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Un ambassadeur de l’UNN 2020 nous fait part de ses conseils pour un succès collectif dans le domaine de la nutrition

  |   Réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN

Initialement publié par le réseau des Nations Unies pour le Mouvement SUN


Mohamed Cheikh Levrac, facilitateur international de l’initiative UNN-REACH au Tchad, a été honoré pour ses remarquables efforts, au cours de la réception SUN S/Heroes organisée dans le cadre du Rassemblement mondial du Mouvement SUN. Il a dédié cette distinction à ses collègues et amis au Tchad, en rappelant à toutes les personnes présentes que toutes ces réalisations profitaient à tout le monde. Son message était clair : chaque contribution de chaque partie prenante compte. Pour en savoir plus sur son travail source de tant d’inspiration, lisez l’entretien qu’il a accordé au secrétariat du réseau des Nations Unies (UNN).

1re question : Vos collègues du Tchad ont dressé une longue liste de vos réalisations lors de la réception SUN S/heroes organisée dans le cadre du dernier Rassemblement mondial du Mouvement SUN. Quelle est celle dont vous êtes le plus fier ou qui est la plus importante à vos yeux et pourquoi ?

Response: Toutes ces réalisations me tiennent à cœur et ont été possibles grâce à l’engagement de tous mes collègues que vous avez mentionnés. Ce sur quoi je souhaiterais insister est notre expérience en matière de gouvernance nutritionnelle à l’échelle des provinces (donc au niveau infranational).

C’est un défi qui pour nous revêt une grande importance et sur lequel nous travaillons depuis longtemps. L’idée est venue de l’approche UNN-REACH adoptée au Niger et se base sur une convergence des activités dans certaines zones géographiques. Nous avons tout d’abord lancé un projet pilote dans cinq régions [du Tchad]. Au bout d’un an, nous avons élargi l’initiative à onze régions et nous envisageons actuellement de créer quatre comités provinciaux de plus dans les mois à venir afin d’être présents dans un total de quinze régions. Comme vous le savez, le travail est mené directement sur le terrain et cela signifie que sans gouvernance locale, nous ne pouvons tout simplement pas atteindre nos objectifs. L’approche de convergence commence à prendre son élan au Tchad, où les acteurs de la nutrition se rendent à des réunions mensuelles de plateformes multisectorielles sous l’égide des gouverneurs, et où certaines provinces disposent déjà d’un Plan intersectoriel de budgétisation de la nutrition. Ce travail conjoint commence à avoir des effets concrets sur le terrain.

2e question : Ils ont également loué votre capacité à rassurer les acteurs de la nutrition venant de divers groupes de parties prenantes, ce qui permet de créer « un climat de travail agréable » et d’aider les acteurs à parvenir à un consensus. Quelles qualités vous permettent de réaliser une telle prouesse ? Quels outils et méthodes utilisez-vous ?

Réponse : Un facilitateur UNN─REACH doit posséder certaines compétences et un savoir-faire. Il ou elle doit être capable de travailler en équipe et de faire preuve de leadership professionnel. Tout facilitateur doit également faire preuve de tact, rester neutre et flexible, être accepté et gagner la confiance de ses collaborateurs et partenaires. Il ou elle doit savoir rassembler les différentes parties pour aboutir à un consensus (et à des situations où tout le monde est gagnant). Dans un contexte multisectoriel, tout le monde a un rôle à jouer. Le facilitateur doit reconnaître le rôle de chacun et le mettre en valeur, car c’est cela qui motivera les acteurs ou le secteur concerné et les aidera à prendre conscience du fait qu’ils apportent une réelle contribution au processus.

Le recours à des éléments scientifiques probants et aux outils UNN-REACH permet de sensibiliser davantage les parties prenantes sur les problèmes et le besoin de solutions. Le facilitateur doit également servir de point de référence / ressource en mesure de fournir des informations et un soutien à tous les acteurs, chaque fois que nécessaire.

