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Travailler avec le secteur privé : Comment renforcer les points positifs et réduire les points négatifs en vue d’améliorer la nutrition ?

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Photo : © GAIN/Nadine Hutton

Un article de blog rédigé par Lawrence Haddad* et basé sur l’exposé fait en séance plénière lors du Rassemblement mondial du Mouvement SUN 2019 à Katmandou, du 4 au 7 novembre 2019

Le Mouvement SUN (Renforcement de la nutrition) a été un fer de lance dans l’action menée par plusieurs acteurs en vue d’améliorer la nutrition. Il réunit des gouvernements, la société civile, le secteur privé, des donateurs et les Nations Unies dans le but de créer des coalitions qui parviennent à faire plus de bien, ensemble, que tout acteur agissant seul. Au fur et à mesure que le Mouvement évolue, les coalitions d’action avec le secteur privé gagneront certainement en importance. De plus en plus de personnes achètent des aliments sur les marchés, ce qui signifie que les entreprises sont résolues à déterminer la nutrition, pour le meilleur ou pour le pire.  La difficulté consiste à renforcer les points positifs et à réduire les points négatifs. 

On pourrait dire : « Génial, c’est le travail de l’équipe du Réseau du secteur privé SUN », mais toutes les parties prenantes peuvent, et doivent, suivre la direction prise par les entreprises vers une meilleure nutrition. Pourquoi ?

Nous entendons souvent dire que les gouvernements ne sont pas suffisamment puissants pour faire quoi que ce soit pour contrer le pouvoir des grandes entreprises. C’est peut-être vrai en ce qui concerne le pouvoir de marché concurrentiel, mais les gouvernements ont le pouvoir de prendre autant de décisions susceptibles de changer la dynamique. Par exemple, les gouvernements du monde entier investissent massivement dans la R & D dans le secteur céréalier, mais une infime part de ces investissements est consacrée aux fruits et légumes. Ils subventionnent la production et la consommation de céréales, mais pas de légumineuses. Ils fournissent de la nourriture aux écoles, aux hôpitaux et aux prisons, mais tiennent rarement compte des aliments nutritifs. Les gouvernements ont également un pouvoir de taxation. C’est une tâche plus ardue face à la pression de l’industrie, mais plus de 40 pays prélèvent à présent des taxes sur le sucre et celles-ci deviendront plus fréquentes à mesure que les gouvernements du monde entier apprendront comment les appliquer et constateront leurs avantages pour les budgets en matière de santé.

Les entreprises doivent se rendre compte que le « cercle de pression » qui les entoure ne va pas se défaire. Les clients, les investisseurs, les ONG, les gouvernements et même leurs propres employés exigent un meilleur accès à des aliments nutritifs et encouragent les entreprises à se développer. La demande d’aliments plus sains est bien réelle et ne cesse d’augmenter. De plus en plus d’études montrent que le fait d’avoir une vocation sociale est bénéfique pour les résultats commerciaux. Comme tout groupe d’organisations, il y aura des entreprises pionnières tournées vers l’avenir et d’autres retardataires. Nous devons travailler avec les premières, les valoriser et continuer à faire pression sur les secondes.

La société civile doit aider les gouvernements à faire passer le message à propos de l’extinction en cours d’une « alimentation saine et abordable ». Nous devons canaliser l’indignation de manière constructive, mais il n’y en a pas assez en ce moment. La société civile doit également harmoniser les mécanismes de responsabilisation. Il existe un nombre optimal à respecter. Si ce nombreux est trop élevé, ce qui semble être le cas actuellement, nous offrons aux entreprises la possibilité de se retirer et les prétextes de le faire.

Nous avons besoin que les Nations Unies parlent d’une seule voix au sujet du secteur privé. Pour l’instant, les approches sont différentes, ce qui sème la confusion et mine la confiance entre les organismes et entre ceux qui travaillent avec différents organismes.

Les donateurs devraient également faire preuve de plus d’audace dans leur collaboration avec le secteur privé. Les fonds publics qu’ils gèrent pourraient tellement contribuer à mobiliser et orienter les investissements du secteur privé vers la nutrition au moyen de financements mixtes, d’études publiques sur la perception des consommateurs, d’une aide au lancement de programmes de nutrition de la main-d’œuvre et d’évaluations des investissements publics-privés, entre autres.

Enfin, nous avons besoin que le discours sur le secteur privé soit rehaussé.  C’est tellement idéologique. L’idéologie est un guide important pour agir dans des contextes incertains où il existe peu de preuves empiriques, mais souvent l’idéologie est appliquée sans discernement (les entreprises ne sont pas toutes bonnes ou toutes mauvaises) et peut servir d’excuse pour ne pas sortir de notre zone de confort et expérimenter pour améliorer la nutrition. Les personnes doivent en conséquence collaborer avec les entreprises. C’est la façon d’établir la confiance dans les différentes entreprises, et c’est la façon de cerner les possibilités d’améliorer la nutrition ainsi que de bien gérer les risques réels que suppose agir de la sorte. Enfin, les personnes doivent être plus civilisées et respectueuses les unes envers les autres. Trop souvent, les personnes qui ne s’entendent pas sur le rôle des entreprises dans le domaine de la nutrition se diabolisent rapidement les unes les autres. Trop de personnes ne font que jeter des pierres. Cela n’aide absolument en rien. Comme l’a exprimé le Président Obama il y a quelques semaines, ce genre de comportement ne nous aidera pas à opérer le changement que nous souhaitons voir. Et le changement que nous souhaitons voir au sein de la communauté de la nutrition est un renforcement de la nutrition afin d’atteindre les objectifs mondiaux en matière de nutrition d’ici à 2030.

*Dr. Lawrence Haddad est directeur exécutif de la GAIN et membre du Comité exécutif de SUN.

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