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Une nouvelle analyse Ceres2030 révèle l’urgence de débloquer 10 milliards de dollars US pour éviter une crise de la faim engendrée par le Covid-19

  |   Réseau de la société civile SUN, Réseau des pays SUN

Une nouvelle analyse réalisée dans le cadre de l’initiative Ceres2030 démontre l’urgence de débloquer 10 milliards de dollars US pour éviter que des millions de personnes supplémentaires ne sombrent dans l’insécurité alimentaire en raison du Covid-19. La moitié, soit 5 milliards de dollars US, devra être assumée par les gouvernements donateurs à titre d’aide humanitaire, tandis que le reste relèvera de la responsabilité des pays en développement concernés.

En l’absence de financement des programmes de protection sociale qui procurent de l’argent ou de la nourriture aux populations des pays en développement, les progrès réalisés ces dernières décennies pourraient être anéantis d’ici à la fin de cette année, avec des répercussions de longue durée.

L’impact du Covid-19 sur la sécurité alimentaire et la nutrition

L’analyse et le modèle économique proposés par Ceres2030 utilisent les données du rapport de l’ONU de 2020sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI). Selon nos conclusions, 95 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la famine au cours de l’année 2020, principalement dans les régions de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud-Est, ce qui nous ramènerait à des niveaux absolus qui n’avaient pas été enregistrés depuis près de deux décennies.

Pour enrayer cette crise de la faim, une enveloppe de 10 milliards de dollars US destinée aux programmes de protection sociale pourvoyeurs de nourriture et de soutien financier permettrait aux populations de maintenir leurs niveaux et leurs habitudes de consommation d’avant la pandémie. La moitié, soit 5 milliards de dollars US, devra être assumée par les gouvernements donateurs à titre d’aide humanitaire, tandis que le reste relèvera de la responsabilité des pays en développement concernés. Cet apport viendrait s’ajouter au financement requis pour aider les 690 millions de personnes qui souffraient déjà de la faim en 2019 avant d’être frappées par la crise du Covid-19, d’après le dernier rapport SOFI.

Outre la faim, un changement du régime alimentaire pose également problème : les personnes en situation de pauvreté voyant leurs revenus s’amenuiser se détournent des denrées alimentaires plus nutritives, mais plus chères, dont le poisson, les fruits, les légumes et les produits laitiers, pour s’alimenter de produits moins chers dont les apports caloriques sont de moindre qualité, tels que le sucre, l’huile, le maïs et d’autres aliments de base. Sans compter que le circuit des denrées périssables risque d’être largement plus perturbé que celui des aliments de base. Les produits frais constituent une source importante de protéines et de micronutriments dont la carence peut se révéler néfaste pour la santé humaine.

Déjà avant la pandémie, les mesures de lutte contre la faim étaient insuffisantes à l’échelle mondiale. D’après le dernier rapport SOFI de l’ONU, les conflits, le changement climatique et l’absence d’action gouvernementale ont provoqué une hausse du nombre de personnes affamées pour la cinquième année consécutive. Le Covid-19 n’a fait qu’aggraver une situation déjà problématique, et des millions de personnes se retrouvent sans emploi et dans l’incapacité d’acheter suffisamment de nourriture en raison du confinement. Le nombre de personnes souffrant de la faim pourrait atteindre des proportions inégalées depuis près de deux décennies, menaçant considérablement la réalisation de l’Objectif de développement durable 2 (ODD 2) de l’ONU, à savoir éliminer la faim d’ici à 2030.

Solutions

L’analyse préparée dans le cadre de Ceres2030 révèle que, si les gouvernements prévoient 10 milliards de dollars US pour les programmes de protection sociale en Afrique et en Asie du Sud-Est, dont 5 proviendraient de l’aide humanitaire fournie par des gouvernements donateurs, nous serons alors en mesure d’éviter l’émergence d’une crise de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le sillage du Covid-19. Les programmes de protection sociale sont bénéfiques dans le court terme pour résoudre la crise en cours et dans le long terme pour augmenter et assurer les revenus des plus démunis.

La protection sociale signifie investir dans l’humain et veiller à ce que les bénéficiaires disposent à chaque instant de suffisamment de moyens pour acheter des aliments nutritifs, envoyer les enfants à l’école et recevoir les soins de santé dont ils ont besoin. Ainsi, les populations peuvent affronter les difficultés conjoncturelles : devoir vendre du bétail ou d’autres actifs pour pouvoir se payer le prochain repas ou se retrouver dans l’impossibilité de nourrir sa progéniture, ce qui peut avoir des répercussions sociales et économiques irréversibles.

L’Éthiopie a mis en place l’un des systèmes de protection sociale les plus efficaces d’Afrique. Elle associe un dispositif de transfert de liquidités à ceux qui ne peuvent plus travailler ou se former à des plans d’emplois publics destinés à ceux qui ont la possibilité de stimuler la production agricole et de lutter contre la faim. Des études ont démontré que l’impact d’un tel système permet de réduire d’un tiers la durée de la « saison de disette ».

Un consensus croissant se dégage sur la nécessité de ces mesures. Face à la crise du Covid-19, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a récemment enjoint aux gouvernements de renforcer leurs systèmes de protection sociale consacrés à la nutrition.

Un gouvernement qui adopte des politiques de protection sociale adéquates et investit sur le long terme pour mettre en place des systèmes alimentaires pérennes et résilients parviendra non seulement à prévenir une crise de la faim associée au Covid-19, mais également à remettre l’objectif de l’ONU visant l’éradication de la faim d’ici à 2030 sur la bonne voie.

• Combien la prévention d’une crise alimentaire engendrée par le Covid-19 coûte-t-elle ? – Télécharger le rapport

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