ont été établis en septembre 2017. Ils définissent les responsabilités à l’échelle régionale, des districts et des municipalités.

2. Développer la gouvernance interne et la redevabilité

Le Partenariat pour la Nutrition en Tanzanie (PANITA) est une coalition de plus de 300 organisations de la société civile basées aussi bien en Tanzanie continentale qu’au Zanzibar. Ses membres travaillent dans de très nombreux secteurs ayant un impact sur la nutrition. Le PANITA fut établi en 2010 avec l’appui technique et financier de Save the Children International (SCI), de l’UNICEF et de Irish Aid, et il est devenu une entité juridique indépendante en 2013 grâce au soutien financier continu de Irish Aid et aux contributions de ses membres.

Le PANITA est désormais un porte-parole de longue date de la société civile sur la nutrition en Tanzanie. Il est représenté au sein du Comité directeur de la nutrition de haut niveau de Tanzanie, de la réunion de revue conjointe annuelle multisectorielle de la nutrition (JMNR) et du Groupe de travail technique pour la nutrition. Ses membres siègent aux comités directeurs multisectoriels de nutrition régionaux et municipaux. Le PANITA est l’alliance de la société civile du Mouvement SUN officielle pour la Tanzanie et l’un des membres les plus importants et les plus anciens du réseau de la société civile SUN.

Le PANITA œuvre dans deux principaux domaines : en externe, dans le but d’influencer le gouvernement, les médias et d’autres acteurs clés afin que la priorité soit donnée à la nutrition ; et en interne, au sein même de son propre réseau de membres afin de renforcer la capacité des organisations de la société civile en matière de nutrition et d’améliorer les structures de coordination et de production de rapports pour garantir l’efficacité, la transparence et la redevabilité du réseau.

« L’une des choses que j’ai comprises, c’est que notre légitimité vis-à-vis du gouvernement dépend totalement de notre intégrité » déclare Tumaini Mikindo, directeur exécutif du PANITA. « Nous travaillons d’arrache-pied au renforcement de notre transparence à l’échelle nationale et au développement d’un système transparent de production de rapports à tous les niveaux. Les organisations de la société civile membres du PANITA n’avaient pas cette culture du partage d’informations sur leurs activités et dépenses de nutrition. Nous avons dû expliquer les raisons de cette démarche, indiquer quelles informations nous voulions et établir peu à peu la confiance et ce fut très difficile et chronophage. »

Le renforcement des capacités et la formation ont aidé à instaurer la confiance et un sens des responsabilités. D’autres mécanismes y ont contribué comme des politiques solides de gestion des conflits d’intérêts et des règlements internes pour assurer une concurrence loyale des financements parmi les membres du PANITA. La communication en cascade a également joué un rôle important dans l’établissement de cette transparence et de la confiance.

Daniel Mtweve est coordinateur de zone du PANITA pour les Hautes terres du Sud-Ouest et responsable de quatre régions situées près de la frontière sud-ouest de la Tanzanie (le pays compte un total de 31 régions administratives). Il est également le principal représentant de l’une des organisations de la société civile membre de longue date du PANITA, le CEELS (organe d’assistance juridique et d’aide à l’autonomisation économique des communautés).

« À mon arrivée, le CEELS ne participait à aucune initiative nutritionnelle. Nous travaillions principalement dans le domaine du VIH et du SIDA. Grâce à la formation et au mentorat dispensés par le PANITA, nous avons changé d’axe de travail et le CEELS a commencé à s’engager avec les autorités locales et régionales en faveur de la nutrition et à travailler avec les Comités directeurs régionaux et municipaux de nutrition. »

3. Plaider en faveur d’une redevabilité nationale

Les initiatives de plaidoyer du PANITA, qui visent à influencer les politiques au niveau national, ont remporté des succès notables au cours des cinq dernières années. L’une de ces réussites a été obtenue lors de la campagne des élections de 2015 en Tanzanie durant lesquelles le PANITA a travaillé avec le Groupe parlementaire sur la nutrition, la sécurité alimentaire et les droits des enfants (le PGNFSCR) pour s’assurer que les partis politiques en lice (plus de 20) prenaient des engagements en faveur de la nutrition dans leur manifeste. Le PANITA a également travaillé avec les parlementaires pour mieux comprendre la stratégie du NMNAP (Plan national d’action multisectoriel pour la nutrition) 2016/21 et faire en sorte que les dépenses de nutrition soient réservées.

