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Tisungeni Zimpita, ambassadrice de la nutrition SUN : « pour dynamiser les initiatives nutritionnelles dans le monde, il faut donner plus d’outils aux ambassadeurs locaux de la nutrition ».

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Article rédigé par Andrew Green, publié par Malnutrition Deeply 


C’est parce qu’elle a porté l’une des toutes premières initiatives nationales visant à une coordination des organisations afin qu’elles privilégient la nutrition que Tisungeni Zimpita a été désignée ambassadrice du renforcement de la nutrition. Elle témoigne aujourd’hui et nous fait part de quelques enseignements qu’elle a tirés de son travail.

Selon TISUNGENI ZIMPITA, récompensée pour la lutte acharnée qu’elle mène contre la malnutrition, les militants locaux ont besoin de connaître le montant exact qu’ils doivent demander à leurs gouvernements nationaux de verser afin de réaliser les objectifs nutritionnels internationaux.

Madame Zimpita a reçu le prix 2017 de l’ambassadeur de la nutrition du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (SUN) pour son travail au Malawi, consistant à organiser des groupes de la société civile pour que des demandes cohérentes en matière de nutrition soient formulées et réalisées. Elle a également collaboré avec des dirigeants pour que la nutrition reste une priorité des programmes politiques. Selon elle, plus les informations au niveau national dont disposent les défenseurs de la nutrition sont spécifiques, plus ils pourront poser des exigences solides.

Cette expérience fut pour elle une préparation à la fonction qu’elle occupe actuellement au bureau en charge des partenariats et des communications de plaidoyer de l’initiative « African Leaders for Nutrition » de la Banque africaine de développement.

Zimpita fue una de las embajadoras de la nutrición que asistió al Foro sobre Alimentación EAT en Estocolmo del mes pasado para debatir sobre las maneras de crear una dieta saludable y sostenible a largo plazo. En su diálogo con Malnutrition Deeply se refirió a lo que había aprendido, tanto en el Foro como en su trabajo en Malaui.

Malnutrition Deeply : Pour vous, quel a été le fait marquant du EATFood Forum ?

Tisungeni Zimpita : Nous parlons sans cesse, au sein de la communauté de la nutrition, du besoin d’en finir avec la compartimentation et l’esprit de silo. Il faut entamer des discussions avec des personnes hors du domaine de la nutrition car c’est un thème transversal qui touche de nombreux secteurs. Ce forum était l’occasion parfaite de faire cela. Il y a eu beaucoup de discussions sur la nutrition avec des acteurs du secteur privé. Ce fut le bon moment de voir comment les différentes pièces du puzzle se complètent.

Malnutrition Deeply : Est-ce que certaines choses vous ont surprise ?

Tisungeni Zimpita : Je dirais, notamment en raison du poste que j’occupe actuellement à la Banque africaine de développement, les High 5, qui sont les cinq priorités de la Banque africaine de développement qui vont orienter sa stratégie à partir de maintenant. Parmi ces priorités, l’une d’elles est « Nourrir l’Afrique » et elle examine la chaîne de valeur de l’alimentation, de la production jusqu’au point de consommation. J’ai toujours orienté mon travail sur les enfants de moins de 5 ans. Quelles mesures ont été prises pour assurer leur développement ? Il s’agissait avant tout de bien comprendre ce point dans le contexte de la chaîne de valeur, de savoir comment s’intègre la nutrition et comment nous devons associer tous ces éléments.

Malnutrition Deeply : Pourriez-vous parler davantage de votre travail et de ce qui vous a amené jusqu’à Stockholm ?

Tisungeni Zimpita : J’ai rejoint le Mouvement SUN en 2013 au Malawi. Ma toute première tâche fut de rassembler différents types d’organisations pour former une véritable alliance de plaidoyer. Cela n’avait jamais été fait auparavant, surtout dans le domaine de la nutrition.

