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Voix du terrain : Ouganda

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Christine Muyama

Coalition de la société civile ougandaise pour le renforcement de la nutrition (UCCO-SUN)

Déclaration de l’auteur : L’auteur a déclaré ne pas avoir de conflit d’intérêts.

Christine Muyama at the Global Nutrition Report East Africa Launch in May 2015. Photo credit: ACTION

Christine Muyama at the Global Nutrition Report East Africa Launch in May 2015. Photo credit: ACTION

Cette interview est extraite de la publication annuelle du Comité permanent des Nations Unies pour la nutrition intitulée : SCN News 41 – sortie en mai 2015. SCN News est un examen périodique de l’évolution de la nutrition internationale visant à faciliter le partage d’expériences en matière de nutrition. En savoir plus et télécharger la publication complète : Site Web du Comité permanent des Nations Unies pour la nutrition UN SCN Website.

UNSCN : La fin de cette année 2015 correspond à l’échéance des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Quelle est votre évaluation de l’état d’avancement de la réalisation des OMD ? De votre point de vue, ces objectifs ont-ils fait une différence ? Si oui, pourriez-vous donner des exemples ? Si non, pourquoi pas ?

Muyama : L’Ouganda a fait des progrès vers la réalisation des OMD, dont le plus remarquable est la réduction de moitié de la proportion de personnes vivant en dessous du seuil national de pauvreté, réalisée avant l’échéance de 2015. L’on a également observé une réduction substantielle de la faim et de la sous-nutrition, mais les niveaux de retard de croissance sont toujours inacceptables, avec 33 % d’enfants encore atteints du retard de croissance, selon l’Enquête démographique et de santé (DHS) de l’Ouganda en 2012. Le taux d’achèvement de l’école primaire a augmenté considérablement, mais il subsiste encore des préoccupations majeures concernant la qualité de l’éducation et les mauvais résultats d’apprentissage, même si l’alphabétisation s’améliore progressivement. Malgré des améliorations significatives en matière de santé, la mortalité infantile et maternelle due à des causes évitables reste encore un défi majeur, avec de nombreux décès survenus avant le cinquième anniversaire de l’enfant. Toutefois, je crois que les OMD ont fait une différence, d’autant qu’ils ont été un outil important de mise en œuvre et de suivi au niveau des pays.

UNSCN : Pensez-vous que le programme de développement de l’après-2015 et les Objectifs de développement durable (ODD) amélioreront effectivement la santé, le bien-être et les perspectives des groupes que vous représentez ? Si oui, comment ? Si non, pourquoi pas ?

Muyama : Oui. Les ODD feront davantage en termes d’amélioration de la santé des communautés par rapport aux OMD, d’autant que leur élaboration était inspirée des défis identifiés dans la réalisation des OMD, par exemple ceux qui étaient causés par l’absence de la voix de la communauté. Les voix de la communauté ont été mieux exprimées dans le processus des ODD.

UNSCN : Quelles possibilités pensez-vous, offrent les ODD pour améliorer la nutrition, en particulier dans les 1 000 premiers jours les plus décisifs jours entre la grossesse d’une femme et le deuxième anniversaire de son enfant ? Quels problèmes pensez-vous que les ODD ne doivent pas laisser de côté ?

Muyama : Il existe déjà un rayon de lumière pour la nutrition dans l’ODD 2, et dans une série d’indicateurs tels que la prévalence de l’anémie chez les femmes en âge de procréer, qui est la clé pour améliorer la nutrition dans les 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant. Mais les ODD ne devraient pas laisser de côté d’autres indicateurs, tels que :

  • la prévalence du retard de croissance, l’émaciation, l’allaitement maternel exclusif, et le faible poids à la naissance ;
  • le pourcentage du budget national alloué à la nutrition et ;
  • la proportion de la population en dessous d’un niveau minimum de consommation énergétique alimentaire.

UNSCN : Quelle est la meilleure façon de veiller à ce que la sécurité nutritionnelle soit bien ancrée dans les objectifs et cibles des ODD ?

Muyama : S’assurer qu’il existe des indicateurs spécifiques clairement définis sur la sécurité nutritionnelle, pour rendre les objectifs mesurables. Il est également important que ces indicateurs prennent en compte différents contextes de fragilité dans les communautés. Cela peut se faire par le maintien de l’engagement entre les négociateurs et les communautés. Les négociateurs devraient recevoir les informations pertinentes et les éléments de preuve pour s’assurer que la sécurité nutritionnelle reste l’élément clé de leur ordre du jour.

UNSCN : En septembre, tous les pays, y compris le vôtre, décideront du nouvel agenda de développement de l’après-2015. Êtes-vous au courant de la position de votre pays concernant l’après-2015 et les ODD ? Sentez-vous que vous avez l’occasion de donner votre point de vue à ce sujet ? Qu’est-ce que la société civile peut faire pour veiller à ce que la nutrition soit une priorité pour votre pays dans les négociations de l’après-2015 ?

Muyama : L’Ouganda n’a pas de position spécifique sur l’après-2015 et adopte la position africaine plus étendue. Mais nous sommes engagés depuis 2012. En tant que coalition, UCCO-SUN a contribué à ces idées depuis le niveau communautaire jusqu’à l’échelon régional en rassemblant les voix de la communauté qui ont conduit à l’élaboration du document de prise de position de la société civile ougandaise. Nous avons également lancé la campagne Action 2015 en Ouganda, et des consultations sont en cours avec les négociateurs du Gouvernement sur les questions clés qui doivent être avoir la priorité au cours du processus d’élaboration des objectifs et des indicateurs. En tant que société civile, nous devons générer suffisamment de preuves sur le bien-fondé de la nutrition d’une part et les conséquences désastreuses de la malnutrition d’autre part autant pour le présent que pour l’avenir de l’Ouganda. Nous devons engager les négociateurs de l’Ouganda afin que la nutrition fasse partie de la négociation nationale et soit prioritaire dans l’agenda du Gouvernement ougandais au cours des processus de négociation intergouvernementales.

UNSCN : Que pensez-vous qui soit nécessaire pour s’assurer que les ODD sont mises en œuvre au maximum ?

Muyama : Les différents secteurs du Gouvernement devraient prendre des engagements politiques et manifester la volonté de soutenir et de mettre pleinement en œuvre les ODD.

« Les différents secteurs du Gouvernement devraient prendre des engagements politiques et manifester la volonté de soutenir et de mettre pleinement en œuvre les ODD. »

Toutes les parties prenantes doivent jouer leur rôle dans le processus de mise en œuvre, et un processus dynamique de sensibilisation devrait exister afin que toutes les parties prenantes soient informées de leurs rôles et redevabilités. Enfin, les cadres de suivi et de redevabilité spécifiques au pays doivent être établis pour les ODD.

***

Muyama Christine est coordinatrice de la Coalition de la société civile ougandaise pour le renforcement de la nutrition (UCCO-SUN). Elle représente également UCCO-SUN dans divers groupes de travail sur la nutrition aux niveaux national et international. Détentrice d’un baccalauréat en nutrition humaine et en diététique, Christine est une nutritionniste qualifiée. Un merci spécial à Maria Akello pour avoir mené cet entretien.

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