« Les liens solides que nous entretenons avec ce groupe parlementaire nous ont permis de développer leurs capacités à s’exprimer en faveur de la nutrition au cours des débats parlementaires » déclare Jane Msagati, coordinatrice du programme du PANITA. « Cette collaboration a permis à chaque acteur de prendre position sur la nutrition en fonction de ses priorités. »

Le groupe de parlementaires a lancé, à l’attention de tous les partis politiques, un appel à l’action à s’engager en faveur de la nutrition dans leur manifeste, conformément à la Stratégie nationale de nutrition de 2011, avec comme axe prioritaire un suivi des dépenses nutritionnelles. Cela signifierait de disposer de « structures de gouvernance entièrement fonctionnelles, aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle des districts, d’interventions spécifiques, comme des processus de planification et de budgétisation par les districts permettant de faire face aux problèmes de nutrition, [… et] de responsabilités et de redevabilité claires pour les principaux acteurs et personnes en charge de la mise en place ».

Recrutement d’un ambassadeur de haut niveau

Le PANITA a profité du lancement en 2016 du Rapport mondial sur la nutrition de juillet 2016 pour proposer à la vice-présidente de la Tanzanie, Son Excellence Samia Suluhu, de devenir ambassadrice de la nutrition, un rôle qu’elle a immédiatement accepté. Si le PANITA a su profiter du lancement national du Rapport mondial sur la nutrition et d’événements de lancement régionaux dans le pays pour maintenir la nutrition au plus haut rang des priorités politiques, disposer d’un allier de haut vol comme la vice-présidente a été un atout précieux pour mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il tienne ses engagements.

Plus tard, lors du Sommet national de 2017 sur l’enrichissement des aliments, Son Excellence Samia Suluhu a promis de signer un contrat axé sur le rendement avec les commissaires régionaux pour assurer que les fonds alloués aux activités de nutrition étaient versés en temps et en heure et dans leur intégralité (voir la section 5 sur les contrats axés sur les performances). « Le fait que la vice-présidente est ambassadrice de la nutrition est un atout précieux pour nous » précise Jane Msagati. « Elle comprend l’incidence de la malnutrition sur les enfants de moins de 5 ans et sur les femmes, et nous espérons qu’elle convaincra le président et d’autres dirigeants nationaux d’investir dans la nutrition. »

Formation de journalistes et de responsables religieux

La stratégie de plaidoyer du PANITA inclut la formation de journalistes et la remise de prix d’excellence du reportage sur la nutrition à laquelle des représentants gouvernementaux de haut niveau et d’autres personnes influentes importantes étaient présents. La cérémonie de remise des prix a bénéficié d’une couverture médiatique nationale. Le PANITA collabore également avec des responsables religieux nationaux aussi bien de confession islamique que chrétienne pour développer des relations et explorer les moyens de lutte contre la malnutrition dans le pays. Les responsables ont aidé à formuler des messages de promotion des bonnes habitudes alimentaires et nutritionnelles pouvant être transmis dans les enseignements religieux et les responsables sont tombés d’accord pour répandre « la bonne parole » en matière de nutrition.

4. Renforcer la redevabilité au niveau des régions et des districts

En septembre 2017, le rôle du PANITA comme principal porte-parole de la société civile tanzanienne sur les problèmes nutritionnels a été officiellement reconnu. Au cours d’une revue conjointe multisectorielle de la nutrition (JMNR), qui rassemblait divers acteurs de la nutrition et des ministres dont les responsabilités étaient d’une manière ou d’une autre en lien avec la nutrition, la décision fut prise que le PANITA serait l’agence officielle responsable de la collecte de données sur les activités nutritionnelles des organisations de la société civile et des organisations non gouvernementales internationales dans tout le pays.

Le PANITA a acquis ce statut en l’espace de six ans après sa création en augmentant peu à peu le nombre de ses adhésions, en amplifiant ses structures de coordination et les mécanismes de redevabilité de son réseau. Le PANITA est présent dans toutes les régions de Tanzanie, selon 10 zones géographiques. Chaque zone dispose de son propre coordinateur qui fait le lien entre le secrétariat et le siège social du PANITA et ses membres présents dans la région. Les coordinateurs participent activement au recrutement de nouveaux membres des organisations de la société civile et aux activités de coordination, de suivi et d’évaluation.

