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Unir les forces pour les enfants péruviens

  |   Plaidoyer et communication pour la nutrition, SUN dans la pratique

La nutrition s’est élevée à une place de choix dans l’agenda politique du Pérou.

Ariela Luna, Vice-ministre des politiques et de l’évaluation sociale, au ministère du Développement et de l’Inclusion sociale et Point focal SUN du gouvernement et Milo Stanojevic, Directeur national de CARE Pérou et Coordonnateur de l’Alliance de la société civile SUN présentent le contexte…

En 2006, un enfant sur quatre souffrait de malnutrition au Pérou et le taux de malnutrition était de quatre enfants sur dix dans les zones rurales. Et cela en dépit du fait que le gouvernement du Pérou allouait des ressources importantes sous la forme de distributions d’aliments, mais qui se sont avérées inefficaces dans la réduction de la malnutrition après plus d’une décennie (1996-2006). L’Initiative contre la malnutrition infantile ou Iniciativa contra la Desnutrición Infantil (IDI)6 était créée en 2006 pour impulser une dynamique politique pour la nutrition lors de l’élection générale de la même année.

TL’IDI est un effort collectif des organismes concernés par le développement au Pérou et qui sont activement impliqués dans le soutien des interventions portant sur les multiples causes de la malnutrition infantile. L’IDI favorise des réponses coordonnées multisectorielles et globales de l’État. L’initiative est reconnue comme une alliance de la société civile SUN au Pérou et se compose de 18 institutions travaillant ensemble pour influencer les politiques publiques et placer la nutrition infantile au centre du programme du gouvernement. L’IDI sert de forum de publication et d’analyse des efforts du gouvernement dans la lutte contre la malnutrition et d’assurance de la redevabilité pour les engagements politiques des élus.

L’IDI souligne que la bonne nutrition au cours de la fenêtre des 1 000 jours les plus décisifs de la grossesse à la deuxième année de vie est essentielle pour le développement économique et social et est un investissement inestimable pour le pays.

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Élections en 2006

L’élection générale de 2006 était l’occasion pour un changement complet dans les instances nationales. L’IDI avait saisi l’occasion pour influencer les politiques publiques et insérer la question de la malnutrition infantile dans le programme. En juillet 2004, le Pérou avait approuvé la Stratégie nationale de sécurité alimentaire, dont l’un des buts était de réduire la malnutrition chronique. Mais la mise en œuvre de la stratégie n’était pas suffisamment impulsée pa le gouvernement national. Dans le contexte du changement de leadership, il est essentiel de stimuler un changement dans l’engagement des autorités nationales, régionales et locales pour faire face à la sous-nutrition et en faire le pivot des programmes sociaux de lutte contre la pauvreté.

Une des premières activités des membres de l’IDI était l’élaboration d’un document d’engagement devant être signé par les candidats présidentiels. Ce document présentait les messages clés et les stratégies en réponse aux questions suivantes:

  • Qu’est-ce que la malnutrition infantile?
  • Quels sont les facteurs qui causent la malnutrition infantile?
  • Quels sont les dommages causés par la malnutrition infantile?
  • Quelle est la relation entre la nutrition et la pauvreté?
  • Combien d’enfants sont touchés par ce problème?
  • Que peut-on faire pour réduire la malnutrition infantile?
  • Quelles stratégies se sont avérées concluantes?
  • Comment les politiques de sécurité alimentaire peuvent-elles aider à réduire les facteurs associés à la malnutrition?
  • Quel est le cadre stratégique de lutte contre la malnutrition dans le pays?

L’IDI avait créé l’élan politique nécessaire pour que 10 candidats à l’élection présidentielle du Pérou signent ce document d’engagement dans lequel ils s’étaient engagés à réduire, de là à 5 ans plus tard, la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans de 5 %; un objectif qui était atteint.

Lorsque le Président était élu, il avait honoré sa promesse et approuvé la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et la malnutrition chronique des enfants (CRECER) qui était placée sous la responsabilité directe du Conseil présidentiel des ministres. Cette action stratégique avait facilité la coordination politique entre les entités publiques et les organisations non gouvernementales.

L’IDI avait proposé « 10 recommandations pour les 100 premiers jours » suggérant comment le gouvernement pouvait réduire la malnutrition infantile. Le gouvernement avait ensuite continué à plaider pour la mise en œuvre de la politique natio nale CRECER avec les autorités nationales et sous-nationales, fournissant un appui technique pour le développement des interventions à efficacité avérée.

