SUN Newsletter
Home / Actualités / Transformer le système d'information nutritionnelle

Transformer le système d’information nutritionnelle

  |   SUN dans la pratique, Systèmes d’information pour la nutrition

L’Éthiopie a transformé son système d’information nutritionnelle.

Ferew Lemma, conseiller principal, Cabinet du ministre de la Santé et point focal SUN

donne des nouvelles sur la façon dont l’information de routine renforce le système…

Une discussion sur le Système national d’information nutritionnelle (NIS) pour l’Éthiopie tel qu’il était au début de 2011 est présenté dans l’encadré de la page 33. Au cours des dernières années, le système a été renforcé et élargi, et certaines difficultés résorbées. Ces modifications sont décrites ci-dessous. 

Principales réalisations du système d’information nutritionnelle

Le Système national d’information nutritionnelle (NIS) a été renforcé dans le cadre du Programme national de nutrition 2008-2013 (NNP), qui a été mis à jour pour la période 2013- 2015. Le Programme de vulgarisation sanitaire (HEP) a veillé à ce que le NIS soit largement reconnu par tous les partenaires comme une source d’information fiable. Les informations sont également utiles aux Unités de coordination des urgences en matière de nutrition (ENCU) du ministère de l’Agriculture (MOA), établies aux niveaux national et régional13. Ainsi, la duplication dans la collecte de données a été progressivement réduite et le partage et l’utilisation de l’information disponible a été optimisé.

L’inclusion de données de routine sur la nutrition dans le NIS et le système d’alerte rapide

En raison de la présentation uniforme et d’une large couverture de données de routine recueillies à travers le HEP, les tendances relatives au programme d’alimentation thérapeutique (PTF) ont été établies depuis plusieurs années. Les données sur les tendances fournissent des informations sur ce qui se passe lors des admissions pour malnutrition aiguë sévère pendant les saisons de disette, ainsi que pendant les périodes de crises et les périodes normales.
Les données sur les tendances du PTF sont incorporées dans le système d’alerte rapide et constituent une composante essentielle dans le déclenchement de la réponse immédiate au besoin. Cela signifie que la capacité du système de santé détermine la réponse d’urgence : si le système de santé n’est pas en mesure d’absorber l’augmentation de la charge de travail, alors l’aide complémentaire est nécessaire.

Une meilleure gestion des données

Sous la supervision de la Direction de la sécurité alimentaire du Ministère de l’Agriculture, il existe une Unité de coordination des urgences en matière de nutrition (ENCU), qui est responsable des réunions de coordination du groupe de travail national et multi-partenaires sur la nutrition (MANTF), du partage de l’information et des discussions sur les questions techniques entre les partenaires de la nutrition travaillant en Éthiopie.

Jonathan-Hyams-ETHIOPIA

En plus de cela, le système d’information de gestion de la santé du Ministère de la Santé (MoH) recueille six ou sept indicateurs de nutrition, notamment les données de surveillance et de promotion de la croissance, les informations sur la gestion communautaire de la malnutrition aiguë (PCMA), en plus de ses résultats, les données sur les micronutriments (vitamine A, vermifuges, supplémentation en fer et en acide folique) et le faible poids de naissance. Ces informations sont collectées mensuellement et un rapport trimestriel est établi.

Caroline-Trutmann-ETHIOPIA

Dans le but de réduire la mortalité infantile, l’Éthiopie a mis en place un bulletin de notes sur la survie des enfants. Le bulletin de notes se compose de trois éléments: les indicateurs d’intrants qui se rapportent à des questions de politique et de la disponibilité des ressources; les indicateurs de processus; les indicateurs d’impact et de résultats qui décrivent les données sur les résultats. Les indicateurs nutritionnels tels que le retard de croissance, les pratiques d’allaitement, la couverture de la vitamine A et des vermifuges sont inclus du bulletin de notes.

En outre, l’Organe de coordination national de la nutrition (NNCB) dirigé par Ministère de la Santé travaille actuellement à développer un tableau de bord multisectoriel de la nutrition qui facilitera la prise de décision à un niveau élevé.

Améliorations dans l’utilisation des données décentralisées sur la nutrition

Au niveau des « woredas », le système d’information sert à tous les secteurs et est appelé « woreda net ». Les informations sur la santé et la nutrition sont incluses dans ce système et sont compilées par les bureaux de santé des « woredas ». Pour les programmes tels que le programme de filet de sécurité productif14 , l’administration du « woreda » examine les données sur l’agriculture, le climat, la nutrition et d’autres secteurs vulnérables pour décider lequel a besoin de soutien.