Cette présence du PANITA dans tout le pays signifie qu’il peut : identifier les lacunes en termes de couverture, surveiller les niveaux d’investissement, identifier les innovations utiles et savoir quelles sont les ressources et compétences disponibles dans les différentes régions du pays. Le PANITA travaille également avec les donateurs pour trouver des partenaires d’organisations de la société civile disposant des compétences dans une région particulière. Parfois, le PANITA organise des appels d’offres au nom des donateurs, dans le respect total de ses règles de concurrence interne. Depuis la JNMR de 2017, le PANITA a commencé à piloter un outil de collecte de données plus sophistiqué assurant un suivi bien plus régulier des dépenses et des activités de nutrition de ses membres.

En 2011, La Tanzanie a établi des comités directeurs de nutrition multisectoriels au niveau des régions et des municipalités. Dans chaque région et municipalité, les membres du PANITA sont représentés et participent à ces comités : ils fournissent des informations recueillies au sein des communautés par des organisations de la société civile locales, s’assurent que la voix de la société civile est entendue, permettent une coordination des initiatives avec les autres acteurs concernés et conviennent des priorités de chaque municipalité ou région. Les comités de régions et de municipalités rendent des comptes en amont au gouvernement central et en aval aux villages et municipalités, et des représentants du PANITA de tous les niveaux en font de même au sein de leur réseau.

5. Faire progresser la redevabilité

En 2016, le PANITA a participé à l’Africa Learning Route (Route de l’apprentissage en Afrique) du réseau de la société civile SUN, une visite d’échange entre confrères pour les représentants de la société civile de neuf pays d’Afrique subsaharienne. Conçue sur la base de la méthodologie élaborée par PROCASUR, la visite d’apprentissage était organisée par l’alliance de la société civile SUN du Rwanda, un pays qui a fait des avancées exceptionnelles dans le domaine de la nutrition au cours des dix dernières années. Des représentants du secrétariat du PANITA et deux membres de l’organisation de la société civile formaient la délégation de Tanzanie, parmi eux Daniel Mtweve du CEELS.

La visite présentait l’utilisation de contrats axés sur les performances au Rwanda pour renforcer la redevabilité et l’efficacité des plans convenus dans le domaine de la nutrition au niveau local. Ces contrats ont permis d’officialiser les rôles des différents acteurs de la nutrition et leurs relations. Avant la fin de la visite, les représentants du PANITA ont signé des contrats axés sur les performances qui, comme l’indique Daniel Mtweve, sont un bon moyen de « tirer au mieux parti des structures déjà en place pour des effets plus bénéfiques sur les communautés. »

Piloter les contrats axés sur les performances

Grâce aux fonds de lancement du programme de remise de prix du réseau de la société civile SUN de 2017, le PANITA a piloté l’utilisation de contrats axés sur les performances dans le district de Kalambo et la circonscription de Kisumba. Le PANITA a collaboré avec les acteurs de la nutrition dans la région des Hautes terres du Sud-Ouest (notamment le représentant du développement du district et le nutritionniste du district) pour renforcer les capacités et consolider la planification et la reddition de comptes du comité directeur de la nutrition du district. Une mission similaire fut ensuite lancée dans la circonscription de Kisumba. À la fin du processus, 21 acteurs locaux de la nutrition avaient signé un contrat axé sur les performances. Dans les circonscriptions et les villages, les acteurs ont accepté de « joindre le geste à la parole » en créant des jardins potagers dans les écoles et chez eux. Les « contrats » précisaient les rôles et les mesures devant être prises, mais n’avaient pas force exécutoire (contrairement aux contrats axés sur les performances conclus depuis longtemps au Rwanda).

Alors que le PANITA testait une approche ascendante pour accroître la redevabilité des divers acteurs de la nutrition, au niveau national, le gouvernement développait peu à peu son propre contrat axé sur les performances « descendant ». Ces contrats, conclus entre le bureau du président des autorités locales et régionales (le POLRAG) et les commissaires régionaux, ont été utilisés pour la première fois en 2017 et au moment de rédiger ce bulletin d’information, des commissaires de 26 régions en avaient signé.

Si le PANITA ne prétend pas être directement à l’origine des contrats axés sur les performances du gouvernement, il existe un lien entre les deux initiatives. Un secrétaire administratif régional, qui présidait le comité directeur régional multisectoriel de nutrition et qui avait été formé par le PANITA, a été transféré vers la capitale Dodoma pour devenir secrétaire adjoint au ministère du PORALG (Éducation).