Quand j’ai rejoint le Mouvement SUN, je crois qu’il n’y avait que près de 20 organisations, surtout des organisations internationales. Leur nombre n’a cessé d’augmenter jusqu’à 2017, date à laquelle nous comptions 108 organisations. Ma mission consistait à assurer une coordination entre ces organisations pour que les programmes de nutrition soient communs pour tous, qu’il s’agisse de campagnes de plaidoyer ou de tentatives de lobbying en faveur de politiques spécifiques devant donner davantage la priorité à la nutrition.

En qualité de coordinatrice de la société civile, j’ai travaillé avec un grand nombre de parlementaires. Je pense que tout cela provient des engagements de Nutrition for Growth pris à Londres en 2013. Le Malawi fut l’un des pays qui s’est réellement engagé financièrement à lever des fonds ou à allouer des subventions de montants équivalents à certains pourcentages.

Cela m’a amenée à me demander : « Comment pouvons-nous procéder au suivi de ces engagements au sein de notre gouvernement ? » Car cela ne suffit pas de s’assurer que les engagements sont tenus et que les gouvernements rendent des comptes, il faut aussi les soutenir et leur rappeler qu’ils doivent réaliser leurs objectifs et tenir leurs engagements. Nous avons beaucoup travaillé avec des députés et au tout début, 12 de nos ambassadeurs de la nutrition étaient des parlementaires.

Autre chose : nous avons dû former 20 parlementaires (par an) dans l’analyse budgétaire car en tant que parlementaires, ils devaient absolument être en mesure de comprendre le fonctionnement d’un budget, de savoir comment rechercher des subventions en faveur de la nutrition et ainsi être capables d’en parler lors des séances parlementaires, voire mettre en doute certains chiffres s’ils étaient incompréhensibles.

Malnutrition Deeply : Quelles ont été vos victoires politiques et législatives ?

Tisungeni Zimpita : La nutrition se perd toujours dans les méandres des mandats politiques. Certains présidents sont, dès leur entrée en fonction, passionnés par la nutrition. Puis d’autres qui s’en désintéressent reprennent les reines du pays et tous les efforts précédents peuvent être réduits à néant. Il faut alors mener de nouvelles campagnes de plaidoyer. Cependant, pour nous, l’une des priorités essentielles qui a guidé notre stratégie, était de s’assurer que la nutrition fasse partie du Plan national de développement.

Le Malawi vient enfin de lancer cette politique nationale de nutrition et il était vraiment temps qu’il le fasse. J’étais vraiment heureuse de constater que toute l’alliance de la société civile était pleinement engagée dans ce processus.

Malnutrition Deeply : Et quels ont été les enseignements clés que vous avez tirés de votre expérience en tant que coordinatrice ?

Tisungeni Zimpita : J’ai eu deux audiences avec le ministre des Finances pour parler de nutrition. La première fut assez intéressante car elle était très courte et j’ai vraiment dû aller droit au but. J’avais d’ailleurs beaucoup travaillé mon allocution.

La seconde était une véritable audience. Dans le cadre du processus de révision budgétaire, moment où le ministre parle du budget dans différentes régions du pays, nous nous sommes assurés de la présence de nos organisations membres et nous avons posé des questions pertinentes sur le processus budgétaire. Je soupçonne de l’avoir un peu agacé avec mes histoires car il a fini par dire : « bon d’accord, je vous accorde une audience maintenant ».

La conversation avec les ministres était intéressante, surtout celle avec le ministre des Finances. Maintenant il s’intéresse à notre combat. Maintenant, je peux lui parler des chiffres et de ce qui passe concrètement. Car c’est l’un des défis que pose la nutrition : même si nous sommes parvenus à dire aux gens quelles mesures présentent un bon rapport coût/efficacité, il me semble que nous n’avons toujours pas de chiffres exacts pour chaque pays. Je sais qu’il existe un chiffre au niveau mondial, mais au niveau de chaque pays, nous ne savons pas quel montant doit être alloué à la nutrition pour atteindre les objectifs de l’Assemblée mondiale de la Santé.

Si vous discutez avec des ministres des Finances qui font face à tant d’enjeux, il faut leur dire ce que vous voulez en leur donnant un pourcentage précis. C’est ainsi que vous pourrez lutter, voire réduire, la malnutrition sous toutes ses formes.

 


 

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