10 recommandations pour les 100 premiers jours

  1. Le Président ratifie son engagement à réduire la malnutrition chronique de 5 % au cours de son mandat, donnant tous pouvoirs au Conseil des ministres (PCM) pour remplir cet engagement.
  2. Le PCM assume la redevabilité de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire.
  3. La Commission multisectorielle de la sécurité alimentaire (composée de membres de différents ministères) est réactivée en tant qu’organe technique chargé de coordonner les actions dans chaque ministère pour réduire la malnutrition chronique.
  4. Le Président de la République s’engage à présenter chaque année à la nation les résultats de la lutte contre la malnutrition chronique.
  5. Un plan concerté est défini pour mettre en œuvre des programmes nutritionnels.
  6. Le gouvernement national initie la mise en œuvre d’un programme visant à améliorer la capacité de gestion des administrations municipales.
  7. Les gouvernements locaux et régionaux proposent que, pas moins de 30 % de leur budget soit investi dans la formation en matière de nutrition et d’hygiène, les infrastructures pour l’accès à l’eau et à l’assainissement de base, et l’amélioration des conditions d’un développement durable des économies rurales.
  8. Le ministère des Finances lance la mise en œuvre d’un programme visant à fournir une assistance technique et à renforcer les collectivités régionales et locales dans le développement de projets d’investissement public.
  9. Les gouvernements municipaux mettent en place des mécanismes de redevabilité au public, à la société civile et aux autres organisations locales et régionales, en ce qui concerne les mesures prises pour réduire la malnutrition infantile.
  10. Le gouvernement national crée un programme d’incitation des gouvernements municipaux avec une performance plus efficace dans la réalisation des activités qui contribuent à la réduction de la malnutrition infantile.

As a result of the continued advocacy, cooperation and technical assistance provided by the IDI and the generation of political will at the highest level, the allocation of financial resources for the development of effective interventions by the government between 2006 and 2011 increased. The impact has been a reduction in childhood chronic malnutrition rates in Peru. IDI has also advocated for national and local authorities to take a comprehensive and multi-sectoral approach to tackling malnutrition.

Les actions couronnées de succès sont:

  • L’adoption du Cadre macroéconomique pluriannuel et du cadre social pluriannuel qui avaient établi les priorités stratégiques pour l’investissement social et comprenaient des mesures essentielles pour l’accès en temps opportun à des services de qualité en matière de nutrition, de santé et d’éducation.
  • La mise en œuvre de la budgétisation axée sur les résultats pour le programme conjoint de nutrition et de santé maternelle et néonatale qui impliquait que les dépenses publiques devaient être orientées vers des interventions efficaces d’une manière ciblée et transparente.
  • L’utilisation d’instruments pour améliorer le ciblage individuel et géographique, tels que le Système de ciblage des ménages (Household Targeting System) qui fournit des informations aux programmes sociaux sur les caractéristiques socio-économiques des ménages, alors que les plus pauvres peuvent être hiérarchisés et sélectionnés en tant que bénéficiaires.
  • L’adhésion à l’assurance-santé des populations vulnérables qui vivent dans la pauvreté et l’extrême pauvreté.
  • L’inclusion dans le programme de transfert d’argent conditionnel « TOGETHER » des engagements pour couvrir la participation des familles bénéficiaires dans les domaines de la nutrition, de la santé, de l’éducation et de l’identité. L’objectif principal de « TOGETHER » est de soutenir les femmes enceintes et les enfants vivant dans la pauvreté dans les zones rurales afin de faciliter leur accès aux services d’éducation et de santé publique. Les conditions pour les membres du ménage sont que les femmes enceintes fassent leurs visites prénatales, suivent la croissance et le développement de leurs enfants, et les inscrivent à l’école et s’assurent qu’ils fréquentent.
  • L’approbation du plan d’encouragement pour l’amélioration de la gestion municipale visant à corriger les lacunes dans la prestation des services publics et des infrastructures, dans le but de contribuer à la croissance et au développement durable de l’économie locale et d’encourager les municipalités à réduire la malnutrition chronique des enfants.
  • La mise en œuvre des stratégies municipales et de services de santé, et l’élaboration de politiques du gouvernement local dans le but de promouvoir des comportements sains dans les familles pour prévenir la malnutrition chronique des enfants.
  • La création du Comité intergouvernemental sur la santé comme un organe permanent de gestion de la santé entre le ministère de la Santé et les gouvernements régionaux dans le but de développer des composants de gestion décentralisée pour exercer les pouvoirs et fonctions transférés par le gouvernement national.
  • Le développement de la campagne radio « nutrition de l’enfant » pour fournir aux familles péruviennes, des informations utiles et pratiques visant à améliorer la qualité de la nutrition des enfants de moins de trois ans.