Les données du système d’information sont maintenant disponibles sous forme électronique dans la plupart des « woredas ». La capacité des fonctionnaires de district à effectuer des contrôles et des analyses de la qualité des données a également été renforcée avec la formation de techniciens informatiques du niveau collégial ou universitaire qui travaillent maintenant au niveau des « woredas » et au niveau des zones. Ainsi la décentralisation du système a facilité l’interprétation et l’utilisation de l’information locale.

La confiance dans le personnel de première ligne comme la principale source d’information

Les travailleurs de première ligne en Éthiopie recueillent des informations sur la nutrition (en particulier les données du CMAM) depuis 2004. Au fil des ans, les compétences de ces travailleurs se sont développées et les données sont devenues très fiables. Par exemple, en 2011, lorsque la Corne de l’Afrique a été touchée par des pénuries alimentaires, la situation a été prise en mains par les travailleurs de première ligne en Éthiopie très tôt et des mesures correctives ont été mises en place – ainsi, le nombre d’enfants concernés a été réduit au minimum et le taux de mortalité est resté très faible.

Principaux enseignements

  • Il est nécessaire de travailler sur la mise au point du système de santé avant de se lancer sur la conception d’un système d’information pour la nutrition qui est fiable et dont on peut s’inspirer pour prendre des décisions.
  • Lors de l’extension d’un système d’information, la qualité peut être compromise et il est important de mettre en place des mécanismes (renforcement continu des capacités) pour combler ces lacunes.
  • Il est extrêmement difficile et laborieux de mettre en place un système d’information nutritionnelle fiable et complet qui intègre l’alerte rapide et fournit des informations sur l’état d’avancement des plans nationaux et l’évolution de plusieurs secteurs à la fois.
  • Il faut tenir compte du contexte du pays, être patient et renforcer en permanence la capacité des travailleurs de première ligne.

Discussion sur le système d’information nutritionnelle de l’Éthiopie au début de 2011

En Éthiopie, le rôle du Système national d’information sur la nutrition (NIS) a été clairement indiqué dans le programme national de nutrition (NNP). Ce rôle comporte trois principaux axes : Fournir une structure « globale » et holistique de la conception du NIS: soutenir l’alerte rapide et les interventions adéquates au niveau des woredas et à des niveaux plus élevés, pour développer, gérer et évaluer le NNP à tous les niveaux, et appuyer les autres secteurs comme l’agriculture, l’eau, l’assainissement et le développement économique. Cette vision globale du NIS consiste à favoriser la compréhension de la situation nutritionnelle par rapport aux problèmes chroniques et aux nouveaux problèmes, ainsi que les causes de ces problèmes, et leur évolution dans le temps afin d’aider dans la prise de décision à tous les niveaux. Cependant, tandis que le NIS peut effectivement accueillir et être « ouvert » à une quantité illimitée de données, la capacité de déclencher une réponse efficace et appropriée exige que l’information soit disponible à temps, fiable et cohérente. Ces conditions déterminent en fin de compte les paramètres de base sur lesquels se fonde le choix initial de l’information à mettre dans les NIS. En d’autres termes, toutes les données doivent être fiables et disponibles en permanence, elles doivent être triangulées pour générer des informations spécifique au contexte et factuelles et il devrait y avoir un processus clair, accepté par tous les acteurs, pour fournir les informations nécessaires au processus décisionnel.

Une situation unique concernant les données en Éthiopie

L’Éthiopie est dans une position tout à fait unique parce que, au cours des trente dernières années, de grandes quantités de données ont été recueillies par le système d’alerte rapide, notamment des informations sur la santé et la nutrition. Toutefois, les informations nutritionnelles recueillies par le système d’alerte rapide sont disparates, et sont constituées, la plupart du temps de signaux d’alerte basées sur une dégradation « observable » de la situation. Les données sont recueillies directement auprès des agents de santé à des « moments critiques » et sans comparaison systématique avec ce qui serait « normal » pour un moment donné de l’année. Les évaluations nutritionnelles sont nécessaires pendant ces moments critiques pour confirmer les « situations d’urgence », mais le caractère saisonnier de ces moments critiques crée une demande simultanée et répandue d’évaluations, qui peut rarement être satisfaite de manière adéquate.