« Monsieur Tixon Nzunda nous a beaucoup aidés dans notre travail visant à renforcer la redevabilité en matière de nutrition au niveau des régions et des districts » déclare Daniel Mtweve. Peu après son transfert, le gouvernement a commencé à travailler sur ses propres contrats axés sur les performances. « Nous ne savons pas s’il y a un lien ou s’il s’agit d’une coïncidence, mais au même moment, nous travaillions sans relâche avec les parlementaires et les représentants officiels du gouvernement et avions déjà demandé à la vice-présidente d’être ambassadrice de la nutrition. De ce fait, nous pensons avoir réellement contribué à tout cela ».

Construire un cadre national de redevabilité

Le contrat axé sur les performances que le PANITA a piloté et celui que le gouvernement a ensuite lancé sont importants dans l’instauration d’un cadre de redevabilité, mais ils ne sont pas faciles à mettre en œuvre. Pour faire face à ce problème, le gouvernement a agi en rédigeant des termes de référence standard pour les comités directeurs multisectoriels sur la nutrition à tous les échelons, jusqu’au niveau des comités de développement des municipalités et villages.

Selon Daniel Mtweve, « ces termes de références sont essentiels. Les contrats axés sur les performances sont importants mais sont assez généraux et ne pourraient pas être utilisés pour exiger d’un comité directeur de la nutrition qu’il rende des comptes. Cependant, les termes de référence le peuvent, car ils contiennent des indicateurs de performances et une section définissant le rôle de la société civile ».

En soutien aux initiatives de redevabilité du gouvernement, le Centre de nutrition et de l’alimentation de la Tanzanie (TFNC) a développé des fiches d’évaluation conçues pour assurer un suivi des avancées des interventions nutritionnelles. Les informations fournies par ces fiches seront compilées par le district chaque mois et remises à l’organisme national qui pourra ensuite repérer les lacunes et les goulets d’étranglement par région et par district. Le PANITA, en partenariat avec l’Institut de recherche en développement (IDS), a également élaboré des fiches d’évaluation et les a testées dans les districts de Morogoro et de Kigoma. L’objectif est de développer des indicateurs potentiels de l’engagement politique en faveur de la nutrition au niveau des districts et les résultats du projet sont partagés avec le TFNC et pourront peut-être contribuer au développement de fiches d’évaluation nationales. Ce travail utilise les approches que l’IDS a développées au cours des trois dernières années dans le cadre de son travail sur l’Index de l’engagement en matière de lutte contre la faim et de nutrition.

Les fiches d’évaluation sont une étape importante du renforcement de la redevabilité en Tanzanie. Le PANITA forme actuellement des organisations de la société civile membres dans le plaidoyer et le suivi budgétaires au niveau national. L’objectif est de transmettre ces compétences aux districts et circonscriptions pour développer des capacités locales de suivi des dépenses nutritionnelles et de vérification d’une allocation de fonds aux communautés qui en ont besoin. Les membres du PANITA piloteront les fiches d’évaluation.

6. Leçons tirées et avenir du PANITA

Depuis sa fondation il y a huit ans, le PANITA a établi une plateforme efficace pour la société civile et d’ampleur nationale. Il est en bonne posture pour jouer un rôle clé de surveillance des interventions et dépenses nutritionnelles dans de nombreuses communautés.

La coordinatrice de programme Jane Msagati travaille pour le PANITA depuis ses débuts. « Pour moi, un élément phare de notre travail a été le soutien que nous avons apporté à nos membres. Bon nombre d’entre eux sont de très petites organisations de la société civile et nous avons développé leurs capacités dans les domaines de la nutrition, du plaidoyer et des interventions nutritionnelles. La force de cette plateforme réside dans ses membres et nous sommes fiers de leurs réalisations actuelles ».

Les pires cas de malnutrition se trouvent dans des régions rurales reculées de Tanzanie. « Notre travail au niveau régional et national est important et nous nous assurons que la nutrition reste une priorité des programmes » déclare Jane Msagati. « Toutefois, les véritables défis sont au sein des communautés où sévit la malnutrition et où les fonds alloués ne sont pas reçus. En travaillant avec nos membres de sorte d’améliorer leurs points d’entrée avec les autorités et en renforçant leurs compétences de plaidoyer, nous pourrons consolider leurs capacités à exiger que les autorités rendent des comptes. Les contrats axés sur les performances et les termes de référence sont des outils puissants pour nos membres et tous les acteurs de la nutrition du pays ».