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Grâce aux actions ci-dessus, le taux de malnutrition nationale avait chuté de 28,5% à 19,5% entre 2007 et 20117. Dans les zones rurales, où la malnutrition est la plus grave, la proportion d’enfants atteints du retard de croissance avait diminué, passant de 45,7% à 37,0% durant la même période. Cependant, en dépit de toutes ces actions, plus de 680 000 enfants de moins de cinq ans restaient affectés par la malnutrition chronique et plus de 740 000 enfants de moins de 6 à 36 mois affectés par l’anémie nutritionnelle.

Élections en 2011

Au cours de l’élection de 2011, l’IDI avait de nouveau travaillé pour susciter l’engagement politique parmi les 10 candidats à l’élection présidentielle. Il avait réussi à convaincre tous les candidats de signer un document dans lequel ils s’étaient engagés à réduire la malnutrition infantile chronique et l’anémie. Après l’élection du Président Ollanta Humala, il s’étai engagé à réduire la malnutrition chronique de 10 %, et l’anémi de 20 % d’ici à l’an 2016.

À la suite de cet engagement politique, le ministère du Développement et de l’Inclusion sociale (MIDIS) fut créé pour élaborer des politiques et mettre en œuvre des efforts sectoriels visant à l’inclusion sociale et à la réalisation des objectifs prioritaires par le gouvernement. Une stratégie nationale « INCLUSION POUR LA CROISSANCE » était approuvé qui fournit un cadre général pour l’élaboration de politiques et l’inclusion sociale dans des interventions sur les trois niveaux de gouvernement (national, régional et local). L’extran prioritaire de la stratégie est la réduction de la malnutrition chronique et l’anémie.

Progrès réalisés dans la période de 2011 à 2014:

  • Engagement par les présidents régionaux à réduire la malnutrition infantile et à travailler ensemble avec le gouvernement national.
  • Approbation des lignes directrices pour la gestion inter sectorielle et inter-gouvernementale coordonnée visant à réduire la malnutrition infantile dans le contexte des politiques de développement et d’inclusion sociale.
  • Élaboration d’objectifs régionaux de nutrition et meilleure couverture des interventions efficaces avec la participation des autorités locales et des représentants de la société civile.
  • Programme pour un budget commun de la nutrition (PAN) qui, depuis 2008, a alloué des ressources pour le développement d’interventions efficaces dans la lutte contre la malnutrition infantile.
  • Supplémentation globale en micronutriments pour préven et réduire l’anémie et le retard de croissance chez les enfants âgés de 0 à 3 ans.

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  • Création du Fonds pour stimuler la performance et les résultats sociaux, pour promouvoir et mettre en œuvre la politique nationale et obtenir des résultats concrets dans l’amélioration des processus de gestion, la couverture des services et des systèmes budgétaires liés au développement de la petite enfance.
  • Élaboration de lignes directrices destinées aux autorités locales sur la gestion des interventions efficaces pour réduire la malnutrition en coordination avec le gouvernement national et régional et la société civile.
  • Adoption du Plan national pour la réduction de la malnutrition chronique et la prévention de l’anémie infantile dans le pays.
  • Développement de la campagne radio « papeao et apapachao » (« envie de manger ») pour informer et sensibiliser les parents sur l’importance de la campagne de développement de la petite enfance.

L’IDI continue de tenir le gouvernement redevable de la « Déclaration d’actions gouvernementales visant à réduire la malnutrition infantile » et surveille en permanence les progrès du gouvernement dans la réalisation de ses recommandations. Il continue également de travailler par le biais de ses différents programmes sur la diffusion de la politique nationale et fournit une assistance technique à différents niveaux de prise de décision pour la gestion des interventions efficaces.

Défis

Le gouvernement du Pérou fait toujours face à des défis : Le premier est la difficulté à mettre en œuvre une stratégie appropriée pour réduire les écarts et assurer une répartition équitable et une gestion efficace des ressources. Le deuxième est la difficulté à garantir l’efficacité des stratégies et à les adapter aux différents contextes socio-économiques, culturels et géographiques.

Le troisième est la difficulté à rendre prioritaires des investissements qui améliorent l’accès à l’eau et à l’assainissement pour les populations vulnérables. Le quatrième, est la difficulté à renforcer les systèmes de suivi des dépenses budgétaires et de mise en œuvre. Enfin, le renforcement des possibilités de participation des citoyens afin de garantir que tous les niveaux sont impliqués dans la redevabilité pose également un défi.

Principaux enseignements

  • Il est essentiel de définir les éléments de preuve sur les causes, les actions et les cadres politiques pour améliorer la nutrition dans le but de persuader les candidats à la présidence de prêter attention au problème de la malnutrition.
  • Des rencontres avec des représentants de différents partis politiques participant aux élections sont nécessaires pour renforcer la mise en évidence.
  • Le plaidoyer pour la nutrition doit être maintenu au cours des diverses élections pour s’assurer que les nouvelles autorités politiques soutiennent les efforts visant à améliorer la nutrition.

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