Au cours des dernières années, le ciblage des enquêtes a été amélioré grâce à l’utilisation accrue des sources de données de routine, au moins pour indiquer où l’évaluation est la plus urgente. Les données nutritionnelles sont maintenant disponibles et accessibles sur une base mensuelle et trimestrielle aux niveaux les plus bas, en grande partie, grâce à trois programmes: Le programme de nutrition communautaire (CBN), le programme d’alimentation thérapeutique (PTF) et Journées de santé communautaire (CHD). Ces systèmes de routine sont l’épine dorsale du suivi du Programme national de nutrition qui – au moins théoriquement – peuvent être combinés pour servir de base à une alerte rapide en temps opportun et être partagés avec d’autres secteurs. De même, un certain nombre de maladies sont également suivies sur une base hebdomadaire par le système de gestion des urgences en matière de santé publique (MEHP). Ainsi, il est très possible que le système d’alerte rapide puise systématiquement dans les données spécifiques à partir de sources d’information de santé existants et vice-versa. Ceci serait plus efficace s’il existe un consensus sur les indicateurs clés, en particulier pour l’alerte en temps opportun. La question clé, à terme, est de savoir si les décideurs de tous les secteurs sont prêts à échanger et à s’inspirer des données de routine disponibles dans leur prise de décision et dans leurs interventions.

Gestion des données sur la nutrition

Bien qu’il existe des problèmes de « confiance » sur la qualité et la crédibilité des données, la décentralisation administrative et l’existence d’un réseau de santé très étendu offre une occasion unique de renforcer les capacités, la responsabilisation et la transparence aux niveaux inférieurs comme les woredas et les kebeles. Les premières personnes à collecter les données sont des bénévoles et les professionnels de la santé de première ligne. Plusieurs acteurs rapportent que la collecte de données est un fardeau supplémentaire à leur programme déjà chargé. Après la collecte initiale, les données sont transmises à différents niveaux via les superviseurs et les responsables de santé. Cependant, peu de rétroaction est donnée par le système de sorte que les personnes directement concernées n’ont qu’une vague idée de ce qui est réellement fait avec les informations fournies. Le volume des rapports stockés témoigne de la régularité de la collecte de données et la priorité immédiate qui doit être accordée à l’amélioration de « l’efficacité » du processus. Actuellement, demander des informations sur la nutrition à un responsable au niveau des woredas entraîne une chasse aux documents compte tenu de la quantité de formulaires de rapport rassemblés. Lorsque des fonctionnaires disposaient d’un ordinateur, les données semblent avoir été régulièrement mises à jour. Compte tenu des exigences accrues en matière de gestion de l’information, il semble inévitable que les bureaux de santé des woredas passent d’un système fondé sur le papier à un système informatisé, leur permettant ainsi d’effectuer des contrôles de qualité des données qui sont par ailleurs chronophages et sujettes à des erreurs si elle sont faites manuellement. L’implication ici est que les fonctionnaires au niveau des woredas sont pour la plupart jeunes, ayant souvent des connaissances informatiques, et des professionnels diplômés. La fourniture d’outils ou de logiciels adéquats pour gérer l’information sur le plan pratique peut aider à renforcer leurs capacités à mettre en œuvre le système. Si l’information n’est pas correctement évaluée au niveau des woredas où la plupart des données sont rassemblées et « vérifiées », l’assurance de la qualité à des niveaux plus élevés est quasiment impossible.