3e question : Vu l’aspect multisectoriel de la nutrition, elle est l’affaire de tous et pourtant, il est difficile de faire en sorte que chacun prenne ses responsabilités en la matière. Quelles paroles avisées souhaitez-vous formuler à l’adresse des autres acteurs de la communauté nutritionnelle ?

Réponse : En effet, l’aspect multisectoriel fait que c’est l’affaire de tous et aucun résultat ou impact durable ne peut être obtenu sans la contribution de chacun. Même si nous agissons au niveau sectoriel, nous devons adopter des approches multisectorielles. Nous devons nous rappeler que nous poursuivons un objectif noble qui ne peut être atteint sans l’aide de chacun, et je nous inclus tous là-dedans. C’est pourquoi chaque partie prenante doit se sentir responsable, impliquée et avoir le sentiment d’être un maillon fort de ce processus.

4e question : Aujourd’hui, les initiatives multisectorielles dans le domaine de la nutrition et leur coordination à l’échelle infranationale sont un sujet essentiel au sein de la communauté du Mouvement SUN. D’expérience, quels sont les trois éléments clés du succès que les pays œuvrant en faveur de la nutrition doivent prendre en considération et quels sont les trois défis qu’ils devront selon vous relever dans le cadre de leur lutte contre la malnutrition ?

Réponse : Cette approche est inévitable pour quiconque souhaite obtenir des résultats et modifier les indicateurs. Au moins trois éléments doivent être pris en compte : (1) les capacités de coordination fonctionnelles ; (2) la participation des autorités locales et des parties prenantes ; et les (3) financements. Les politiques, stratégies et plans d’action visent à renforcer les interventions sur le terrain, ce qui requiert une bonne coordination au niveau infranational (c’est-à-dire des provinces), des capacités fonctionnelles, des dotations budgétaires et des programmes conjoints. En combinant tous ces éléments, et bien d’autres encore, nous pouvons faire progresser la nutrition. Ce ne sera pas une tâche facile, car nous tentons de promouvoir une nouvelle façon de travailler – pour changer les habitudes et encourager les secteurs clés à laisser de côté leurs intérêts personnels au profit d’efforts conjoints. Tout cela doit se faire de manière participative et donc avec les acteurs. Des efforts doivent être déployés pour rassembler les parties prenantes et aboutir à un consensus et des outils comme la Synthèse multisectorielle de la nutrition, les tableaux de bord et l’exercice de cartographie peuvent aider à les convaincre et à les sensibiliser davantage aux problèmes.

Ceci dit, l’approche multisectorielle est une initiative récente, notamment au niveau infranational. Certains des défis de taille auxquels nous sommes confrontés, en plus de devoir aboutir à une compréhension commune, sont la durabilité et l’autonomisation. En d’autres termes, la question est de savoir qui va prendre le relais du fait que les résultats rapportés jusqu’à maintenant ont pour la plupart été obtenus avec une aide et une expertise externes, qui toutes deux viendront à disparaître. Il est essentiel que les mécanismes en place soient intégrés à des structures nationales et gérées par ces dernières, avec des financements et des moyens de gestion indépendants, permettant ainsi le développement et la pérennité de l’approche.

5e question : Quelles sont les stratégies / initiatives que vous recommandez d’adopter pour relier les axes de travail centraux et décentralisés afin d’en assurer la cohérence et d’obtenir un maximum de résultats ?

Réponse : Même si des mécanismes de coordination sont nécessaires à tous les niveaux et une coordination centrale est essentielle, une plateforme doit être établie dans les régions du Tchad, car les activités sont mises en place sur le terrain. Il faut donc renforcer les capacités au niveau infranational, notamment pour aider les régions à élaborer leur propre plan d’action intersectoriel et à gagner en autonomie de planification, de mise en place et de suivi. Les acteurs centraux doivent assurer un suivi continu et fournir un soutien aux acteurs infranationaux, en mettant l’emphase sur le développement des capacités, la communication et la formation dans le domaine de la planification décentralisée.

Crédit photo  @ Secrétariat UNN/Sarah Cruz

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