Le directeur exécutif Tumaini Mikindo confirme ces dires : « garantir la redevabilité des autorités nationales et locales est difficile. Essayer de relier les activités de plaidoyer et de mise en œuvre est un incroyable défi. Nous ne voulons pas juste être des agitateurs, nous voulons déplacer la redevabilité au niveau infranational et pour ce faire, nous devons nous assurer que nos membres jouent leur rôle, par exemple en pilotant l’utilisation optimale des fiches d’évaluation. »

Selon monsieur Tumaini, la Tanzanie dispose maintenant de plateformes et politiques nationales multisectorielles très efficaces. Il ajoute : « cependant, au niveau local et municipal, certaines de ces plateformes sont inefficaces. Nous avons pleinement participé à une évaluation des termes de référence et du kit d’outils de supervision de soutien global, et ces outils renforceront les plateformes tandis que les fiches d’évaluation aideront à la tâche ».

Les organisations de la société civile membres du PANITA aideront à faire face aux manques de données des communautés. « Le véritable problème est l’obtention de données au niveau local. Il était difficile d’obtenir des informations des municipalités, car elles étaient gardées secrètes ; mais maintenant, nous disposons d’un mécanisme et d’outils pour accéder aux données comme les fiches d’évaluation de la nutrition, les analyses des goulets d’étranglement et les rapports JMNR qui aident à accéder à des données notamment financières. Un suivi de la mobilisation des ressources est essentiel et ces nouveaux outils valoriseront nos mécanismes de redevabilité. Nous devons donner les moyens aux organisations de la société civile d’utiliser au mieux ces mécanismes et de recueillir les données. »

 

Principaux accomplissements

  • Nous nous sommes assurés que tous les partis politiques ont inclus la nutrition dans leur manifeste des élections de 2015.
  • Nous avons soutenu la revue du Plan stratégique du groupe parlementaire sur la nutrition, la sécurité alimentaire et les droits des enfants 2018 – 2022.
  • Nous avons profité du lancement du Rapport mondial sur la nutrition de 2016 pour demander à la vice-présidente de la Tanzanie d’être ambassadrice de la nutrition, ce qu’elle a accepté.
  • Nous avons développé et piloté (2017) un contrat axé sur les performances au niveau des districts et des municipalités, avec la participation et l’accord de plus de 20 parties prenantes de la nutrition.
  • Nous avons participé à l’élaboration de termes de référence nationaux pour les comités directeurs multisectoriels sur la nutrition de régions et autorités locales (2018).
  • Nous nous sommes assurés que le PANITA était représenté lors des réunions de comités directeurs multisectoriels de la nutrition régionaux et des districts, ce qui a permis d’accroître les allocations budgétaires dans le domaine de la nutrition des autorités gouvernementales locales.

 

Enseignements tirés

  • Pour être crédible aux yeux du gouvernement, des donateurs et d’autres acteurs, il est essentiel de faire preuve d’une gouvernance solide, d’une responsabilisation interne et d’une transparence sans faille.
  • Il est nécessaire de développer des activités de plaidoyer et des relations sur le long terme. Ainsi des réussites apparemment minimes peuvent vite se convertir en succès significatifs.

Priorités et défis à venir

  • Avec les politiques et structures nationales et régionales en place, la principale priorité est désormais d’améliorer la collecte de données et la reddition de comptes au niveau des districts, des municipalités et des villages.
  • Les organisations de la société civile du PANITA ont un rôle essentiel à jouer et s’il est vrai qu’elles ont amélioré leurs capacités, un manque cruel de ressources locales entrave le développement d’une redevabilité au niveau des communautés.

 


Pour en savoir plus

Partnership for Nutrition in Tanzania (PANITA)
Off Rose Garden Road, 6 Rwehabura Road, Plot No. 305A, Mikocheni A
P.O. Box 32095, Dar Es Salaam, Tanzanie
Tél. : +255 222 701 753
E-mail : info@panita.or.tz
Site Web : www.panita.or.tz


Suggestions de lecture :

Employing Evidence in Policy Advocacy to Mobilise Parliamentarians on Nutrition in Tanzania (Utilisation de faits probants dans le plaidoyer politique pour mobiliser les parlementaires sur la nutrition en Tanzanie)

 

Post A Comment

No Comments