La valeur ajoutée du NIS : triangulation des données

La « nouveauté » dans le paradigme des systèmes d’information pour la nutrition est l’exigence d’un mécanisme de « triangulation » pour fournir des informations factuelles aux fins de la prise de décision. Cela implique que les données recueillies ne sont pas interprétées de façon isolée, mais sont rassemblées à partir de différentes sources. La force de la triangulation réside dans la « contextualisation » des données, ce qui signifie que les chiffres ou les observations standardisées sont fondées sur la « connaissances du contexte local ». Les praticiens de première ligne dans les postes sanitaires ont accès à l’information sur la nutrition et la santé par des contacts réguliers avec les patients. Dans le domaine de la nutrition, par exemple, ils sont les mieux placés pour juger si la perte de poids d’un enfant lors de la surveillance de la croissance mensuelle ou de son admission dans le programme thérapeutique ambulatoire (OTP) est liée au manque de nourriture dans la famille ou à d’autres cause comme la maladie, les pratiques d’alimentation inappropriées, etc. C’est cette « proximité » qui fait que la triangulation soit plus utile au niveau communautaire, les causes profondes de la malnutrition pouvant être identifiées. Un exemple où cela pourrait être utilisé est dans les zones d’insécurité alimentaire chronique soutenues par le programme de filets de sécurité productifs (PSNP) où les mécanismes de financement des risques existent pour répondre à l’insécurité alimentaire chronique ou temporaire. Par l’augmentation de la surveillance de l’insuffisance pondérale (comme un indicateur précoce) et des admissions au programme thérapeutique ambulatoire (comme un indicateur tardif), les professionnels de la santé de première ligne, qui sont membres des groupes de travail sur la sécurité alimentaire (FSTF), peuvent jouer un rôle crucial en fournissant des informations pour les processus d’appel. Toutefois, la crédibilité de leur information dépend de leur bonne compréhension du fait que les mécanismes de financement des risques ne sont accessibles que lorsque la malnutrition est liée à l’insécurité alimentaire. Ainsi, la triangulation des données à la source est une sorte de contrôle par des personnes clés avant que l’information ne soit introduite dans les processus de prise de décision ou rapportée à des niveaux plus élevés.

Confiance, responsabilité et transparence

En Éthiopie, conformément à la décentralisation gouvernementale, le pouvoir des administrations au niveau des woredas et des kebeles a été accrue pour leur permettre d’analyser, d’évaluer leur situation qui évolue et d’agir en conséquence. Ils sont donc plus responsables et redevables à la fois pour le développement et les interventions d’urgence. Relever les défis sur la façon dont l’information peut aider à la prise de décision permettra d’assurer la crédibilité et la viabilité du NIS. À l’heure actuelle, les données disponibles provenant de sources de routine ne sont pas suffisamment liées à l’utilisation de l’information. Le principal défi pour l’utilisation des données à des niveaux plus élevés est que les sources ne sont pas entièrement fiables tandis qu’à des niveaux inférieurs, les capacités et les pouvoirs sont limités. Si l’assurance de la qualité des données peut être intégrée dans le système, en particulier par l’amélioration des capacités de niveau inférieur, l’accent doit être mis sur l’aspect humain. Il n’est pas possible de « faire confiance » sans porter d’abord l’attention au rôle que chacun des acteurs joue, à commencer par les praticiens de première ligne. La « responsabilisation » n’est pas possible s’il n’y a pas de transfert de responsabilité ou de pouvoir. La « transparence » ne peut pas être promue si les interventions et la rétroaction ne sont pas rendues plus visibles.
Le NIS en Éthiopie peut s’appuyer sur le couplage des sources de données disponibles avec le soutien technique adéquat fourni dans l’ensemble du système de santé. Toutefois, des apports techniques ne suffisent pas à assurer sa pérennité. C’est un sentiment de « valeur » qui motive les gens et sans cela, la simple transmission de données à des niveaux plus élevés ne sera pas pour inciter les intervenants à donner leur contribution. La « triangulation » est plus efficace au niveau communautaire où les jeux de données individuels peuvent être comparés à la source et compris dans un contexte donné. Les praticiens de première ligne jouent un rôle crucial dans la construction de la crédibilité du NIS, mais cela ne peut se faire sans une reconnaissance accrue du rôle qu’ils jouent dans la prise de décisions éclairées. Comme le processus de décentralisation se poursuit en Éthiopie, des décisions importantes doivent être prises aux niveaux les plus bas. Concernant par exemple les mécanismes de financement des risques, il faudra rassembler les données disponibles provenant de sources différentes. Ceci, à son tour, va compter de plus en plus sur les personnes clés responsables de ce processus en première ligne. Avant de faire confiance au « Système » d’information pour la nutrition, un vote de confiance doit être accordé à la compétence de la « source » d’information. Après tout, la crédibilité doit toujours commencer par le peuple.

Source : “Can the Nutrition Information System be ‘trusted’ to build on available data sources?” (Peut-on avoir « confiance » au système d'information pour la nutrition pour s'appuyer sur les sources de données disponibles ?) (Field Exchange, Numéro 40, Février 2011, page 11, Patrizia Fracassi)

Post A Comment

No Comments